Angela Aquereburu: « Dans mes séries, je veux montrer une Afrique qui fait rêver »

Angela Aquereburu: « Dans mes séries, je veux montrer une Afrique qui fait rêver »

Ses séries Zem, Palabres, Hopistal IT mais aussi Oasis ont fait sa renommée à travers l’Afrique. Devenue productrice presque par hasard, la Togolaise, également scénariste et actrice, croit fermement dans la puissance d’éducation et de transmission de la télévision. Rencontre avec l’une des passionnantes invitées de l’événement Série Series Africa. (vidéo)


La quarantaine radieuse et décidée, Angela Aquereburu gère ses multiples casquettes avec une aisance déconcertante: scénariste, productrice, animatrice et même actrice. Lorsqu’il s’agit de ses productions, elle est vraiment présente sur tous les fronts. Au départ, par manque de moyens, c’était elle aussi qui filait en cuisine et assurait les repas pour toute l’équipe sur les tournages. Avec le temps, elle a heureusement pu constituer une équipe solide au cœur de Yobo Studios. Des partenaires (techniciens et acteurs) qui partagent son soin et ses exigences en matière de décors, de costumes et de maquillage.
Un parcours d’autant plus impressionnant qu’Angela Aquereburu est arrivée dans le petit monde de l’audiovisuel togolais presque par hasard. En répondant à l’appel du pied de deux de ses proches: son père, lassé de voir toujours le même type de séries à la télévision et son mari, artiste français autodidacte, désireux de mener ses projets de séries sur un autre territoire que celui de Paris.

Créer un studio de production au Togo

Fille aînée d’un père togolais et d’une mère guadeloupéenne, Angela Aquereburu, après une scolarité menée dans ses deux pays, rejoint Paris pour sortir diplômée de l’École supérieure de commerce (ESCP). La jeune femme se destinait à une carrière dans les Ressources humaines lorsqu’elle a entendu l’appel du pays. Gérer les RH, c’est finalement ce qu’elle fait sur une bien plus large échelle au sein de YoBo Studios, société togolaise créée en 2009 et reconnue désormais pour ses nombreuses créations – Zem, Palabres, mais surtout Hospital IT (2016) et Oasis (2019) – toujours avec son mari Jean-Luc Rabatel derrière la caméra et sa complice d’écriture la scénariste Madie Foltek.

Une aventure qui permet à Angela de combiner sa passion pour le cinéma et la télévision et ses connaissances en termes de marketing et d’entrepreneuriat car «lorsqu’il faut convaincre un diffuseur ou une banque, il faut pouvoir leur démontrer que le projet est financièrement solide et réfléchi.»

Pour que le bateau YoBo arrive à bon port, il a fallu au couple de scénariste et réalisateur «tout apprendre sur le tas», mais le résultat en valait à coup sûr la chandelle. Face à la multiplication de projets vendus à des diffuseurs internationaux (Canal et TV5 Monde en tête), certains ont surnommé Angela Aquereburu « la Shonda Rhimes de la télévision togolaise ». Une grande fierté pour celle qui avoue un faible certain pour l’univers de la grande productrice de télévision américaine.

Marier les traditions et la modernité

«Je veux montrer une Afrique qui fait rêver (d’où l’attention accordée aux décors et aux costumes, NdlR) avec des gens dynamiques et entreprenants», souligne-t-elle. Un pari réussi qu’elle allie avec le parti-pris de la comédie. Dans sa série Hospital IT (cf. ci-dessous), la petite touche d’humour permet de faire digérer quelques pilules amères en termes de problèmes de santé spécifiques à l’Afrique: paludisme, diabète, drépanocytose, dépigmentation de la peau, etc.

Dans cette clinique résolument moderne, Angela auqereburu fait collaborer la médecine traditionnelle africaine et la médecine occidentale. Une mise en lumière des richesses et de la diversité de l’Afrique (mélange de traditions et de modernité) qui va de pair avec le souci de placer la femme au coeur de ses séries afin de tordre le cou à une vision dépassée du rôle de cette dernière en Afrique.

Si l’on ajoute à cela, le coaching de comédien(ne)s et la formation de technicien(ne)s avec lesquels YoBo Studios continue à collaborer d’un projet à l’autre, c’est toute une industrie qui se met en place dans un pays qui était jusqu’alors à la traîne face à ses proches voisins, Burkinabés ou Ivoiriens.
Cette riche expérience fait d’Angela Aqueruburu l’une des invitées privilégiées de l’édition 2021 de Série Séries Africa, qui devait se tenir à Abidjan mais s’est déplacée sur la toile, pandémie oblige.

Série Series Africa, privée d’Abidjan, investit la toile

À travers des portraits, des études de cas de séries et des conversations entre professionnels du secteur audiovisuel du continent, Série Series Africa s’attache pendant quelques semaines à reprendre le pouls de la création africaine, « de ses challenges et ses évolutions. Une belle occasion de découvrir les tendances du secteur, et les acteurs qui l’inspirent » précise sa directrice Marie Barraco. Comme elle l’avait déjà fait en 2018 à Ouagadougou (Burkina Faso).

Au-delà de la rencontre avec Angela Aqueruburu, la plateforme propose diverses études de cas dont celle de la série nigériane Crazy Lovely Cool produite par Netflix ou de la série ivoirienne MTV Shuga Babi dont la saison 2 a été lancée en février dernier.
Sur la plateforme www.serieseries.tv, on peut aussi découvrir l’entretien entre le comédien Issaka Sawadogo et le producteur Alexandre Rideau sur leurs collaborations et sur l’industrie en général. Et d’autres vidéos sont encore à venir…
Ces analyses et discussions constituent un tout nouveau volet du festival Série Series 100% consacré à la création et aux créateurs africains, le tout avec le soutien de l’OIF (Organisation Internationale de la Francophonie). De quoi permettre aux aspirants créateurs du continent de découvrir ce qui existe déjà et aux professionnels de tous bords de voir ce qui se concocte ailleurs…

Karin Tshidimba

* Hospital IT a été désignée meilleure série au festival Vues d’Afrique de Montréal, en 2017.

Que pensez-vous de cet article?