Bénin : Une présidentielle sans pluralisme

Bénin : Une présidentielle sans pluralisme

Patrice Talon, le président sortant, a de grandes chances d’être réélu ce dimanche 11 avril.

Aucune opposition radicale n’occupe la scène politique béninoise. Seuls deux candidats sont sur la ligne de départ pour affronter le président sortant Patrice Talon.
Alassane Soumanou Djimba, ministre de l’Enseignement sous l’ancien président Thomas Boni Yayi, est accusé d’être le candidat du président sortant. Corentin Kohoué, récemment divorcé du principal parti de l’opposition Les Démocrates (LD), est ciblé par le même reproche. Ce sont les seuls candidats qui ont réussi à obtenir assez de parrainages pour se présenter aux élections.
Cette opposition frêle s’explique par la nouvelle loi électorale du Bénin. Depuis le 15 novembre 2019, chaque candidat à la présidentielle doit être parrainé par seize maires ou députés. Or, aucun parti de l’opposition n’était autorisé lors de la dernière élection présidentielle de 2016. La quasi-totalité des personnalités politiques du pays sont donc issues de la majorité présidentielle. Difficile pour un candidat de l’opposition, donc, de rassembler assez de signataires. Remplir cette condition inclut un soutien proche du pouvoir.
La répression politique dénoncée
Les voix fortes de l’opposition s’enfoncent ainsi dans une résignation silencieuse. Elles sont également étouffées par une répression politique, dénoncée par Amnesty International. Entre janvier et mars, au moins douze opposants politiques ont été convoqués, arrêtés ou condamnés sans fondement.
Parmi ces voix critiques du gouvernement se trouve un responsable du LD, Bio Dramane Tidjani. Il est provisoirement détenu avec l’un de ses collaborateurs depuis le 1er mars pour “association de malfaiteurs et terrorisme”. Sa collègue Rékiatou Madougou est également en prison depuis le 5 mars pour “financement du terrorisme”. Un autre partisan, Abdoul Razak Amadou, lui, est libre depuis le 25 mars, après avoir été condamné à six mois de prison, dont deux fermes, pour “incitation à la violence et à la rébellion”.
Le militant candidat Galiou Soglo, lui, a été blessé par balle à la poitrine le 5 février. Il se trouve aujourd’hui en France pour soigner ses blessures et il se dit victime d’une filature et d’une diffamation sur les réseaux sociaux depuis deux ans. L’hypothèse d’une tentative d’assassinat est envisagée.
Internet, enjeu central des élections
“Chers Twittos du Bénin et d’ailleurs, je suis très heureux de vous rejoindre enfin sur Twitter. Merci de m’accueillir.” Tels sont les premiers mots de Patrice Talon sur le réseau social, deux jours avant le lancement de sa campagne électorale. La promotion de son programme 2021-2026 y trouve une nouvelle caisse de résonance.
L’homme d’affaires se montre satisfait de son premier mandat, dont l’objectif principal était le développement d’infrastructures qui soutiennent la croissance économique du pays. Avec sa colistière Mariam Talata, l’actuelle première vice-présidente de l’Assemblée nationale, le président affiche sa nouvelle priorité : la création de l’emploi. Durant son premier meeting devant les syndicats étudiants, il annonce qu’il créera trente-sept centres de formations techniques en cas de victoire. Pour encourager l’essor industriel, il compte également fournir une connexion Internet partout dans le pays.
Cette dernière promesse n’est pas anodine : lors des dernières élections parlementaires de 2019, le pays entier a été confronté à une coupure Internet. Réduits au silence, les défenseurs des droits humains, les journalistes et les blogueurs ont dénoncé une atteinte à la liberté d’expression. La société civile insiste donc sur l’importance d’un accès à Internet avant, pendant et après l’élection de cette année.
Une exigence mise sous la responsabilité des experts de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Arrivés le 23 mars à Cotonou, ils endossent la mission d’observer le bon déroulement du processus électoral.

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