Opinion: quand il s’agit du Rwanda, ne croyez pas tout ce que vous voyez dans les films

Opinion: quand il s’agit du Rwanda, ne croyez pas tout ce que vous voyez dans les films

Par Mathilde Mukantabana, ambassadrice du Rwanda aux États-Unis.

Dans un récent article publié dans le magazine Foreign Policy sur le protagoniste du film hollywoodien “Hôtel Rwanda”, Anjan Sundaram ajoute son nom à la liste des commentateurs qui ont choisi le tribunal de l’opinion publique pour absoudre Paul Rusesabagina, un homme qui fait l’objet de plusieurs chefs d’accusation de terrorisme au Rwanda.

Si le scénario écrit par Keir Pearson et Terry George constitue un drame captivant, il s’écarte considérablement de la réalité et du vécu des survivants du génocide contre les Tutsis qui se sont réfugiés à l’Hôtel des Mille Collines en 1994.

Il n’est pas de mon devoir de plaider dans ces pages ; je laisse cela à la justice indépendante et internationalement reconnue du Rwanda. Mais ce serait une trahison de la vérité que de permettre à des récits dépourvus de tout sens critique et partiaux poussés par plusieurs journalistes – et soutenus par la machine de relations publiques de Rusesabagina – de se répandre. Je voudrais donc attirer l’attention des médias sur un aspect souvent négligé de l’histoire.

Selon de nombreux témoignages de survivants, l’image populaire de Rusesabagina – l’ancien directeur intérimaire de l’Hôtel des Mille Collines, ou « Hôtel Rwanda » – est manifestement fausse. Dans une enquête du Monde, le survivant Cyrille Ntaganira a raconté aux journalistes que lorsque « Rusesabagina est venu nous dire que nous devions payer », il n’a pu rester que lorsqu’un de ses colocataires « a signé une reconnaissance de dette avec lui ». Une autre survivante, Immaculée Mukanyonga, a affirmé que Rusesabagina refusait la nourriture et l’eau à ceux qui ne pouvaient pas payer, obligeant les clients à boire l’eau de la piscine. Dans son livre complet intitulé « Inside the Hotel Rwanda », Edouard Kayihura, un survivant du génocide qui a passé 100 jours comme réfugié à l’Hôtel des Mille Collines et qui a ensuite été le haut fonctionnaire chargé de poursuivre les crimes contre l’humanité au Rwanda, corrobore ces témoignages et ajoute d’autres allégations selon lesquelles les listes des clients de l’hôtel et leurs numéros de chambre avaient été transmises aux stations de radio du Hutu Power par Rusesabagina.

Les témoignages de certains fonctionnaires étrangers en poste au Rwanda en 1994, qui ont passé beaucoup de temps à l’Hôtel des Mille Collines pendant le génocide, concordent avec les allégations ci-dessus. Il s’agit notamment des soldats en charge du maintien la paix des Nations unies, le général Roméo Dallaire et le capitaine Amadou Deme. Tous deux ont exprimé leur dégoût pour le film. Dallaire a déclaré qu’il « ne valait pas la peine d’être regardé » parce que ce sont les troupes de la Mission d’assistance des Nations Unies pour le Rwanda « qui ont séjourné au Rwanda … qui ont sauvé les gens à l’hôtel Mille Collines – et non le directeur de l’hôtel, Paul Rusesabagina ». Pour Deme, la description des événements dans le film est « répugnante par sa fausseté ».

Face à ces faits, les arguments des critiques habituels ne résistent pas à leurs analyse scrupuleuse. L’article n’aborde pas les faits entourant le procès intenté contre Rusesabagina, notamment son admission qu’il a aidé à fonder le Front de Libération Nationale (FLN), que le gouvernement rwandais considère comme un groupe terroriste.

Rusesabagina est accusé d’avoir fondé et soutenu le FLN, qui a ouvertement revendiqué la responsabilité du meurtre d’innocents rwandais. Non seulement Rusesabagina a publiquement admis qu’il a aidé à former le FLN, mais il a également appelé les troupes du FLN à « utiliser tous les moyens possibles … contre l’armée de Kagame ».

Les voix critiques ne voient aucun problème à ce que « des groupes armés cherchant à renverser Kagame » soient « attirés par Rusesabagina comme figure de proue ». Son mépris pour la souffrance des citoyens rwandais lambda, qui ont tragiquement perdu la vie aux mains de groupes terroristes comme le FLN, est contraire à l’éthique et dangereux. Partout dans le monde, ce genre de groupes et leurs dirigeants sont traqués et traduits en justice. Il n’y a aucune raison que le Rwanda fasse exception.

Le gouvernement rwandais accueille les voix extérieures, tout comme nous accueillons les partenariats solides avec d’autres nations basés non pas sur la déférence mais sur la coopération. Dans notre engagement en faveur de l’autonomie nationale, nous acceptons que nous ne sommes pas toujours parfaits. Mais nous demandons que la perception internationale de notre histoire et de notre rétablissement souverain soit fondée sur des faits objectifs et non sur des récits partiaux et sélectifs.

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