Tanzanie: la présidente amorce une rupture avec l’ère Magufuli

Tanzanie: la présidente amorce une rupture avec l’ère Magufuli

Réponse au Covid fondée sur la science, défense de la liberté de la presse, appel à renouer le lien abîmé avec les investisseurs étrangers: la nouvelle présidente de Tanzanie Samia Suluhu Hassan a prononcé mardi un discours de rupture vis-à-vis de son prédécesseur John Magufuli.

« Il n’est pas bon de l’ignorer (le Covid-19). Nous ne pouvons le rejeter ou l’accepter sans les conclusions de la recherche » scientifique, a-t-elle déclaré lors d’une cérémonie d’investiture de nouveaux membres du gouvernement à Dar es Salaam, la capitale économique.

La présidente a ajouté qu’elle allait créer un comité d’experts pour conseiller le gouvernement, chargé de faire la synthèse des connaissances mondiales sur le virus et de faire des recommandations.

Son prédécesseur John Magufuli, décédé soudainement le 18 mars, n’avait eu de cesse de minimiser la pandémie, s’en remettant aux prières pour vaincre le virus et déclarant les vaccins potentiellement « dangereux ». Le pays n’a pas publié de statistiques sur l’épidémie depuis avril 2020.

Les experts « nous en diront plus sur la pandémie et nous conseilleront sur ce que le (reste du) monde propose. Nous ne pouvons pas tout accepter les yeux fermés, mais nous ne pouvons pas non plus nous isoler comme si nous étions une île, tandis que le monde avance dans une toute autre direction », a insisté Mme Hassan.

Mme Hassan est devenue la première présidente de la Tanzanie à la suite du décès du président Magufuli à l’âge de 61 ans et alors qu’elle occupait le poste de vice-présidente.

Chef de l’Etat depuis 2015, M. Magufuli, surnommé le « Bulldozer » est mort le 18 mars de problèmes cardiaques, selon les autorités tanzaniennes. Mais son principal opposant a affirmé que le dirigeant était mort du Covid-19.

Attirer les investissements –

Dans son discours, la présidente de 61 ans a également abordé la liberté de la presse, mise à mal sous le premier mandat de son prédécesseur, marqué par un net recul des libertés fondamentales selon des organisations de défense des droits de l’Homme.

Refusant l’idée que le gouvernement de Tanzanie puisse être critiqué pour « supprimer la liberté de la presse », la présidente a ajouté: « Nos textes de loi devraient être clairs sur les délits et leur punition. Nous ne devrions pas recourir à la force pour fermer des médias ».

Mme Hassan a ordonné la réouverture de médias ayant été interdits. Elle n’a pas précisé le nom des médias concernés mais la mesure pourrait concerner le journal Daima, interdit de publication en 2020 ou encore les chaînes de télévision Wasafi TV et Kwanza TV.

Cette annonce a été saluée par le journaliste tanzanien d’investigation Erick Kabendera qui a passé de longs mois en détention en 2019 pour des faits présumés de malversations, une procédure considérée comme politiquement motivée par de nombreux observateurs.

Par ailleurs, la présidente a ordonné un réexamen de la législation et du système fiscal encadrant les investissement étrangers dans le pays, invitant son administration à « travailler dur pour regagner » la confiance des investisseurs étrangers.

« Les investisseurs étrangers nous ont étiquetés comme imprévisibles et c’est un défi. Je veux que tous ensemble nous attirions de nouveau des investissements », a-t-elle ajouté.

Magufuli avait engagé un bras de fer avec d’importantes compagnies minières étrangères opérant dans le pays, ce qui avait permis à la Tanzanie d’augmenter la part de ses revenus tirés de ce secteur.

Plus généralement, de nombreux acteurs économiques étrangers se plaignaient d’un harcèlement fiscal constant et arbitraire.

La Tanzanie, longtemps perçue comme un havre de stabilité dans une région troublée, a vu son image écornée au fur et à mesure que le président Magufuli a développé un style de gouvernance autoritaire et solitaire.

Magufuli avait été réélu haut la main en octobre pour un second mandat, à l’issue d’un scrutin qualifié de farce par l’opposition et que la plupart des médias étrangers n’ont pas été autorisés à couvrir.

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