RDC : Comme au poker, une dernière main se dessine pour la présidence de la Ceni

RDC : Comme au poker, une dernière main se dessine pour la présidence de la Ceni

Parallèlement à l’examen en commission de la proposition de loi Lutundula sur la CENI, les confessions religieuses sont à pied d’oeuvre. Des dizaines de candidatures sont en cours d’examen. Une course de vitesse s’est engagée avec l’investiture du gouvernement Sama et l’engagement qui a été pris par le Président Félix Tshisekedi de respecter scrupuleusement le prescrit de la constitution relatif à l’organisation des élections au plus tard en décembre 2023.

Les huit confessions religieuses ont réceptionné plus de 150 dossiers. Entre la société civile qui veut prendre la main, l’opposition politique qui appelle à une CENI paritaire, neutre et impartiale et Félix Tshisekedi qui, à l’image de son prédécesseur, est suspecté de vouloir imposer son candidat, les parties prenantes à l’organisation du prochain scrutin sont engagés dans un véritable jeu de poker. A ce jour, une main de cinq cartes se dégage. Sauf surprise de dernière minute, le futur président de la Commission Electorale Nationale Indépendante sera choisi par les confessions religieuses.

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Dans les tractations en coulisses entre les hommes d’Eglise, reviennent régulièrement cinq noms, parmi lesquels trois anciens « favoris » ayant survécu au premier processus de désignation avorté suite aux manifestations de contestation contre Malonda et deux nouvelles figures.

Pour éviter de rééditer les désordres passés et de porter le poids d’un nouvel échec, les confessions religieuses ont repris à zéro le processus de désignation du futur Président de la CENI. Ainsi, chaque Eglise a ouvert un appel à candidature et réceptionné les dossiers déposés par tous les candidats. Soucieuses d’éviter de s’exposer dans une nouvelle foire d’empoigne à l’impact désastreux, les Eglises ont décidé de privilégier le consensus dans la désignation de la perle rare. Pour rappel, lors de la première tentative, les Eglises musulmanes, kimbanguiste, salutiste et de réveil avaient désigné Ronsard Malonda au nez et à la barbe des Catholiques et des Protestants, qui représentent près de 80% des croyants congolais. Le cardinal Ambongo et Monseigneur Bokundoa s’étaient érigés contre ce coup de force de leurs pairs. La presse congolaise avait fait état d’une vaste campagne de corruption engagée par le FCC pour imposer Ronsard Malonda, le bras droit de Corneille Nangaa, le très contesté président sortant de la CENI.

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C’est donc à un véritable aggiornamento auquel on assiste au sein des confessions religieuses pour la désignation du nouveau patron de la CENI. Avec la réouverture des candidatures, l’obédience à la confession n’est pas une condition requise. Cette fois-ci, les Eglises mettent en exergue la technicité avérée du candidat dans la maîtrise des questions électorales, le courage et l’indépendance vis-à-vis des politiques, et surtout un ancrage incontestable dans la Société Civile. Chaque confession religieuse a été invitée à procéder à un tri interne et à procéder à l’élaboration d’une short-list de trois candidats. Ce travail d’élagage devrait faciliter la recherche du consensus avant la sélection de l’oiseau rare.

Dans cette ruée de candidatures, catholiques, protestants et kimbanguiste semblent avoir jeté leur dévolu sur cinq personnalités. Il s’agit pour les kimbanguistes de Denis Kadima, pour les protestants de Bernard Lututala et pour les catholiques de Cyril Ebotoko, d’Hervé Diakiese et du très controversé Ronsard Malonda.

Un passage aux cribles des principaux favoris en lice permet de se faire une idée concrète de leurs atouts et de leurs handicaps.

Denis Kadima : le joker de Fatshi

A l’occasion du centenaire de l’Eglise de Simon Kimbangu, le Président Félix Tshisekedi n’a pas seulement promis l’institution d’une journée du 5 avril chômée et payée sur l’ensemble du territoire national pour célébrer l’Eglise Kimbanguiste, mais en coulisse, l’homme fort de la RDCongo a demandé aux héritiers de Simon Kimbangu de porter la candidature de Denis Kadima. Les chancelleries occidentales ont également été largement informées de ce choix très présidentiel. Toutes semblent avoir accepté de fermer les yeux au cas où les confessions religieuses entérinaient le choix des kimbanguistes.

Lesté d’un long parcours dans la gestion des organisations de l’observation des élections, Denis Kadima, 59 ans, est titulaire d’un diplôme universitaire en sciences politiques et administratives. Le candidat peut se targuer aussi d’avoir été de la mission des Nations Unies qui a organisé le référendum ayant abouti à la création du Sud Soudan.

