Rwanda: exécutions extra-judiciaires

  • Dans Rwanda
  • 13 juillet 2017
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Rwanda: exécutions extra-judiciaires

 
Les forces de sécurité rwandaises ont exécuté au moins 37 petits délinquants sans les poursuivre en justice, entre juillet 2016 et mars 2017, dans l’ouest du Rwanda, a accusé Human Rights Watch (HRW) dans un rapport publié jeudi. Selon l’organisation de défense des droits de l’Homme, cette vague d’exécutions extrajudiciaires entre dans le cadre d’une stratégie officielle pour « répandre la peur, faire respecter l’ordre et dissuader de toute résistance aux ordres ou aux politiques du gouvernement.
Le gouvernement rwandais n’a pas répondu aux requêtes de l’AFP pour un commentaire sur ce rapport publié la veille du début de la campagne électorale pour l’élection présidentielle du 4 août, lors de laquelle le président Paul Kagame devrait aisément être élu pour un troisième mandat.
 
Exposé, puis tué
 
Fulgence Rukundo est une des 37 personnes tuées, selon HRW. Des soldats sont arrivés à l’aube dans sa maison de l’ouest du Rwanda et l’ont accusé d’avoir volé une vache. Ils ont placé des morceaux de la carcasse de la vache sur ses épaules, posé la tête de l’animal sur la sienne. Il a été ainsi exposé au public – près d’une centaine de personnes – devant lesquelles le maire l’a accusé d’avoir volé une vache. « Tous les voleurs doivent être tués », a-t-il ajouté, selon un témoin cité par HRW. Le maire a alors signé un papier avec les soldats, qui ont ensuite emmené Fulgence Rukundo pour le tuer par balles dans une bananeraie, selon des témoins cités dans le rapport.
 
« Dans la plupart des cas documentés par Human Rights Watch, des autorités militaires et civiles locales ont expliqué aux habitants après l’exécution, souvent lors de réunions publiques, qu’elles appliquaient les +nouveaux ordres+ ou une +nouvelle loi+ stipulant que tous les voleurs et autres criminels de la région devaient être arrêtés et exécutés », indique le rapport. Malgré le fait que ces meurtres aient eu lieu devant de nombreux témoins, ils n’ont pas été évoqués publiquement au Rwanda, où les médias sont muselés et où les défenseurs des droits de l’Homme ont peur de s’exprimer, souligne HRW.
 
Selon un habitant du district de Rubavu, où vivait Fulgence Rukundo, des avertissements avaient été lancés lors des rencontres communautaires, qui forment une part importante de la vie villageoise au Rwanda. « En 2016, les autorités ont commencé à tenir des propos dans les réunions comme : +Nous tuerons les personnes que nous prenons en train de voler+ », a déclaré ce témoin à HRW. Parmi les autres personnes tuées sans jugement, figurent des gens accusés d’avoir volé des bananes, du sucre de canne ou des motos. Toujours selon le rapport, basé sur 119 entretiens avec des membres des familles, des témoins, des officiels et autres, au moins 11 hommes ont été tués pour avoir utilisé des filets de pêche illégaux sur le lac Kivu.
 
Interdiction de pleurer le mort
 
HRW présente aussi le cas de deux hommes tués par des civils, après que ceux-ci eurent été encouragés en ce sens par les autorités locales. Terrifiés, les membres des familles ont été avertis qu’ils avaient intérêt à garder le silence sur ce qui s’était passé. Emmenée voir le corps de son mari tué dans une forêt, une veuve a raconté: « Les soldats nous ont dit de ne pas être tristes et de ne pas pleurer. Ils ont ajouté que si nous osions pleurer, nous risquerions d’être abattus ». « Nous n’avons pas le droit de nous exprimer librement. Si nous en parlons, nous finirons en prison ou nous disparaîtrons », a affirmé un autre témoin à HRW. 

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