Ethiopie: l’Onu pourra accéder au Tigré

Ethiopie: l’Onu pourra accéder au Tigré

Par Marie-France Cros. 

Le directeur du Programme alimentaire mondial (PAM), David Beasley, a annoncé sur Twitter, le week-end dernier, après une visite à Mekelle, capitale de la province éthiopienne du Tigré, que son agence onusienne était parvenue à un accord avec le gouvernement éthiopien d’Abiy Ahmed sur des “mesures concrètes pour étendre l’accès humanitaire à travers le Tigré”.

En outre, “le PAM va augmenter ses opérations”, a indiqué M. Beasley, qui estime à “3 millions de personnes” le nombre de ceux qui ont besoin d’aide dans cette province du nord de l’Éthiopie qui compte 7 millions d’habitants.

Le gouvernement d’Addis Abeba y avait lancé une offensive militaire le 4 novembre dernier, à la suite d’attaques contre des installations de l’armée nationale au Tigré par des partisans du TPLF (Tigray People’s Liberation Front). Fin novembre, le Premier ministre avait annoncé la “victoire” de l’armée nationale mais les dirigeants TPLF de la révolte ont pris le maquis, tandis que l’armée nationale restreignait l’accès à la zone, où des massacres ont été commis par divers camps en présence jusqu’à janvier au moins.

Évictions et centralisme

Pourquoi cette rébellion ? Le TPLF n’accepte pas que nombre de ses membres et partisans aient été écartés des postes de pouvoir qu’ils occupaient grâce à la longue domination (1991-2018) de ce parti sur le pouvoir central.

En 2018, un Premier ministre oromo, Abiy Ahmed, avait été placé au pouvoir dans l’espoir de calmer la révolte – entamée respectivement en 2015 et 2016 – des deux plus importantes ethnies du pays, les Oromos et les Amharas (35 % et 27 % de la population éthiopienne), lassées de la toute-puissance tigréenne (6 % de la population), qui avait été maintenue malgré la mort de Meles Zenawi en 2012. Depuis la première moitié de 2020 au moins, des préparatifs militaires avaient été enregistrés au Tigré.

Tout en desserrant la main-mise tigréenne sur le pouvoir, M. Abiy a aussi pris des dispositions interprétées comme un retour vers le centralisme, au détriment du fédéralisme ethnique mis en place sous la domination TPLF.

Des milices amharas ont joué un rôle important dans la “victoire” d’Addis au Tigré – ainsi que dans les exactions qui y ont été commises. Elles sont nées à la suite de la révolte amhara de 2016 pour réclamer le retour à leur territoire de cinq districts annexés au Tigré par le TPLF et ont participé à l’offensive de novembre dans l’espoir de les reprendre. Le Tigré a rejeté la légitimité d’une commission gouvernementale créée fin 2018 pour résoudre ces questions territoriales.

Déplacés

Alors que les civils se plaignent d’exactions de la part des militaires éthiopiens (pillages, vols de bijoux et téléphones portables, viols), la détresse des déplacés au Tigré est grande. Ainsi à Shire (nord du Tigré), 40 000 personnes (pour une population originale de quelque 50 000 habitants) campent dans des bâtiments scolaires ou en construction, fuyant les milices amharas.

Il s’agit de familles, avec quelque 6 000 enfants de moins de 5 ans, 600 vieillards et 200 handicapés. Selon les informations reçues par le Pr. Jan Nyssen, de l’Université de Gand, ils manquent de nourriture (20 kg de blé par famille pour trois mois, consommé grillé parce que la ville est privée d’électricité et que les moulins ne fonctionnent donc pas), et la quantité d’eau potable est insuffisante. Ils ont trop peu d’installations sanitaires (ce qui répand les maladies diarrhéiques).

MSF-Hollande et la Croix Rouge internationale appuient un hôpital voisin mais “c’est insuffisant”.

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