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Au passif de sa candidature, Denis Kadima porte le poids de sa lourde proximité avec le Président de la République. Après l’Abbé Malu Malu, le pasteur Mulunda et Corneille Nangaa, qui furent tous les trois les affidés de Joseph Kabila, il paraît improbable que les Congolais voient d’un bon oeil que le président de la CENI soit à nouveau un dévoué du Chef de l’Etat. N’ayant pas une expertise institutionnelle dans la conduite des élections en RDC, Denis Kadima dispose d’un atout qui peut se révéler aussi un handicap. Après la désignation de Dieudonné Kaluba à la tête de la Cour Constitutionnelle, la donne géopolitique pourrait lui être fatale car sa désignation comme président de la CENI sera perçu comme la main-mise par l’ethnie du Président Tshisekedi non seulement sur les institutions en charge d’organiser des élections auxquelles il prendra part, mais aussi sur celle en charge des contentieux électoraux. Dans ces conditions, un risque de déflagration de la scène politique si volatile sur la question électorale n’est pas du tout à négliger.

Bernard Lututala : L’inconnu du terrain

Ancien recteur de l’unikin et de l’université Kongo, le professeur Lututala, 68 ans, est la pièce maîtresse des protestants. Nanti d’une expertise dans les organisations internationales, cet universitaire n’a pas a priori d’accointances politiques connues.

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Cependant, faute d’une expertise technique de gestion institutionnelle d’élections à faire valoir ainsi que d’une représentativité dans les combats des organisations de la société civile, il paraît difficile pour les protestants de faire prospérer cette candidature.

Cyril Ebotoko : le retour de la pupille du cardinal .

Recruté parmi les premiers cadres de la CENI lors du premier cycle électorale 2003-2006, Cyril Ebotoko Longomba dispose d’une formation électorale confirmée. Ce préposé de la Cenco s’occupe depuis plus d’une décennie de l’éducation civique électorale. Originaire de la Tshuapa, ce candidat fut un des recalés de la précédente procédure de désignation qui s’était terminée en queue de poisson. La presse, hostile à sa candidature, avait dressé le portrait d’un candidat ayant une parenté avec le cardinal Ambongo. Les deux hommes sont originaires de l’ex-grand Equateur, un lignage qui avait profondément affaibli l’image de neutralité et d’indépendance.

Pour la seconde fois, Cyril Ebotoko a postulé chez les catholiques. Son plus lourd handicap est d’avoir été récalé lors ce ce premier round par les autres confessions religieuses comme « n’ayant pas les épaules » pour diriger la CENI. Sa candidature n’amène donc pas une plus-value supplémentaire susceptible de convaincre le jury qui l’avait mis à l’écart .

Hervé Diakiese : la voix du CLC

Bien connu dans les milieux des mouvements citoyens et des organisations de défense des droits de l’homme, porte-parole du CLC, Hervé Diakiese, 48 ans, dispose d’une expérience incontestée dans le domaine de l’organisation des élections. De 2003 à 2007, il fut le numéro 1 de la CEI, l’ancien nom de la CENI, pour le Kongo Central (ex-Bas-Congo), lors des élections présidentielles, législatives nationales et provinciales, du référendum, et de l’enrôlement. Disposant d’une bonne maîtrise générale du premier processus électoral, demeuré à ce jour le moins contestable en RDC, Hervé Diakiese est de toutes les réflexions de la société civile sur la réforme électorale. Portée par le Comité Laïc de Coordination, cette candidature est d’autant plus légitime que le CLC a été de tous les grands combats pour contraindre Joseph Kabila à organiser des élections et à ne pas changer de constitution .

Cet avocat à la CPI , régulièrement sous le feu des projecteurs des procédures médiatisées, apparaît très souvent comme le défenseur des journalistes et activistes qui sont en butte à l’hostilité du pouvoir. Cette position d’activiste et de défenseur des droits de l’homme pourrait toutefois l’assimiler comme étant un adversaire du régime en place.

Ronsard Malonda: l’homme par qui le scandale arrive.

Ronsard Malonda, 45 ans. Cheville ouvrière des dernières élections chaotiques de 2018, en sa qualité de secrétaire exécutif national, Ronsard Malonda est revenu pour courageusement déposer sa candidature auprès des catholiques. Ceux-là même qui avaient récusé sa désignation à la hussarde par l’Assemblée nationale dirigée à l’époque par Jeanine Mabunda. Le handicap majeur de Malonda est d’avoir soutenu un processus largement contesté notamment par l’Eglise catholique. Le tout premier collaborateur du président sortant de la CENI porte une responsabilité majeure dans la débâcle électorale de la RDC. Une grande partie de la population congolaise en a fait un des responsables de l’échec du processus électoral de 2018 et l’artisan majeur des tricheries et irrégularités électorales qui ont engendré l’instabilité institutionnelle actuelle et le fossé grandissant entre le socle de la société congolaise et sa classe politique en grande partie illégitime.

RDC : Pour Kabila, plus de discussion, ce sera Ronsard Malonda

Considéré comme proche du camp Kabila, qui avait organisé sa désignation au pas de charge, le nom de Ronsard Malonda est donc indéfectiblement attaché à celui de Joseph Kabila. 

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