Angola : Le président Dos Santos de retour à Barcelone pour des soins ?

Angola : Le président Dos Santos de retour à Barcelone pour des soins ?

Le président angolais, José Eduardo dos Santos, est retourné lundi à Barcelone, dans le cadre d’une « visite à caractère privé », a indiqué le gouvernement de Luanda, un mois après son retour de la capitale catalane; il y avait alors passé plusieurs semaines pour des soins médicaux.

Lors de son premier séjour, certains médias avaient rapporté que le chef de l’Etat angolais, au pouvoir depuis 38 ans et âgé de 74 ans, avait souffert d’une attaque et était gravement malade mais les autorités de Luanda n’avaient pas donné de détails sur son état de santé, rappelle Reuters.

Le gouvernement angolais ne précise pas combien de temps le président compte passer à Barcelone.

Pas de surprise institutionnelle

Si la nouvelle ravive les supputations au sujet de l’état de santé du chef d’Etat dans les médias internationaux, La Libre Afrique.be a interrogé un bon connaisseur du pays, qui calme le jeu. « Tout le monde sait qu’il est malade depuis longtemps. Il fait de fréquents séjours à Barcelone pour un cancer de la prostate. Cela va s’il n’y a pas de complications ».

Y a-t-il des complications? Aucune information n’a encore filtré sur ce point mais notre interlocuteur souligne qu’institutionnellement, une aggravation de l’état de santé du septuagénaire ne peut susciter l’inquiétude « parce qu’il a déjà passé la main ». Le 23 août doivent en effet avoir lieu des élections générales et tout le monde s’attend à voir le MPLA, au pouvoir depuis l’indépendance, en 1975, remporter les législatives et son candidat gagner la présidentielle. Mais ce candidat, c’est Joao Lourenço, l’actuel ministre de la Défense. « La santé de Dos Santos n’a plus d’influence sur le processus », insiste notre interlocuteur.

« A Luanda », ajoute-t-il, « toutes les photos de Dos Santos ont déjà disparu des rues. Elles sont remplacées par des portraits de Joao Lourenço, parfois avec Dos Santos en arrière plan. C’est un vrai changement ».

La confiance de l’armée

Constitutionnellement, si M. Dos Santos devait disparaître avant les élections, c’est le vice-Président Manuel Vicente, 67 ans, qui le remplacerait temporairement. Durant cet intervalle, il pourrait éventuellement y avoir des tensions si M. Vicente, qui devrait être écarté du pouvoir après les élections d’août, ne s’entendait pas avec Joao Lourenço. Mais ce dernier a la confiance de l’armée, clé de voûte du pouvoir en Angola.

Si la santé de José Eduardo Dos Santos se maintient, après les élections, il sera président d’honneur du parti MPLA.

Plusieurs inconnues

Mais si la structure institutionnelle est ferme, plusieurs inconnues politiques existent, alors que s’ouvre une nouvelle époque. Ainsi, quelle liberté le parti laissera-t-il au futur président Joao Lourenço? On sait que celui-ci a le soutien d’une base importante du MPLA. Mais certaines sources craignent qu’il soit le prisonnier du parti.

Lourenço amènera-t-il des changements importants? « On se pose beaucoup de questions », dit notre connaisseur. « On parle de remplacements de personnes mais on ne parle pas d’un changement de ligne dans la politique étrangère de l’Angola, par exemple. Joao Lourenço se présente comme un champion de la bonne gouvernance et annonce la transparence pour mettre fin au système de corruption – mais le président Dos Santos a déjà fait des déclarations similaires… Cela dit, Lourenço ne traîne pas de « casseroles » derrière lui; sans être le chevalier blanc, il a un parcours tout-à-fait correct », contrairement à d’autres personnalités du régime.

Que fera la famille Dos Santos?

Que fera la famille Dos Santos? Sa fille Isabel – la femme la plus riche d’Afrique – est responsable de la compagnie pétrolière nationale, Sonangol, et actionnaire de nombreuses sociétés angolaises. Son fils Jose Filomeno dirige, depuis 2013, un fonds public d’investissement de 5 milliard de dollars.

Comment vont-ils peser, à l’avenir? « Personne ne le sait », répond notre interlocuteur. « Tant qu’il est là, José Eduardo Dos Santos peut intervenir. Mais c’est le parti qui lui a fait comprendre qu’il valait mieux qu’il fasse un pas de côté. On disait, alors, à Luanda, qu’il avait négocié et obtenu son impunité, mais pas pour ses enfants; qu’en est-il réellement? Il sera par exemple difficile d’annoncer plus de transparence dans le système bancaire si Isabel reste actionnaire de nombreuses banques… On devrait voir assez rapidement quels rapports de force vont s’établir ».

Crise économique

Les changements qui s’annoncent surviennent alors que l’Angola doit faire face à une importante crise économique en raison de la baisse des prix pétroliers. Le pays ne peut plus assurer son train de vie et ses importations et doit développer son agriculture et son industrie. Il y a un an, le président Dos Santos avait décliné une offre de prêt du FMI de 4 milliards de dollars, assurant que l’Angola n’avait « pas besoin du FMI »; d’aucuns accusent cependant cette décision d’être motivée par le refus de la nomenklatura angolaise de voir l’institution internationale mettre son nez dans les secrets de Luanda.

Dans les milieux d’affaires, on espère que Joao Lourenço reprendra langue avec le FMI, dont les exigences, lorsqu’il prête de l’argent, améliorent la gouvernance. Et on souligne avec espoir que Mme Lourenço – une ex-militante qui a rencontré son mari en prison et une ancienne ministre du Plan – a travaillé plusieurs années à la Banque mondiale aux Etats-Unis.

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