Afrique du Sud : corruption et lutte intestine au sommet de l’État

Afrique du Sud : corruption et lutte intestine au sommet de l’État

Ce mercredi, le président sud-africain Cyril Ramaphosa était convoqué à la commission qui enquête sur les soupçons de corruption sous la présidence de son prédécesseur, Jacob Zuma. Son témoignage en tant que président de l’African National Congress (ANC) risque de renforcer les tensions au sein du parti au pouvoir. Retour sur l’affaire.

Jacob Zuma devient le président de l’Afrique du Sud en 2009, après avoir poussé son prédécesseur Thabo Mbeki à la porte de l’ANC et du pouvoir. Très vite après son accession au poste, il est soupçonné de corruption au vu de l’enrichissement rapide de son entourage. Des suspicions qui se confirment en 2017, quand ses liens avec les hommes d’affaires Gupta sont révélés.

Une partie de l’argent de l’État serait accaparée par la famille, en échange de pots-de-vin versés au chef de la République. Le clan Gupta se serait ainsi servi de ses relations privilégiées avec le président pour placer certains de ses proches au gouvernement et au sein d’entreprises publiques. Plusieurs milliards de dollars auraient été détournés.

Démission et enquête

En 2018, Jacob Zuma est poussé à la démission. Il est alors remplacé par son vice-président et le chef de l’ANC, Cyril Ramaphosa : le président change, mais le parti au pouvoir reste. Le nouveau chef de la République fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille. La famille Gupta, quant à elle, quitte le pays, échappant à une éventuelle condamnation. Les avoirs du clan seront gelés par les États-Unis en octobre 2019.

Parallèlement à la démission de Jacob Zuma, une commission anti-corruption est créée. Son objectif : enquêter sur la « prise de contrôle de l’État » par la famille Gupta. Elle n’a pas le pouvoir d’inculpation mais ses conclusions seront transmises au parquet pour d’éventuelles poursuites. La commission, présidée par le juge Raymond Zondo, devait normalement siéger jusqu’en mars 2020. Avec les retards provoqués par la pandémie, elle est autorisée à prolonger son travail.

Jacob Zuma tente d’échapper à cette commission, en multipliant les recours et en invoquant son droit au silence. Il accepte une unique fois de s’exprimer en juillet 2019. Une expérience écourtée car l’ancien président s’offusque d’être traité comme un « accusé » et non comme un témoin. Il reprend alors son moyen de communication initial : la presse, canal de ses déclarations publiques. Il acceptera d’assister à une autre session en novembre 2020 mais n’y prendra pas la parole.

Division au sein de l’ANC

À la fin du mois d’août 2020, les plus hauts dirigeants de l’ANC se rencontrent. L’ambiance est tendue : le parti est divisé entre le camp de Jacob Zuma, incarné par Ace Magashule, secrétaire général de l’ANC, et les alliés de Ramaphosa. Malgré les frictions, ce dernier réussit à faire adopter une résolution : désormais, tous les responsables du parti poursuivis pour corruption doivent se retirer de leurs fonctions.

Quelques mois plus tard, en novembre, Ace Magashule est visé par un mandat d’arrêt pour… corruption. Remis en liberté contre une caution de 11 000 euros, le secrétaire général refuse pourtant de démissionner. Son procès, prévu en février, sera reporté à août 2021 car d’autres charges se rajouteront à son encontre : blanchiment d’argent, détournement de fonds, fraude électorale, … En tout, l’allié de Jacob Zuma, et ses quinze co-accusés, seront visés par 74 chefs d’inculpation. On parle du « plus gros scandale de corruption depuis la fin de l’apartheid ».

Fin mars 2021, le conseil exécutif du parti entérine la résolution de Ramaphosa : tous les membres de l’ANC inquiétés par la justice doivent se retirer de leurs fonctions dans les trente jours. Sinon, ils seront suspendus. Ace Magashule est prié de quitter son poste.

Outrage à la justice

Retour sur Jacob Zuma : La Cour constitutionnelle lui retire son droit de garder le silence en janvier, l’obligeant à comparaitre. Pourtant, en février, l’ancien président refuse une nouvelle fois de témoigner devant la commission anti-corruption. Il accuse le juge Zondo d’être « partial », et les lois de la plus haute juridiction du pays d’être « politisées ». La commission Zondo réclame alors auprès de la Cour constitutionnelle deux ans de prison à l’encontre de Jacob Zuma pour « outrage à la justice ».

Le 14 avril, la justice sud-africaine demande à Jacob Zuma de déterminer lui-même sa peine dans le cas où il serait jugé coupable. L’ancien président s’obstine : il refuse de choisir sa sentence.

Même s’il était convoqué ce mardi en tant que président de l’ANC, Cyril Ramaphosa avait donc l’occasion de défendre son bilan de lutte contre la corruption auprès de la commission. Il comparaitra de nouveau le 14 mai, en tant que président de la République cette fois. Son rôle en tant que vice-président de Jacob Zuma y sera examiné de plus près.

Le même mois, le président déchu sera également entendu pour une affaire de pots-de-vin. Il est visé par seize chefs d’accusation de fraude, de corruption et de racket liés à l’achat de matériel militaire auprès de cinq sociétés d’armement européennes, comprenant le groupe français Thales. Un scandale qui a eu lieu en 1999, alors qu’il était vice-président. Le 21 avril, les avocats de Jacob Zuma se retiraient du dossier, sans explications. Le procès débute le 17 mai.

Que pensez-vous de cet article?

Derniers Articles

Journalistes

Dernières Vidéos