Le gouvernement investi sur des promesses à foison, mais pas de chiffres

Le gouvernement investi sur des promesses à foison, mais pas de chiffres

Par Marie-France Cros.

L’Assemblée nationale a adopté lundi, par 410 voix sur 412 présents (sur un total de 500 députés) le gouvernement du Premier ministre Sama Lukonde. Ce dernier venait de présenter son programme de gouvernement. Depuis la nomination des membres de son gouvernement, il y a quinze jours,  de nombreuses voix s’étaient élevées pour protester contre sa composition et l’investiture de ce cabinet semblait loin de n’être qu’une formalité. Mais, depuis lors, chef d’Etat et Premier ministre s’étaient activés à convaincre les députés.

Le gouvernement Sama Lukonde pèche, en effet, par la surreprésentation des provinces du Président et de la Première Dame, le Kasaï oriental et le Sud-Kivu; du parti présidentiel UDPS et de son allié UNC (du Sud-Kivu); par la sous-représentation d’autres partis et d’autres provinces. Cela avait suscité une fronde de 200 députés “révolutionnaires”, dirigés par Daniel Mbau (MLC), parmi les transfuges kabilistes ayant rejoint le camp Tshisekedi. De quoi inquiéter le Président, sans compter la “grève” des députés de l’Ituri et des deux Kivus (est du pays), depuis le 21 avril, pour protester contre le manque d’action gouvernementale pour combattre la violence dans leurs provinces.

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“Diminuer le train de vie des institutions”

Après le Premier ministre, le chef de l’Etat a donc reçu samedi soir “357” députés (sur un total de 500) de son “Union sacrée” (coalition dominée par les transfuges kabilistes) pour leur dire qu’ils devaient investir le gouvernement Sama Lukonde.

Quels arguments les ont-ils convaincus? On l’ignore pour l’instant. Le programme du Premier ministre semble calibré pour satisfaire tout le monde: il promet tout ce que ses prédécesseurs ont déjà promis (et jamais réalisé) mais sans dire combien cela coûtera et d’où viendra l’argent pour le faire, alors que les finances de l’Etat sont au plus bas.

On note une annonce de “réduction du train de vie des institutions politiques” qui a du mal à convaincre alors que Félix Tshisekedi  a multiplié par 3 ou 4 le nombre de membres de son cabinet (qui totalise officiellement 1018 personnes!), n’a pas touché à la pension d’ex-Président de son prédécesseur (plus de 600 000 dollars par mois), ni aux pensions et avantages stupéfiants accordés par l’ex-Premier ministre Tshibala aux anciens ministres et Premiers ministres.

Recensement électoral

On note aussi qu’un recensement est prévu en vue des élections de 2023. Pour retarder les scrutins? Le Président a assuré samedi qu’ils auraient bien lieu dans les temps, y compris les élections locales, jamais organisées jusqu’ici.

Moins neuve: l’annonce de la “mise en oeuvre effective de la Caisse nationale de péréquation”. Prévue par la Constitution de 2006, elle n’existe toujours pas. Elle doit servir à amoindrir les différences de niveau de vie entre provinces, alors que quatre d’entre elles, seulement, sont capables de subvenir à leurs besoins: le Bas-Congo, grâce au port de Matadi; Kinshasa, grâce aux impôts sur les sociétés; le Haut-Katanga et le Lualaba, grâce aux revenus miniers. Toutes les autres sont déficitaires, ce qui pousse leurs assemblées provinciales à sans cesse limoger le gouverneur, incapable de financer des programmes dont la responsabilité lui est donnée par la Constitution de 2006.

Enfin, on note, pour “pacifier l’est”, un programme de “désarmement, démobilisation et réinsertion communautaire” des combattants, plutôt que leur réinsertion au sein de l’armée, ce qui y a entretenu l’indiscipline et l’inefficacité.

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