À 25 ans, Lucas Katangila est un jeune homme « en colère ». En colère contre un régime politique corrompu et assoiffé de pouvoir qui l’a contraint, en 2018, à fuir sa ville natale, Goma, dans le Nord-Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo (RDC), pour la Belgique. « Je suis né un peu après le génocide rwandais, en 1996, et, dans ma région, je n’ai jamais connu que la guerre, raconte-t-il. Au Kivu, la vie n’a aucune valeur aux yeux de nos dirigeants : on dit même qu’une poule a plus de valeur qu’un être humain ». Et de dénoncer : « Une femme est violée chaque seconde. Il n’y a accès ni à l’éducation ni à la santé. Il n’y a ni eau potable ni électricité alors que ce pays est riche de ressources naturelles. Les enfants sont contraints de travailler jour et nuit dans les mines de coltan » quand ils ne sont pas enrôlés de force dans l’armée. Là-bas, ils sont surnommés « kadogo », qui signifie « petite chose sans importance »…Écœuré et révolté par tant d’atrocités commises dans une totale impunité, Lucas Katangila a fondé à Goma avec ses deux frères et des amis de son quartier l’association Ndoto Kids Dancers (ou Rêve des enfants danseurs, « ndoto » signifiant « rêve » en swahili). « Notre objectif est de redonner sourire et espoir à tous ces enfants qui sont bouleversés et opprimés par la guerre, décrit-il. Mon idée est d’amener ces jeunes (qui, souvent, ont été kidnappés et sont devenus des enfants-soldats, NdlR) à réintégrer la société au travers de la danse ». C’est que « la danse m’a sauvé la vie, affirme Lucas Katangila. J’ai tant d’amis à qui il est arrivé malheur et qui ont perdu la vie ».

« Graves menaces »

Né dans une « grande famille d’artistes » (musiciens et danseurs), Lucas Katangila découvre la danse à l’âge de six ans. « Je jouais déjà des percussions ; je voyais tout le monde bouger et danser autour de moi, se souvient-il. Alors, je rentrais aussi dans le cercle pour danser. Là, je me sentais vivre. Ça me procurait de la joie, de l’espoir. Je m’exprimais à travers mon corps. C’est comme cela que j’ai pris mon envol ». Diplômé en électromécanique, « je n’avais pas envie de passer ma vie à réparer des bagnoles. Je savais que ma place était dans la danse, reprend-il. Je me souviens que ma mère m’objectait qu’il n’y a pas de danseur millionnaire. Mais moi, je danse pour une cause : je suis un messager, je suis la voix des sans voix. Quand je danse, je me sens libre ».