Reprise du procès de Paul Rusesabagina à Kigali

Reprise du procès de Paul Rusesabagina à Kigali

Le procès de Paul Rusesabagina a repris mercredi matin devant la Haute Cour de Kigali spécialisée dans les crimes internationaux et transfrontaliers. Rwandais naturalisé belge, il est accusé de « terrorisme » avec 20 autres personnes appartenant à un des deux mouvements armés de la coalition d’opposition qu’il présidait jusqu’à son arrestation, en août 2020, le MRCD.

Comme lors des dernières audiences, M. Rusesabagina était absent mercredi. Il boycotte depuis le 12 mars son procès, ouvert le 17 février, parce qu’il exige d’être jugé par un tribunal belge – mais la Haute Cour s’est estimée compétente pour le juger sur des crimes commis au Rwanda – et entend protester contre le refus des juges de retarder le procès de six mois. L’accusé a annoncé des poursuites contre l’Etat rwandais en Belgique pour « enlèvement »; la Haute-Cour a récusé le terme parce qu' »aucune violence » n’a été utilisée pour amener l’ex-directeur de l’Hôtel Mille Collines – dont Hollywood a fait un héros – à Kigali. Il y a cependant été amené par ruse, grâce à un de ses anciens amis, choqué de la revendication d’attaques terroristes par l’accusé.

Mercredi, Paul Rusesabagina a informé la Haute Cour par lettre qu’il ne se présenterait plus jamais devant elle parce qu’il n’en attendait pas un procès équitable.

Incendies volontaires

Le parquet a poursuivi la justification des chefs d’accusation pesant sur Rusesabagina. Celui d’incendie volontaire comme acte terroriste se justifie, aux yeux du procureur, parce que l’accusé dirigeait le MRCD quand le FLN, un des groupes armés membres de cette coalition, a lancé plusieurs attaques au Rwanda, durant lesquelles les biens d’habitants ont été incendiés. Comme chef et comme financier du FLN, a indiqué le procureur Ruberwa, Paul Rusesabagina porte une responsabilité dans ces actes.

Le parquet a projeté des photos de ce qui avait été incendié lors d’une attaque du FLN, le 19 juin 2018 à Nyabimata: un bâtiment appartenant à une coopérative locale, la voiture d’un administrateur local et des motos appartenant à des habitants. Des images ont également été projetées de dégâts occasionnés lors d’une autre attaque, dans la forêt de Nyungwe, par des assaillants FLN: trois bus, une voiture et un mini-bus brûlés, apartenant tous à des personnes privées – ce qui en fait un acte terroriste, selon l’accusation, parce que destiné à instiller la peur dans la population. Le parquet a également lu des témoignages de victimes d’attaques FLN dans les districts de Nyamagabe, Nyaruguru et Rusizi.

Pas d’objectifs militaires

Quant à l’accusation de tentative de meurtre comme acte de terrorisme, le procureur Ruberwa a indiqué que ce n’était pas parce que la victime avait survécu que le FLN n’avait pas essayé de les priver de la vie. Le FLN a lancé des grenades sur des civils désarmés durant ces attaques et les a revendiquées; elles ne visaient pas d’objectif militaire et étaient donc bien destinées à terroriser la population.

Un chef militaire accusé

La Haute Cour s’est ensuite intéressée au cas d’un autre des accusés, Marc Nizeyimana, contre lequel pèsent 9 chefs d’accusation. Selon le procureur, il a fait partie de deux groupes armés: le FLN, rejoint en 2016, alors qu’il venait des FOCA, sous-groupe des FDLR (NDLR: principal groupe armé rwandais hutu, issu des génocidaires). Dans les deux groupes il a occupé des postes dirigeants.

Lors de son arrestation, le 28 février 2020, il était colonel dans le FLN et dirigeait la section nord du groupe armé. Il tentait alors de faire passer ses combattants du Congo vers le Burundi, selon ses déclarations, grâce à ses contacts avec des officiels burundais. Selon le procureur, il s’agissait de contacts individuels, pas de contacts avec le gouvernement burundais.

Ces contacts burundais ont aidé Marc Nizeyimana à amener les combattants FLN au Burundi, leur fournissant armes et médicaments. De là étaient menées des attaques contre le territoire rwandais. Nizeyimana est accusé aussi de l’enlèvement de civils rwandais à Nyamagabe et Nyaruguru, pour les forcer à porter pour le FLN des biens pillés dans la forêt de Nyungwe; ils avaient ensuite été libérés.

Le procès reprend jeudi 22 avril.

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