RDCongo: tensions au Katanga: frottements ethniques et manipulation politique (vidéos)

RDCongo: tensions au Katanga: frottements ethniques et manipulation politique (vidéos)

Par Marie-France Cros. 

L’effervescence monte au Katanga, où les tensions entre Kasaïens et Katangais sont attisées depuis l’arrivée à Lubumbashi de l’ex-président Joseph Kabila, sur la défensive depuis le renversement du bureau de l’Assemblée nationale dirigé par Jeanine Mabunda, le 10 décembre, et la désertion postérieure de nombreux membres de la coalition kabiliste FCC (Front commun pour le Congo) vers l’Union sacrée de Félix Tshisekedi, un Kasaïen.

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Ces désertions mettent en péril la majorité kabiliste au parlement, majorité qui découle de l’accord secret (janvier 2019) de partage du pouvoir entre Kabila et Tshisekedi au détriment des résultats électoraux, jamais publiés dans le détail.

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Après avoir été retenu quelque temps à Kinshasa par les autorités, Joseph Kabila a trouvé refuge à Lubumbashi, principale ville du Katanga, depuis la mi-décembre. On constate, depuis lors, une recrudescence de la tension entre Katangais et Kasaïens sur les réseaux sociaux; celle-ci avait déjà repris depuis plusieurs mois, parallèlement aux tentatives de Félix Tshisekedi pour se libérer de l’emprise de son mentor. Joseph Kabila revendique des origines du Maniema et du Katanga; durant ses 18 années de pouvoir, cependant, il n’a travaillé ni pour l’une ni pour l’autre région, comme le lui a reproché, début 2011, à Kamina, le congrès des Balubakats, ethnie dont était issu son père, Laurent Kabila.

Coup de massue

Depuis le début de la saignée dans les rangs FCC, les kabilistes reprochent aux tshisekedistes des violations – réelles – de la Constitution, sans se souvenir de toutes celles qu’ils ont accumulées. Le dernier coup de massue a été donné par la Cour constitutionnelle – complaisante envers Kabila tant qu’il était au pouvoir – qui a jugé contraire à la Constitution un point que les kabilistes avaient introduit dans le règlement d’ordre intérieur de l’Assemblée nationale il y a deux ans et qui obligeait les députés à se déclarer pour un des « camps » en présence en début de législature et leur interdisait d’en changer. Elle a jugé que les députés kabilistes ont bien le droit de se convertir au tshisekedisme.

C’est sur cet arrière-fond politique et alors que le mécontentement croît depuis des mois au Katanga en raison d’une forte hausse de la criminalité, souvent liée à des militaires et policiers, que des sécessionnistes ont appelé, début janvier, « tous les Katangais » à manifester le vendredi 15 janvier à Kasumbalesa, anniversaire du jour où, en 1963, le Conseil de sécurité de l’Onu avait décidé de mettre fin à la sécession katangaise. La manifestation a réuni peu de monde et est passée quasiment inaperçue; des images sont néanmoins diffusées sur les réseaux sociaux montrant des personnes, présentées comme des manifestants, malmenés par des jeunes gens présentés comme membres de l’UDPS, le parti de Tshisekedi, ou comme Kasaïens.

Vidéo: des bâtiments de Ngoy Mulunda saccagés.

Une lettre encourageante de l’Onu

Les partisans de la sécession diffusent aussi sur les réseaux sociaux une lettre du 10 avril dernier, présentée comme adressée aux Katangais par le secrétaire général de l’Onu, Antonio Guterres (mais qui comporte des fautes faisant planer un doute sur son authenticité),  leur demandant de « déposer un dossier complet et dans (sic) toute légalité pour permettre aux nations unies de trancher ce litige qui date des années 60. Les nations unies vous attendent comme nous l’avons fait avec le Soudan », duquel le Sud-Soudan a été autorisé à faire sécession en 2011.

Le samedi 16 janvier, Daniel Ngoy Mulunda – apparenté à Joseph Kabila, dont il fut le tout dévoué président de la Commission électorale nationale indépendante pour les élections de 2011, jugées non crédibles par le Centre Carter – a, comme pasteur méthodiste, prononcé un « prêche » à l’occasion du 20ème anniversaire de l’assassinat de Laurent Kabila. Dans un mélange de français et d’une langue locale, il a glorifié Dieu de « nous avoir donné » le Katanga, « terre de Kabila », et assuré que si les Congolais ne voulaient pas que le Katanga fasse sécession, il fallait « respecter le Président honoraire », soit Joseph Kabila. Il a estimé qu’il valait mieux quitter un gouvernement où les Katangais ne se retrouvaient pas et a dit la région « oubliée » par Kinshasa. Invitant les Katangais à s’unir, il aurait également tenu des propos menaçant les non Katangais. Son discours est jugé sécessionniste par les personnes  – ni Katangaises, ni Kasaïennes – auxquelles nous l’avons fait entendre.

« Pas de guerre tribale au Katanga »

L’ex-gouverneur sécessionniste Gabriel Kyungu wa Kumwanza, qui avait joué un rôle actif dans les pogroms anti-Kasaïens de 1992-93 mais qui est aujourd’hui rallié à Félix Tshisekedi, a réagi en rappelant à Ngoy Mulunda que, selon la Constitution, le Congolais pouvait s’installer où il voulait dans le pays et lui a reproché de parler au nom des Katangais plutôt qu’au nom de son parti. « Vous voulez monter la population pour rien. Il n’y aura pas de guerre tribale au Katanga, rien du tout », a assuré Kyungu à Radio Okapi.

Dans la nuit de samedi à dimanche, la police de Kasumbalesa a arrêté Isaac Tshiswaka, présumé chef d’un réseau qui extorquait des taxes illégales à la frontière, appelé « Bilanga », un réseau tenu par des Kasaïens, parmi lesquels des membres de l’UDPS. En août dernier, déjà, le démantèlement de ce réseau avait suscité des troubles à Kasumbalesa. Comme on pouvait le craindre, de jeunes Kasaïens ont provoqué des émeutes lundi 18 janvier à Kasumbalesa pour protester contre l’arrestation de Tshiswaka.

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Le même jour, l’Agence nationale de Renseignement arrêtait brutalement le pasteur Daniel Ngoy Mulunda chez lui, à Lubumbashi, pour son « prêche » de samedi dernier et sa maison a été vandalisée. A Kinshasa, des jeunes gens à moto, porteurs de drapeaux de l’UDPS, ont attaqué et pillé une de ses « églises ». Devant le palais de justice de Lubumbashi, quelques dizaines d’hommes ont protesté contre l’arrestation du pasteur aux cris de « le Katanga aux Katangais ». Mardi, le Rassemblement des députés du Grand Katanga a exigé la libération immédiate du pasteur, qui devait être jugé ce mercredi à la prison de la Kasapa.

Vidéo: Protestations à Lubumbashi après l’arrestation de Daniel Ngoy Mulunda.

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