Rwanda : Pour la première fois, un parti d’opposition admis à la présidentielle

Rwanda : Pour la première fois, un parti d’opposition admis à la présidentielle

Marie-France Cros, envoyée spéciale à Kigali

« Pour nous, c’est un résultat remarquable, un jour à marquer d’une pierre blanche », a déclaré à La Libre Afrique.be, à Kigali, Franck Habineza, président du Green Party, la seule formation d’opposition autorisée au Rwanda. La Commission électorale indépendante a, en effet, annoncé ce vendredi soir qu’il était confirmé candidat à la présidentielle du 4 août prochain, tout comme le chef de l’Etat sortant, Paul Kagame, et un candidat indépendant, Philippe Mpayimana.

La décision de la Commission électorale est remarquable même si elle laisse la rue indifférente, les Rwandais étant peu nombreux à s’intéresser à la politique et encore moins à croire que Paul Kagame pourrait perdre le scrutin. « Voila 8 ans que nous nous battons pour cela », explique Franck Habineza. « Et c’est la première fois qu’un parti d’opposition a l’autorisation de  présenter un candidat à la présidentielle ».

En 2003, en effet, le candidat du MDR avait été refusé et Faustin Twagiramungu s’était présenté comme indépendant. En 2010, le candidat du Green Party avait été refusé tandis que le premier vice-président du parti était assassiné, et l’opposante Victoire Ingabire (accusée par des experts de l’Onu d’avoir aidé le groupe armé FDLR, issu des génocidaires) avait été emprisonnée.

Un indépendant

Franck Habineza salue aussi la présence dans la course à la présidence de l’indépendant Philippe Mpayimana. Récemment rentré d’exil en France, il n’est pas le candidat indépendant qui suscitait le plus d’attentes.

Ce rôle est plutôt dévolu à Diane Rwigara, 35 ans, la flle du millionaire Assinapol Rwigara, disparu en 2015 dans un accident. La famille considère cependant celui-ci comme un assassinat. Après avoir été l’un des principaux financiers du FPR (au pouvoir), le défunt était en conflit avec le parti lors de son décès, pour des raisons qui ne sont pas connues, conformément à l’habituelle absence de transparence du FPR.

Une jolie jeune femme et des photos

L’attention a été attirée sur cette jolie jeune femme, novice en politique, par la diffusion sur internet de photos d’elle dénudée quelques jours après l’annonce de ses ambitions. Une humiliation que les commentaires de la rue, à Kigali, attribuent à un ex-petit ami.

Quoi qu’il en soit, Mme Rwigara, qui prétendait introduire plus de liberté économique et politique au Rwanda, est écartée de la course à la présidence, de même que Gilbert Mwenedata, qui avait obtenu 0,4% aux législatives de 2013.

Philippe Mpayimana, 46 ans, le troisième candidat accepté par la Commission électorale, est un opposant rentré d’exil en France en février dernier. Il avait quitté le Rwanda en 1994 pour le Congo avec plus d’un million de Hutus qui fuyaient la victoire du FPR (contrôlé par des Tutsis) et la défaite des génocidaires extrémistres hutus. Il est inconnu au Rwanda.

A Kigali, il a suscité une certaine réprobation en circulant à moto (« comme un pauvre ») et en étant pris en photo en train de manger un fruit au marché (au Rwanda, il est malséant de manger dans la rue).

Un fantaisiste

Un dernier pré-candidat indépendant faisait parler de lui, M. Barafinda, mais il n’a même pas été mentionné par la Commissioné électorale en raison du peu de sérieux de ses ambitions. S’il n’a même pas tenté de réunir les 600 signatures, dont 12 au moins dans chaque district du pays, réclamées aux candidats. Il fait en effet rire certains par ses blagues et par son programme, qui prévoit notamment de donner « un homme à toutes les femmes qui n’en ont pas ». Le nombre de veuves est très élevé au Rwanda en raison du génocide.

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