RDC : Bahati informateur sous l’ombre de Kabund

RDC : Bahati informateur sous l’ombre de Kabund

Par Hubert Leclercq

Modeste Bahati, un des premiers alliés de Kabila à avoir fait défection, décroche le rôle d’informateur

Le 6 décembre dernier, après plusieurs semaines de consultations politiques tous azimuts, le président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, annonçait le divorce entre sa plateforme politique Cap pour le changement (Cach) et celle de son prédécesseur Joseph Kabila, le Front commun pour le Congo (FCC).
Le président congolais profitait de cette sortie pour justifier la paralysie des deux premières années de son quinquennat par l’inertie voulue par ses futurs ex-associés. Dans une longue tirade, il synthétisait ses entretiens avec le personnel politique et les représentants de la société civile, énumérant les innombrables situations de crise qui émaillent le quotidien des Congolais, et soulignait la responsabilité systématique, selon lui, des membres du FCC dans cette situation chaotique.

Dans la foulée, alors que le gouvernement du Premier ministre Sylvestre Ilunkamba (FCC) est toujours en place, il annonçait la prochaine nomination d’un informateur chargé de dégager les pistes pour l’élaboration d’une nouvelle majorité qui permettrait la mise sur pied d’un nouveau gouvernement qui entérinerait le divorce avec le FCC et symboliserait l’émergence de “l’Union sacrée pour le Congo” qu’il réclame à cor et à cri.
Ce 31 décembre, le président de la République, après avoir consulté une dernière fois certains membres de l’opposition, annonçait la nomination en tant qu’informateur de Modeste Bahati, le patron de l’AFDC, ancien membre du FCC, ex-ministre sous l’ère Kabila, ex-candidat autodéclaré à la présidence de la République pour le FCC (rôle attribué à Emmanuel Shadary), ex-candidat à la présidence du Sénat contre la volonté de Kabila. Cette dernière crise avait poussé l’homme du Kivu à claquer la porte de la plateforme kabiliste pour se rapprocher de Tshisekedi.
La nomination d’un informateur alors qu’un gouvernement est en place peut surprendre. Une fois de plus, le pouvoir congolais tord la Constitution pour arriver à ses fins. Dans le communiqué annonçant la nomination de Bahati, il est fait référence à l’article 78 de la Constitution. S’il est vrai que cet article aborde la désignation de l’informateur par le Président, il le fait dans le cas précis où il serait impossible de dégager une majorité parlementaire pour désigner le Premier ministre. Or, aujourd’hui, un Premier ministre est en place. Surréaliste. Et nombre de constitutionnalistes soulignent ce point à satiété depuis le 6 décembre. Mais le pouvoir congolais s’en moque, soutenu par les États-Unis et l’Union européenne (Belgique en tête), qui ne cessent de vanter les mérites des réformes (!) de Tshisekedi au nom d’un “Tout sauf Kabila”. Un aveuglement qui a déjà permis au pouvoir certaines “entorses” légales aussi dangereuses que destructrices pour la démocratie, comme, notamment, la nomination de trois nouveaux juges de la Cour constitutionnelle.

RDC : Tshisekedi annonce la nomination d’un informateur… mais garde son Premier ministre !

Face à cette situation, Tshisekedi et son entourage ont adopté un modus operandi qui consiste à noyer ces interprétations très libres des textes de loi par des décisions qui satisfont la communauté internationale. Cette fois, concomitamment à l’annonce de la désignation d’un informateur, la présidence congolaise a annoncé la « grâce » de l’ex-aide de camp du président congolais Laurent-Désiré Kabila, assassiné en janvier 2001, Eddy Kapend Irung, et certains de ses coaccusés condamnés à mort pour cet assassinat. Trente personnes ont bénéficié d’une grâce présidentielle et devraient être libérées tout prochainement. Une décision qui rencontre une demande répétée depuis des années par les ONG de défense de droit de l’homme. Eddy Kapend avait été condamné à mort en janvier 2003, tout comme 29 autres prévenus pour « attentat, tentative de coup d’État, complot, association de malfaiteurs, disparition d’armes de guerre, abandon de poste, trahison ».

Trente jours

Modeste Bahati, lui, n’en a cure. Armé de son mandat présidentiel, il entend mener sa mission à bien. Sa première tâche : rassembler sa propre formation. Son AFDC a été scindé lors de son départ de la famille kabiliste. Il tente aujourd’hui de recoller les morceaux pour récupérer son poids de 41 élus sur une Assemblée nationale de 500 membres. “Tâche compliquée, explique un membre du FCC qui a abandonné il y a peu Kabila. Il y a eu des mots très durs qui ont été échangés entre les anciens membres de ce parti et les cicatrices sont encore vives.”
Son autre mission, celle de dégarer une nouvelle majorité, aurait été largement prémâchée par le secrétaire général adjoint de l’UDPS, Jean-Marc Kabund, qui, selon diverses sources, a déjà rencontré les futurs transfuges du FCC. Le bras droit de Tshisekedi aime revendiquer au moins 150 nouvelles recrues pour l’“Union sacrée”. Associer ces transfuges à la quarantaine d’élus de la plateforme Cach et au groupe d’Ensemble de Moïse Katumbi et ses alliés du MLC de Jean-Pierre Bemba peut donner une nouvelle majorité.
Resterait alors à se partager les strapontins. “Bahati est gourmand mais il ne pèse pas lourd et, comme sa mission a déjà été largement menée, il n’aura guère de mérite à trouver une nouvelle majorité. Tshisekedi pourrait être tenté de chercher un autre formateur”, explique-t-on à Kinshasa où l’on mettait en évidence la réunion qui se tenait ce dimanche à la Cité de l’Union africaine entre Tshisekedi et 307 ou 309, selon les sources, députés nationaux.

Des chiffres dementis en soirée par des membres du FCC qui expliquaient que nombre des participants à cette reunion étaient des membres de l’UDPS invités pour gonfler les rangs de l’assistance.

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“Avec son poids réel à l’Assemblée nationale, Cach ne devrait pas lorgner vers la primature mais il faut se méfier de la boulimie de l’UDPS qui sera tenté de sous-estimer le rôle de ses futurs associés pour s’arroger les meilleures places”, poursuit-on.
“Aller chercher un Premier ministre chez les transfuges de Kabila ? Ce serait vécu comme on prend les mêmes et on recommence”, explique une autre source. Reste l’option de l’opposition. Katumbi et Bemba ont répondu présent deux fois à l’invitation de Tshisekedi, ils pèsent une centaine d’élus et leur rôle a été déterminant dans la chute de la maison FCC. Les paris sont ouverts.

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