RDC : « Campagne diffamatoire » contre la « Nébuleuse Virunga »

RDC : « Campagne diffamatoire » contre la « Nébuleuse Virunga »

Par François Misser

Après avoir subi les attaques des pétroliers, des groupes armés et des braconniers, la direction du Parc des Virunga fait l’objet d’une virulente campagne pour la discréditer, avec le soutien de politiciens locaux.

Après les menaces des groupes armés, des braconniers, des agriculteurs, des fabricants de « makala » (charbon de bois) et des pétroliers, la direction du Parc national des Virunga, fait face à un nouvel assaut.

Un rapport d’enquête réalisée par une ONG dénommée « Dynamique Impunité Zéro », créée par l’avocat Grâce Tshiunza, circule sur les réseaux sociaux et dans les médias congolais; elle dénonce une prétendue « nébuleuse Virunga ». Celle-ci comprend la Virunga Foundation, gestionnaire pour 25 ans du parc dont la direction est assurée par le Belge Emmanuel de Merode, conformément à un accord conclu en 2015 avec l’Institut Congolais de Conservation de la Nature (ICCN),  ainsi que l’Alliance Virunga, partenariat public-privé entre la société civile, les institutions publiques et le secteur privé, partenariat destiné à libérer le potentiel des ressources naturelles du parc au profit des communautés locales, de la conservation et de la consolidation de la paix. Moyennant diverses activités dans les domaines du tourisme, de l’énergie, de la pêche et de l’agriculture ainsi que de l’accès au crédit.

Ce rapport relaie des accusations formulées depuis longtemps. Mais cette fois, les détracteurs affichent des soutiens politiques. Deux députés nationaux ont participé à l’enquête : l’avocat Mbusa Mbenze Yotama, élu de Butembo, membre de l’Alliance des mouvements Kongo appartenant à la coalition d’opposition Lamuka, de Martin Fayulu, et son collègue Joseph Kisanga.

Les conclusions, lapidaires, traduisent l’existence de graves conflits entre la direction du parc et certains riverains, qui portent notamment sur les limites du parc. Est aussi en cause un prétendu « détournement des deniers publics par les gestionnaires du Parc de Virunga au travers des sociétés satellites ». Le rapport évoque un montant de 43,66 millions d’euros, auquel il faudrait, dit-il, ajouter les fonds octroyés par les fondations Howard Buffett, Leonardo Di Caprio et Schmidt Family ainsi que par d’autres bailleurs, dont la Banque africaine de développement.

Tension autour de la centrale hydroélectrique des Virunga

Les responsables du parc sont de surcroît accusés d’extorsion de biens appartenant aux riverains et d’avoir commandité des meurtres exécutés par les écogardes. Et ce n’est pas tout : les responsables du parc se seraient livrés à des « opérations de blanchiment d’argent et de financement du terrorisme », en fournissant des armes aux groupes armés ougandais et rwandais « pour supprimer les populations civiles » (sic). Objectif allégué : semer la terreur pour étendre les limites du parc afin d’exploiter les ressources naturelles…

L’alliance Virunga se voit reprocher d’avoir créé une concurrence déloyale. La société Virunga Sarl d’Emmanuel de Merode fournirait de l’énergie gratuite à ses propres sociétés, leur conférant un avantage concurrentiel au détriment de petites entités locales, pour « maîtriser l’économie du Nord Kivu » et en faire des « oligarques ». Les auteurs du rapport sont particulièrement opposés au système de pêcherie dans le Lac Édouard, préconisé par la Fondation, qui s’arrogerait un « monopole d’exploitation »…

Sans modération, le rapport pourfend « les blancs (Belges) malhonnêtes, voleurs et, criminels sans état d’âme déguisés en bienfaiteurs qui utilisent les singes du parc pour saupoudrer (sic) les yeux des bailleurs des Fonds ».

Parmi les griefs énoncés, figure le conflit entre Virunga Sarl et deux concurrentes dans le secteur électrique : la Société de techniques spéciales (STS) du Belge Filip Vanhoutte et la Société congolaise de distribution d’eau et d’électricité (Socodee), apparemment plus sympathiques aux yeux des rapporteurs. La Socodee avait été en litige avec Virunga Sarl au sujet du marché de la distribution d’électricité à Goma.

Selon les auteurs du rapport qui réclament un audit des comptes de l’Alliance Virunga, la patience des riverains du parc serait à bout. Ils menaceraient de l’envahir. À Kanyabayonga, « la population » menacerait de descendre dans la rue. Et à Muramba, « village rasé par les écogardes avec plusieurs morts », l’étape de négociation serait déjà dépassée. « La population » brûlerait de récupérer les terres de ses ancêtres.

Pour l’ancien ministre belge Françoix-Xavier de Donnéa, président du Fonds Virunga Belgique, « les accusations reprises dans ce rapport – tellement outrancières qu’elles le décrédibilisent – circulent depuis des mois, voire des années. Elles sont propagées par des gens dont l’action de l’ICCN et de la Fondation Virunga dans le parc entravent l’exploitation illégale de ses ressources. Les accusations en question sont avancées sans aucune preuve. Elles sont sans fondement et diffamatoires ».

RDC: Parcs nationaux: la plus grande menace, ce sont les groupes armés

Qui plus est, ajoute M. de Donnéa, « toutes les opérations financières et comptables de la Virunga Foundation et de ses filiales font l’objet d’audits approfondis exigés par les bailleurs et prêteurs de fonds tels que la Commission européenne, USAID, CDC britannique et autres ». « En outre, tous les comptes sont contrôlés annuellement par des réviseurs renommés à Londres, Bruxelles et en RDC », précise l’ancien ministre belge.

Le 28 octobre 2020 la direction du parc avait déjà publié un communiqué récusant les accusations de l’ONG Impunité zéro, reprises dans son dernier rapport. La position de la direction du Parc n’a pas changé depuis, indique à la Libre Afrique.be un porte-parole de la direction du parc. « Les déclarations portées par cette organisation et les études qu’elle prétend avoir menées n’ont jamais été présentées au parc. Les affirmations portées par l’ONG ne sont basées sur aucun fait vérifiable », martèle le communiqué.

Au-delà, « ce manquement flagrant aux règles élémentaires de recherche tend à accréditer une intention délibérée de nuire. Il est en effet permis de penser qu’elles visent à décourager les efforts de développement durable et de restauration de l’autorité de l’Etat portés par le Parc National des Virunga. Il est aussi possible qu’elles cherchent à attiser des conflits sous-jacents auxquels le parc n’est nullement partie« , conclut la direction du parc, qui « condamne fermement cette attitude et se réserve le droit de saisir les instances judiciaires pour qu’une enquête sérieuse soit menée afin de mettre à jour les motivations sous-jacentes à cette compagne de diffamation ».

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