Burundi: un « faucon » sans état d’âme à la tête du parti au pouvoir

Burundi: un « faucon » sans état d’âme  à la tête du parti au pouvoir

Révérien Ndikuriyo, ancien président du sénat burundais, a été désigné dimanche secrétaire général du parti au pouvoir depuis 2005, le CNDD-FDD, en remplacement du général Evariste Ndayishimiye, choisi pour succéder en 2020 à Pierre Nkurunziza à la tête de l’Etat. La promotion de Ndikuriyo semble dicté par la rivalité entre le Président de la République et son Premier ministre.

Officiellement, Révérien Ndikuriyo, 50 ans, a été élu dimanche à ce poste par un congrès extraordinaire à huis clos; une video permet de voir que trois ambassadeurs étaient présents, ceux de Chine, de Russie et de Turquie. En réalité, pour les analystes politiques au Burundi, le choix avait été fait en amont par le président de la République et quelques généraux et dignitaires qui tiennent la réalité du pouvoir. Comme c’est devenu l’habitude, ce choix a été légitimé par une « croisade de prière », de jeudi à samedi, destinée à faire croire à la population burundaise que Dieu aide le CNDD-FDD à bien choisir. Les observateurs politiques, plus avisés, ont noté l’absence à la croisade, comme au congrès extraordinaire, du Premier ministre Alain-Guillaume Bunyoni, homme fort du régime et rival du président Ndayishimiye. Cette absence est interprétée comme un désaccord du Premier ministre sur le choix du nouveau patron du CNDD-FDD.

« Pulvériser » les contestataires

Comme ce dernier, Révérien Ndikuriyo fait pourtant partie de l’aile la plus dure du parti au pouvoir, issue des anciens maquisards de la guerre civile (1993-2005; 300.000 morts). En 2015, lorsque l’obstination de feu Pierre Nkurunziza à se présenter à un troisième mandat malgré l’interdiction expresse de l’Accord de paix d’Arusha – qui avait mis fin à la guerre civile – avait plongé le pays dans une grave crise dont il n’est pas encore sorti, Révérien Ndikuriyo était devenu président du sénat. En octobre 2015, dans un discours en kirundi devant des chefs de quartier de Bujumbura, il avait appelé à « pulvériser » les quartiers contestataires de la ville, coupables de protester contre ce troisième mandat. Il avait appelé son auditoire à « travailler » (gukora) – un terme très connoté depuis que les génocidaires rwandais l’ont utilisé comme équivalent de « tuer » – en faisant miroiter la possibilité, pour ceux qui « travailleraient bien », de « décrocher des parcelles » de terrain, sous-entendu: parmi celles des futurs massacrés.

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Surnommé depuis lors « Kora » (Travaillez), Ndikuriyo s’était encore illustré le 11 septembre 2019 lors d’une réunion avec des membres du parti à Marangara (province de Ngozi). Pour les encourager à l’action, il avait révélé avoir lui-même mis à prix pour « 5 millions de FBu » (2700 euros) la tête d’un certain Kaburimbo, directeur d’un centre de santé à Matana, qui « menaçait la sécurité »; et de vanter les mérites de la « compétition ».

Il a aussi déclaré que ceux qui traitent la « Jeunesse » du parti CNDD-FDD, les Imbonerakure, de « milice » (soit l’Onu) ou pensent que dire « Kora » est criminel, « ce sont nos ennemis ». Adepte du discours anti-occidental des dirigeants CNDD-FDD, qui espèrent s’attirer ainsi une réputation de nationalistes africains, il assure n’avoir pas fait la guerre civile pour permettre l’homosexualité au Burundi, celle-ci étant, selon lui – en dépit d’évidences historiques qui infirment cette vision – « importée » en Afrique par les Occidentaux.

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Vers un durcissement?

Cette nomination augure-t-elle d’un durcissement de la politique de Gitega, la nouvelle capitale du pays?

Le CNDD-FDD, pratiquement dépourvu d’intellectuels depuis la purge qu’il a opérée dans ses rangs en 2015, ne décide pas ses choix politiques en fonction d’une stratégie nationale ou d’une idéologie, mais en fonction des intérêts immédiats des puissants de l’heure. On peut ainsi voir dans la nomination de Révérien Ndikuriyo une tentative du président Ndayishimiye de limiter la liberté d’action de son grand rival, son Premier ministre Alain-Guillaume Bunyoni, dont il craint un coup d’Etat. Or, la haine entre ce dernier et Révérien Ndikuriyo est notoire, accrue encore par le fait que Bunyoni a toujours occupé des postes lui permettant un considérable enrichissement, au contraire du nouveau secrétaire général du parti.

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Si d’aucuns espèrent que Ndikuriyo surveillera son comportement dorénavant pour ne pas prendre de front une communauté internationale dont le Burundi a grand besoin – en raison de la crise multiforme dans laquelle il est plongé, aggravée par une pandémie de Covid-19 en expansion depuis la fin 2020 et par des inondations dues à une forte saison des pluies – d’autres redoutent que les miliciens Imbonerakure se sentent pousser des ailes sous son autorité.

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