RDCongo: le déboulonnage continue: Alexis Thambwé évincé

RDCongo: le déboulonnage continue: Alexis Thambwé évincé

Par Marie-France Cros.

Alors que la session extraordinaire du sénat avait été ouverte mardi dernier et refermée le même jour et que la session ordinaire n’ouvre pas avant le 15 mars, 64 sénateurs sur 109 se sont réunis jeudi dans l’enceinte de la chambre haute pour destituer leur président, Alexis Thambwé Mwamba et le remplacer par un « bureau d’âge ».

L’opération d’accaparement des institutions lancée par l’équipe Tshisekedi se poursuit. Après la destitution du bureau de l’Assemblée nationale dirigé par Jeanine Mabunda en décembre, après l' »élection » à la hussarde, ce mercredi, d’un bureau définitif pour lui succéder, c’était jeudi le tour du président du sénat de faire place nette devant l’Union sacrée – en majorité composée de transfuges kabilistes – récemment ralliée au président Félix Tshisekedi. Ce dernier entend prendre le contrôle de la coalition entre kabilistes et tshisekedistes qui avait permis son accession au pouvoir.

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Le jour de la session extraordinaire, le 2 février, une pétition en vue de la déchéance du président du sénat avait été présentée par Valentin Gerengo. Le dépôt d’une motion de censure contre tous les membres du bureau du sénat – sauf Samy Badibanga, premier vice-président et tshisekediste – avait été rejeté, au motif que cela ne figurait pas à l’ordre du jour. Celui-ci ne comportait qu’un seul point: le vote sur la ratification de l’Accord créant la ZECLA (Zone de libre échange continentale africaine). Un court tumulte avait suivi.

Le mercredi 3 février, le secrétaire général du sénat, Gilbert Kikudi, avait convoqué les sénateurs « pour identifier et installer » un « doyen d’âge ». Le même jour, le rapporteur du bureau du sénat, le Pr. Kaumba Lueunda, diffusait un communiqué indiquant que la convocation de Gilbert Kikudi avait été faite « en dehors de son cabinet de travail » et établie « en violation des lois et règlements qui régissent notre institution ». Que ce texte était par conséquent « nul et de nul effet ».

Ce sont les 64 sénateurs qui avaient signé les motions de destitution des membres du bureau du sénat qui ont accouru à l’appel de Gilbert Kikudi, jeudi, et ont désigné un « bureau d’âge » provisoire composé du plus âgé et des deux plus jeunes sénateurs: Léon Mamboleo, Victorine Lwese et Reagan Ilanka Bakonga. Il n’est pas clair si la destitution des membres du bureau présidé par M. Thambwé a été votée préalablement.

« Détournement des deniers publics »

Lundi dernier, le 1er février, M. Thambwé avait été également visé par un « réquisitoire » du procureur général près la Cour de Cassation, Victor Mumba, demandant aux membres du bureau du sénat « d’autoriser l’instruction à charge » de M. Thambwé pour « détournement des deniers publics ». Il lui était reproché d’avoir fait porter à son domicile, le 6 janvier, une somme d’un million de FCongolais, un million de dollars et deux millions d’euros destinés au sénat. M. Thambwé avait, dès le 2 février, produit des justificatifs indiquant qu’il les avait remis dès le 7 janvier au trésorier du sénat et n’avait gardé la somme chez lui le 6 au soir qu’en raison de l’heure tardive à laquelle elle avait été sortie de la Banque commerciale du Congo.

Nouvelle charge le 3 février. Cette fois c’est l’Inspecteur général des Finances, Jules Alingete Key, qui donne « cinq jours » à Thambwé Mwamba pour justifier l’utilisation de 107 milliards de FC (53,5 millions de dollars) « mis à la disposition du sénat » et « qui ne sont pas justifiés pour la période de janvier 2019 à fin 2020 ».

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