Disparition de Marie-Soleil Frère, spécialiste belge des médias africains

Disparition de Marie-Soleil Frère, spécialiste belge des médias africains

L’Ambassade de Belgique au Burkina Faso a communiqué le décès, dans la nuit du 18 au 19 mars de Marie-Soleil Frère, professeure à l’ULB, ancienne vice-rectrice aux relations internationales et à la coopération au développement. Elle était l’auteure de plusieurs ouvrages et recherches sur les médias africains et sur leur rôle dans les évolutions politiques en Afrique francophone. « L’illustre disparue fût une grande amie du Burkina Faso » commente l’ambassade. La presse burkinabé et plusieurs médias africains lui ont rendu hommage.

Née à Montréal, Marie Soleil Frère a passé toute son enfance à Bruxelles, en Belgique. Elle avait étudié à l’Université libre de Bruxelles, y menant un parcours brillant. Plusieurs de ses anciens condisciples ont partagé leurs souvenirs sur les réseaux sociaux depuis l’annonce de son décès. Son intérêt pour l’Afrique de l’Ouest s’était développé lors de son mémoire de fin d’études, consacré aux Touaregs et réalisé sur le terrain.

Pour l’avoir côtoyée à l’époque et durant les premières années de sa carrière, nous nous souvenons d’une personne généreuse, qui faisait honneur à son prénom. Son engagement et son volontarisme étaient communicatifs et mobilisateurs. Elle avait abordé le continent africain avec humilité et sans préjugé. Son humour et son bon sens lui avaient permis, dans des lieux où la liberté de la presse ne va pas toujours de soi, d’aborder de front des sujets difficiles ou tabous. Elle a contribué à former ou a formé directement au moins deux générations de journalistes en Afrique francophone.

Marie-Soleil Frère s’était investie depuis un quart de siècle dans la recherche puis l’accompagnement des médias africains, notamment lors des mouvements de démocratisation au début des années 1990. Elle a travaillé pour l’Association pour la Promotion de l’Éducation et de la Formation à l’Étranger (APEFE) au Burkina Faso. Elle avait toujours associé à sa carrière académique l’implication dans des projets d’appui aux médias. Elle a contribué notamment à la mise sur pied d’un Département de Journalisme à l’Université de Ouagadougou et à la création du Centre national de presse Norbert Zongo. Au sein de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), elle a développé des projets d’appui aux médias francophones du Sud.

À l’ULB, outre ses charges d’enseignement, Marie-Soleil Frère a dirigé, de 2009 à 2016, le Centre de recherche en Information et Communication (ReSIC) de l’ULB et a occupé, de 2016 à 2018, les fonctions de vice-rectrice aux relations internationales et à la coopération au développement. Elle a ensuite été chargée de mission pour la coopération au développement, administratrice de l’ONG ULB-Coopération, présidente du Fonds de solidarité pour les chercheuses et chercheurs en danger mais aussi membre fondateur et co-coordinatrice d’Afric@ULB.

Théophile Balima, professeur à l’université Joseph Ki Zerbo de Ouagadougou, a salué sur le site Afrikibaria « une femme engagée qui défendait la liberté de la presse, qui défendait vraiment la démocratie et qui était pour la justice dans nos continents qui se cherchent. Elle s’est toujours rangée du côté des associations, des organisations de la société civile qui militent pour la défense des droits humains et qui défendent vraiment la liberté de la presse et la qualité du journalisme dans la sous-région. »

À sa demande, l’ULB a créé en janvier 2021, Regards sur l’Afrique, un fonds qui a pour objet « d’octroyer des aides financières aux étudiants de master en journalisme de l’ULB qui souhaitent effectuer un séjour en Afrique pour y mettre en œuvre un projet journalistique (presse écrite, radio, télévision, web, photo) ou une recherche, dans le cadre de leur mémoire » – écho des débuts et de la vocation de Marie-Soleil Frère que, jusqu’au bout de sa lutte contre la maladie, elle a voulu transmettre.

Elle était l’épouse du dramaturge burkinabé Étienne Minoungou et la mère de trois enfants.

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