La CPI confirme l’acquittement de Laurent Gbagbo et son ministre

La CPI confirme l’acquittement de Laurent Gbagbo et son ministre

Par Marie-France Cros.

Elle avait eu plus de deux ans pour se préparer mais elle a échoué en appel comme en première instance. La procureure gambienne Fatou Bensouda n’a pas réussi à convaincre la chambre d’appel de la Cour pénale internationale (CPI) qui, mercredi, a confirmé l’acquittement de l’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo, 75 ans, et de son ex-ministre de la Jeunesse, Charles Blé Goudé, 47 ans.

Tous deux étaient accusés de quatre crimes contre l’humanité pour des violences commises durant la cahotique présidence Gbagbo. En première instance, les juges avaient estimé le dossier de la Procureure d’une “faiblesse exceptionnelle”. Celle-ci avait interjeté appel en dénonçant des vices de droit et de procédure.

Un Président minoritaire

Parvenu au pouvoir en 2000 à la suite d’élections irrégulières, Laurent Gbagbo, minoritaire, avait tablé sur une politique d’”ivoirité” pour se gagner des appuis. Cette politique discriminait les immigrants venus des pays voisins du nord et assimilait de facto les Ivoiriens du nord à ces étrangers. Le rejet des nordistes avait provoqué, en 2002, une tentative ratée de coup d’État par l’armée – dominée par les nordistes – qui s’était transformée en guerre civile entre le nord et le sud du pays, coupé en deux.

Sachant qu’il avait peu de chances de gagner un scrutin régulier, Gbagbo était parvenu à reculer de cinq ans l’élection présidentielle de 2005 et perdit celle de novembre 2010 face à Alassane Ouattara, un nordiste. Son refus d’admettre sa défaite provoquera des exactions et combats qui firent 3000 morts.

Ministre de la Jeunesse et chef de milice

Charles Blé Goudé s’était fait connaître comme syndicaliste étudiant. Une fois Gbagbo à la Présidence, son syndicat était devenu une véritable milice au service du pouvoir, commettant de nombreuses agressions contre ses adversaires politiques. Blé Goudé avait été placé sous sanctions par l’Onu en 2006 pour incitation à la haine contre les étrangers et participation à des actes de violence de milices, y compris des viols et des meurtres.

Après avoir refusé sa défaite électorale de novembre 2010, Gbagbo nomma Blé Goudé ministre de la Jeunesse, poste où il poursuivit ses harangues et recrutements de jeunes. En mars 2011, sentant venir la défaite du régime, il tente de fuir au Ghana mais il est renvoyé à son poste par la gendarmerie ivoirienne. Blé Goudé relance alors le recrutement de jeunes miliciens.

Le 11 avril 2011, Gbagbo est arrêté par l’armée nordiste d’Alassane Ouattara, appuyée par la France dont les ressortissants ont fait les frais de la vindicte de Blé Goudé. Celui-ci fuit le pays. Il sera arrêté en 2013 au Ghana, extradé vers la Côte-d’Ivoire et transféré en 2014 à la CPI.

À l’issue du procès en première instance, les deux hommes avaient été libérés sous conditions. Laurent Gbagbo vit depuis lors en Belgique, Blé Goudé aux Pays-Bas. Ce dernier fait, en Côte-d’Ivoire, l’objet d’une condamnation à 20 ans de prison après un jugement in absentia en décembre 2019.

La Côte-d’Ivoire acceptera-t-elle le retour de Laurent Gbagbo dix ans après la fin dramatique de son règne violent ? Ses partisans l’attendent, alors que le pays connaît toujours des relations tendues entre nordistes et sudistes – l’héritage Gbagbo – comme l’ont montré les violences lors des élections (irrégulières, elles aussi) d’octobre 2020, qui firent une centaine de morts.

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