La mort d’Idriss Déby ouvre une période troublée pour le Tchad et le Sahel

La mort d’Idriss Déby ouvre une période troublée pour le Tchad et le Sahel

Commentaire par Marie-France Cros.

Le séisme que représente la mort d’Idriss Déby n’a pas fini de faire trembler l’Afrique.

D’abord parce qu’on n’en connaît pas les circonstances exactes. L’armée tchadienne le dit décédé de blessures encourues au combat contre des rebelles nordistes, mais n’en a donné ni le lieu, ni un récit précis, ni le moment. Elle a annoncé mardi midi qu’il avait passé le jour-même; selon l’AFP, la Présidence, elle, le dit mort « lundi ». Et si l’armée affirme que son chef a été blessé « au front », elle n’a jamais précisé à quel endroit, ni quand exactement, ni qui l’accompagnait.

Très logiquement, plusieurs hypothèses circulent donc: mort au combat; assassiné par un proche en raison des graves conflits intra-familiaux qui sont apparus en février à l’occasion de la présidentielle; assassiné lors de discussions avec les rebelles du nord…

Sa mort a été suivie par un coup d’Etat de son fils Mahamat, commandant de la garde présidentielle, qui s’est attribué le pouvoir en dépit des règles constitutionnelles qui limitaient la transition à trois mois maximum et l’attribuaient au président de l’Assemblée nationale.

Mahamat Déby, général à 37 ans, saura-t-il s’imposer à toute l’armée tchadienne et aux ardeurs guerrières des tribus nordistes affamées de pouvoir et incapables de s’unir longtemps? Résister à la rébellion nordiste qui dit poursuivre sa marche depuis les confins libyens d’où elle a attaqué le 11 avril dernier? Remplacer son père aux yeux de ses homologues au Sahel et, en particulier, à la tête du fameux G5 voulu par Paris et dont Idriss Déby était le mât central?

Le G5 Sahel est une coalition du Burkina Faso, du Mali, de la Mauritanie, du Niger et du Tchad pour renforcer leur sécurité, en particulier face aux djihadistes; fondée en 2014, elle fonctionne mal en raison principalement de la faiblesse des armées de ces pays, à l’exception de celle du Tchad, et du manque de volonté politique commune. La disparition de la forte personnalité qu’était Idriss Déby va accentuer ces carences.

Jusqu’ici, le G5 était largement porté par la France. Or, selon la déclaration à l’AFP du spécialiste de la politique africaine de la France, Antoine Glaser, « il y a un sentiment de sidération à Paris, qui n’avait pas de plan B ». On peut déjà conclure qu’il sera encore plus difficile que prévu, pour la France, de diminuer son contingent militaire au Sahel comme elle le voulait.

Mais ce n’est pas tout: alors que le Niger, le Mali et le Burkina Faso sont profondément déstabilisés par les offensives djihadistes, que la Centrafrique (où N’Djamena jouait un rôle central) est plongée dans le chaos en raison de son incapacité à se gouverner, le Tchad sera-t-il un nouvel éclopé du « pré carré » français?

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