Election au Congo-Brazzaville : à l’ombre du régime, le « Quartier latin » de l’Afrique centrale

Election au Congo-Brazzaville : à l’ombre du régime, le « Quartier latin » de l’Afrique centrale

Une effervescence littéraire ancienne à l’ombre d’un régime qui cumule les décennies: les écrivains originaires du Congo-Brazzaville, reconnus et célébrés dans tout l’espace francophone, figurent parmi les voix les plus critiques du président Denis Sassou Nguesso, 36 ans au pouvoir, et candidat dimanche à un nouveau mandat.

« Dimanche au Congo, ce ne sera pas une élection, mais une mascarade », avance l’un des auteurs les plus connus de ce petit « Quartier latin » de l’Afrique centrale, Emmanuel Dongala.

« Tout le monde connaît déjà le nom du vainqueur : Denis Sassou Nguesso. Je parie qu’il s’attribuera une victoire au premier tour avec un score entre 60 et 70% », affirme à l’AFP l’auteur de « Photo de groupe au bord du fleuve Congo », qui vit aux États-Unis.

Le plus connu des écrivains congolais, Alain Mabanckou, a fait savoir à la veille de ces élections qu’il s’était retiré pour écrire.

En 2016, l’auteur des « Lumières de Pointe-Noire » avait été en pointe pour dénoncer la réélection contestée de Denis Sassou Nguesso et « le long silence » de François Hollande.

« Faut-il rappeler, Monsieur le président, que ces tyrans africains ont le plus souvent survécu grâce à la protection de la France », écrivait l’auteur franco-congolais dans sa lettre ouverte au président français de l’époque.

Mabanckou avait même affirmé qu’il était interdit de séjour dans son pays d’origine. Les autorités avaient démenti.

Dans ce petit pays de cinq millions d’habitants, des écrivains ont été des compagnons de route du régime (officiellement marxiste-léniniste jusqu’en 1991). Henri Lopes a été le Premier ministre dans les années 1970 du président Marien Ngouabi (assassiné en 1977), puis ambassadeur en France.

Écrivain du métissage, M. Lopes n’a jamais pris ses distances avec le régime, contrairement à l’ancienne ministre de la Culture Mambou Aimée Ngali (1997-2002), passée à l’opposition.

« Je n’attends rien des élections du 21 mars », affirme la dramaturge, première bachelière du Congo dans les années 1950, auteure d’une pièce, « L’or des femmes », sur les mariages arrangés dans un Congo traditionnel.

« Je pense qu’il est fatigué, qu’il doit prendre sa retraite », dit la dramaturge de 85 ans interrogée par l’AFP sur le président Sassou Nguesso, 77 ans.

– « Graines de l’épanouissement » –

La politique et la dénonciation des dictatures africaines sont au coeur de l’oeuvre du père des lettres congolaises, Sony Labou Tansi, un auteur culte 25 ans après sa mort avec son roman « La vie et demie » sur la démesure et la cruauté d’un tyran sanguinaire.

Sony Labou Tansi et le poète Tchicaya U Tam’si sont les figures tutélaires de la littérature congolaise, dont les auteurs sont publiés par de grandes maisons d’édition parisiennes (Gallimard, Seuil, Actes Sud).

« Cette effervescence est née à la fin des années 1950 avec ceux qu’on appelait les +évolués+ (ndr : expression en usage dans l’ex-Congo belge pour désigner les Congolais scolarisés pendant la période coloniale). A l’époque, Brazza et Kinshasa ne faisaient qu’un », avance Henri Lopes dans un entretien à Jeune Afrique en septembre.

Ce rayonnement est aussi attribué au fait que le lycée Savorgnan de Brazza était le seul lycée de toute l’Afrique équatoriale française, attirant des intellectuels de tous les pays de la zone.

« Ils ont planté les graines de l’épanouissement littéraire congolais avec la création de la revue +Liaisons+, où se mêlaient littérature, études sociologiques et discussions politiques », poursuit Emmanuel Dongala.

Écrivain français qui a quitté Brazzaville dans l’enfance, Wilfried N’sondé revendique l’histoire ancienne du royaume du Kongo (qui s’étendait de l’Angola au Gabon avant la colonisation) dans son somptueux roman « Un océan, deux mers, trois continents » sur la traite négrière.

Ce royaume s’est illustré par une « culture de l’art et de la sophistication. On a affaire à des peuples qui ont une culture ancienne », souligne-t-il.

Son dernier séjour à Brazzaville remonte au 4 avril 2016 « juste après les élections, il y avait des tirs à l’arme lourde. Je suis resté 24 heures et j’ai été rapatrié ».

« Les intellectuels et les artistes de la diaspora jouent un rôle très important, mais ils ne remplaceront jamais les citoyens qui se battent sur place », conclut Emmanuel Dongala, « le changement viendra de l’intérieur ».

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