Après la « Kabilie », le Congo deviendra-t-il une « Tshisekedie »?

Après la « Kabilie », le Congo deviendra-t-il une « Tshisekedie »?

    Par Marie-France Cros.   Y aura-t-il une “Tshisekedie” alors que la “Kabilie” vient d’être défaite? C’est en tout cas le désir de l’UDPS, dont un membre éminent a déposé jeudi au bureau de l’Assemblée nationale, rapporte l’agence APA, un texte proposant de ne compter les cinq ans de présidence de Félix Tshisekedi, investi depuis janvier 2019, que lorsque que le gouvernement Sama Lukonde, qui vient d’être formé, sera investi. Autrement dit: l’UDPS, qui a tant critiqué Joseph Kabila pour s’être arrogé deux années de présidence de plus que ce que prévoyait son mandat, veut faire de même en faveur de son leader.

  Extravagance inconstitutionnelle   Cette extravagance, inconstitutionnelle, pourrait-elle fonctionner? Pas impossible. En effet, depuis que, par diverses manoeuvres – en partie illégales – Félix Tshisekedi a réussi à priver son mentor, Joseph Kabila, de sa majorité au parlement pour la rallier à l’UDPS au sein d’une “Union sacrée pour la Nation” au statut incertain, il dispose d’une large majorité.   Rappelons que la “majorité” parlementaire kabiliste et l’accès à la Présidence de Félix Tshisekedi, résultent d’un accord entre les deux hommes et ne reposent pas sur des résultats électoraux – qui n’ont jamais été publiés dans le détail.   Une majorité peu solide   L’auteur de la proposition, Victor Wakwenda, président de la Convention démocratique de l’UDPS, avait déjà dévoilé ces intentions dans une interview à Radio Okapi le 16 mars, la justifiant par le fait que, jusqu’ici, le chef de l’Etat avait partagé le pouvoir avec son prédécesseur – un fait résultant de l’accord illégal entre les deux hommes mais que l’UDPS a longtemps réfuté.

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  Wakwenda s’était illustré, en mars dernier, par sa “prière” aux Tshisekedi prononcée lors d’une réunion du parti: “Au nom du Père, Ya Tshitshi, du Fils, Ya Fatshi et du Saint-Esprit, le Peuple d’abord” (slogan de l’UDPS).   Oui mais voilà. La migration de la majorité parlementaire de Kabila à Tshisekedi ne résulte pas d’une illumination spirituelle de députés égarés, mais de manoeuvres (menace de la Présidence de dissoudre l’Assemblée nationale, ce qui aurait laissé les députés sans revenus) et pressions (achat de consciences, selon certaines dénonciations). L’Union sacrée – formée aux deux tiers d’ex-kabilistes – est donc peu solide.   Un gouvernement déséquilibré   Or, le gouvernement dont le Premier ministre désigné, Jean-Michel Sama Lukonde, vient d’annoncer la formation est loin de donner satisfaction aux troupes de cette “Union”.  Sama Lukonde avait annoncé un ministre par parti politique pour 8 députés. L’UDPS n’a que 32 députés après avoir accepté le marché de Kabila (la Présidence contre une majorité parlementaire), et devait donc avoir 4 ministres. Jean-Marc Kabund-A-Kabund, président ad interim de l’UDPS, a exigé plus de postes pour les “révolutionnaires” qui ont modifié la majorité parlementaire. Finalement, l’UDPS et alliés ont 16 ministres. Le parti AFDC, avec 40 députés, avait droit à 5 ministres; elle en a 4. Les FCC (kabilistes restés kabilistes) ont 16 portefeuilles et en réclament plus.   A cela s’ajoutent les mécontentements régionaux. Dans leurs marchandages, Sama Lukonde et Kabund semblent avoir oublié la nécessaire répartition ethnico-régionale des ministres. Le Grand Kasaï a 15 ministères. Le Sud-Kivu en a 7 a lui seul, dont 5 vont à la tribu Shi, 1 à un Fulero et 1 à un Mulenge – rien pour les Bembe et les Rega, deux tribus importantes de la province. D’autres régions protestent aussi, notamment au Kasaï.   La fronde des mécontents   Une fronde s’est donc levée, dont le porte-parole est Daniel Mbau, un des artisans de la migration de la majorité kabiliste vers Tshisekedi. Il a annoncé jeudi “138”, puis “200” signatures à sa lettre de protestation de ceux qui estiment n’avoir pas été récompensés en proportion de leurs efforts pour faire basculer la majorité. Ils rappellent au président Tshisekedi l’alinea 3 de l’article 90 de la Constitution: “La composition du gouvernement tient compte de la représentativité nationale”.   Si satisfaction ne leur est pas donnée, il est vraisemblable qu’ils refusent leur vote pour investir le gouvernement Sama Lukonde. Et si les 120 députés restés kabilistes se joignent à eux, le Premier ministre n’atteindra jamais la moitié plus une des 500 voix de l’Assemblée nationale.   Dans le cas contraire, la prolongation de deux ans de la présidence Tshisekedi sera-t-elle adoptée, bien que l’article 220 de la Constitution interdise toute révision constitutionnelle touchant au « nombre » et « la durée des mandats du Président de la république »? Félix Tshisekedi a déjà bénéficié plusieurs fois du viol de la Constitution.

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