La France et le génocide au Rwanda: un grand pas, mais le chemin n’est pas fini

La France et le génocide au Rwanda:  un grand pas, mais le chemin n’est pas fini

Commentaire par Marie-France Cros. 

Après seize ans de déni de Paris, le président Nicolas Sarkozy avait reconnu, en 2010, “des erreurs” de la France lors du génocide des Tutsis au Rwanda en 1994 (un million de morts, des Tutsis tués pour leur ethnie, des Hutus pour refus de participer aux massacres). La commission Duclert, formée de quinze historiens et chargée par le président Emmanuel Macron d’établir le rôle de la France dans ce crime universel, vient de conclure à des “responsabilités lourdes et accablantes” de la France et en particulier de l’ancien président François Mitterrand. C’est un grand pas.

Ce ne devrait cependant pas être le dernier.

La commission ajoute en effet qu’il n’y a “pas eu de complicité de génocide”. Poussée par la publication de travaux historiques et récits autobiographiques de Français choqués par le rôle que François Mitterrand a fait jouer à leur pays – qu’ils voient comme “la patrie des droits de l’Homme” – la commission Duclert admet que Paris, en 1994, n’a pas donné suite aux tentatives de Washington de lui donner mandat d’arrêter les chefs génocidaires réfugiés dans la « Zone Turquoise », contrôlée par la France au Rwanda ; et quand, depuis celle-ci, on lui demande des ordres pour le faire, Paris préfère exfiltrer les génocidaires vers le Zaïre. Mais, pour la commission Duclert, “il n’y a pas eu complicité de génocide”.

La Commission parlementaire de 1998 a révélé que la France avait donné des armes aux militaires rwandais impliqués dans le génocide – exécuté à la grenade et à la machette – après le début de celui-ci. Mais, pour la commission Duclert, “il n’y a pas eu de complicité de génocide”.

On sait, par les travaux de Jacques Morel et François Graner, que l’Elysée avait été plusieurs fois prévenu des risques de génocide et que le président Mitterrand avait, chaque fois, passé outre. Mais, pour la commission Duclert, “il n’y a pas eu de complicité de génocide”.

François Mitterrand avait fait évacuer en priorité non des Tutsis menacés mais la veuve de son homologue rwandais, Agathe Habyarimana, impliquée dans le génocide. Mais, pour la commission Duclert, “il n’y a pas eu de complicité de génocide ». Vraiment?

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