Elections en Ouganda: un duel inégal

Elections en Ouganda: un duel inégal

Par Marie-France Cros. 

Quelque 80 % des Ougandais n’ont jamais connu d’autre Président que Yoweri Museveni, qui se présente pour la sixième fois, jeudi, aux suffrages de 18 millions d’électeurs. L’Ouganda a, en effet, une population parmi les trois plus jeunes du monde : son âge médian est de 15,9 ans, contre 41 ans en Belgique, 20,3 ans au Rwanda ou 18,8 ans au Congo. Chaque année, 700 000 jeunes Ougandais arrivent sur le marché de l’emploi ; très peu trouvent leur place. C’est pour ces laissés pour compte que chante Bobi Wine, 38 ans, étoile de l’afrobeat aux préoccupations sociales affirmées, élu député en 2017 et principal rival, jeudi, de Museveni, 76 ans, dont 34 au pouvoir.

Une campagne marquée par la violence d’État

Comme ce fut le cas lors des quatre dernières présidentielles, le septuagénaire utilise les forces de l’État pour entraver la campagne de ses principaux rivaux, intimider leurs partisans, harceler les candidats à la présidentielle et aux législatives qui se présentent sous d’autres couleurs que le jaune du Président sortant ; attaquer les journalistes qui les suivent.

Bobi Wine a dû changer d’équipe de campagne début janvier, la première ayant été mise hors de combat par les attaques et les arrestations. Il vient d’envoyer ses enfants aux États-Unis après avoir échappé à une balle tirée contre sa voiture. Il a été plusieurs fois arrêté sous divers prétextes, ce qui a provoqué des manifestations. Pour réprimer l’une d’elles, en novembre dernier, la police a tué 54 personnes ; le candidat vient de déposer une plainte devant la Cour pénale internationale contre ce massacre.

Idole des jeunes pour ses chansons – toujours non violentes – contre le chômage ou la corruption, Bobi Wine peut-il vaincre celui qui se présente toujours comme un “combattant de la liberté”, ce qu’il fut il y a 34 ans ?

Le chanteur plaide pour la libération des prisonniers politiques, pour un retour à la limitation du nombre de mandats présidentiels, pour plus d’inclusion (ethnique ou liée à l’âge) dans la société et pour des investissements dans les services publics.

Surnommé “le Président du ghetto”, il est adulé de la jeunesse urbaine ; mais les citadins, en Ouganda, ne représentent qu’un quart de la population et les jeunes ne votent qu’à partir de 18 ans. Il est plus difficile d’évaluer son impact sur les jeunes paysans.

“Personne n’a de meilleures armes”

L’équipe de campagne de Yoweri Museveni assure que Bobi Wine n’est guère connu dans les campagnes où l’éternel Président recueille ses voix. Que le remplacement de “M7” (M seven) n’est pas encore prêt.

Pour être sûr que ce message est bien compris, le chef de l’État – qui vante son “expérience” et invite son challenger à “retourner chanter dans des clubs” – n’hésite pas à dire que “personne n’est meilleur que nous pour se battre”, “personne n’a de meilleures armes que nous”. Et puisque la manière Trump a réussi aux États-Unis, il accuse ses opposants d’être contre “les progrès de l’Ouganda” et de croire “qu’ils peuvent se servir de cette élection pour nous renvoyer au passé”. Une allusion aux guerres civiles que beaucoup d’Ougandais de plus de 40 ans redoutent de voir resurgir si le Président devait être poussé dans ses derniers retranchements…

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