Djibouti : cinquième mandat en vue pour Ismaïl Omar Guelleh

Djibouti : cinquième mandat en vue pour Ismaïl Omar Guelleh

L’opposition boycotte les élections présidentielles de ce vendredi.

Au pouvoir depuis 1999, Ismaïl Omar Guelleh brigue un cinquième mandat. Alors que l’opposition crie un manque de transparence électorale, un seul candidat se mesure au président sortant. Zakaria Ismael Jafar n’appartient à aucun parti politique et se présente comme un antisystème. Difficile pour lui de s’imposer face à l’expérience et au gage de stabilité que représente le chef d’État actuel.

Celui-ci conserve toujours la même ligne politique : renforcer la croissance économique du pays et maintenir un équilibre entre ses différents alliés extérieurs. Le réel enjeu du scrutin semble donc moins la pluralité politique que le taux de participation.

Une économie émergente

Déjà fragilisée par les invasions de criquets, l’économie de Djibouti s’est contractée avec la pandémie de Covid-19. Les perspectives économiques à moyen terme restent néanmoins prometteuses. Selon la Banque Mondiale, la croissance devrait se rétablir d’ici 2022.

Le bilan économique d’Ismaïl Omar Guelleh se révèle donc plutôt positif. Il mène sans relâche son programme « Vision 2035 », dont l’objectif est clair : faire de Djibouti la principale plateforme commerciale et logistique du continent africain. Avant la crise sanitaire, le taux de chômage diminuait chaque année, alors que les jeunes diplômés sont toujours plus nombreux sur le marché du travail.

Le phare de la mer Rouge

Si Djibouti manque de ressources naturelles, sa position géographique constitue son principal atout économique. Véritable pont entre l’Afrique et le Moyen-Orient, le pays attire la convoitise des puissances internationales. France, États-Unis, Chine, Japon, … Toutes partagent le même intérêt stratégique : s’assurer un accès direct aux voies maritimes très fréquentées du Détroit de Bab el Mandeb.

La France, de qui le pays a obtenu son indépendance, n’est plus l’unique partenaire extérieur de Djibouti. Aujourd’hui, le petit État abrite surtout des contingents militaires de Paris et de Washington qui l’appuient dans sa lutte contre le terrorisme et la piraterie.

La Chine, elle aussi, s’impose de plus en plus sur le territoire, la Corne de l’Afrique étant une halte incontournable dans sa nouvelle route de la soie. Pékin représente un double avantage pour Djibouti : un précieux soutien financier dans le développement des infrastructures et une non-ingérence dans les affaires domestiques.

Avec cette présence étrangère toujours plus variée et importante, et malgré son petit territoire, Djibouti se place ainsi dans une position de force dans l’ordre international.

Diviser pour mieux régner

En équilibrant les alliances bilatérales et en jouant sur les rivalités internationales, Ismaïl Omar Guelleh se préserve de la domination d’un seul et même État sur le territoire.

Cette méthode géopolitique se traduit également en interne. Les voix critiques vis-à-vis du pouvoir dénoncent une « stratégie de chaos ». Les griefs de la guerre civile de 1991-1994 sont encore vifs entre les tribus Afars et celles des Issas. Le motif des tensions est toujours le même : les premières reprochent aux secondes de monopoliser le pouvoir politique.

Le chef d’État, issu de l’une des tribus Issas, créerait des tensions ethno-tribales pour s’imposer comme seul recours pour rétablir l’ordre. En 2016, l’opposition était tellement divisée qu’elle n’a pas réussi à remporter les élections présidentielles.

Les puissances extérieures restent discrètes quant à ces manœuvres politiques. La stabilité de l’État-pays est primordiale pour le bon déroulement des échanges économiques internationaux. Rappeler à l’ordre le président Guelleh, c’est prendre le risque de perdre sa confiance et donc, d’être écrasé par d’autres alliés comme la Chine. Le chef d’État devrait donc remporter le scrutin sans difficulté.

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