Opinion: Felix Tshisekedi: la bataille pour l’âme d’une nation

Opinion: Felix Tshisekedi: la bataille pour l’âme d’une nation

Par Wabenda Tshilenga, doctorant à l’université de Huddersfield (Grande-Bretagne).

Le 14 décembre 2020, le président de la République démocratique du Congo, Felix Antoine Tshisekedi, a adressé à la nation son deuxième discours sur l’état de la nation depuis son élection. Toutefois, depuis le 23 octobre c’était sa troisième adresse à la nation. Le premier des trois discours a eu lieu quelques jours après le boycott de la cérémonie d’installation des juges de la cour constitutionnelle par les membres du gouvernement national, dont le Premier ministre, et par les présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat.

Comme chef d’orchestre dans son dernier discours, le chef d’Etat a donné le tempo. Par conséquent, avec un certain nombre de victoires tactiques, Felix Tshisekedi a défié tous ces pessimistes qui le considéraient un politicien faible vivant dans l’ombre d’un père célèbre. Ainsi que tous ces autres qui l’ont traité de marionnette, c’est-à-dire un instrument contrôlé et manipulé par l’ancien président Kabila et son entourage.

Lorsqu’il avait prêté son serment présidentiel en janvier 2019, le début de son mandat était peu favorable. Tshisekedi s’est lancé dans son discours d’investiture puis s’est brièvement évanoui – le résultat d’une chaleur intense et d’un gilet pare-balles lourd qu’il n’avait pas l’habitude de porter. Pour les critiques, l’épisode embarrassant était approprié. C’était la preuve de sa faiblesse, la confirmation qu’il n’était pas préparé ni capable de diriger un pays comme la République démocratique du Congo. Par conséquent, à leur avis, Kabila resterait au pouvoir en arrière-plan.

Victoires

Aujourd’hui, Felix Tshisekedi, 57 ans, a effacé une grande partie de ce récit, impressionnant beaucoup de ses critiques, avec une stratégie à long terme qui en a surpris beaucoup et qui a finalement marqué sa présidence. Il était conscient que pour se libérer du contrôle de l’emprise de Kabila, il devait utiliser le temps et le silence à son avantage. Dans le calme, il a révoqué deux chefs de la sécurité nommés par Kabila, le chef du renseignement Kalev Mutond, et l’inspecteur général des forces armées, John Numbi, puis a nommé trois nouveaux juges à la plus haute cour de la RDC.

Personne dans leur rêve le plus fou n’aurait pensé que Félix Tshisekedi prendrait le contrôle de l’orchestre et commencerait à dicter les actions du gouvernement. Les observateurs disent que ces gains reflètent que Tshisekedi a les qualités d’une personne calme, de la courtoisie et la capacité à créer des relations.  Cependant, ces qualités ont été interprétées à tort comme une faiblesse. Le 6 décembre 2020, le président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi, a prononcé probablement l’un des discours les plus attendus et les plus courageux de son mandat à ce jour.

Il a exposé certains des principaux griefs soulevés lors de ses consultations avec les acteurs politiques et sociaux. Il a expliqué l’impasse politique actuelle et présenté des options pour éliminer les obstacles qui l’ont empêché de réaliser son programme pour le pays. Il a ainsi annoncé une double approche stratégique, l’une est la nomination de « l’informateur », afin de former un nouveau gouvernement et la seconde était la possibilité de dissoudre l’Assemblée nationale. L’acte stratégique a été conçu pour faire d’une pierre deux coups, il a déchiré efficacement l’accord qui a créé la coalition avec Kabila en vertu de laquelle il partage le gouvernement avec les partisans de l’ex-président, qui contrôlaient la majorité au Parlement. Tshisekedi a déclaré qu’il chercherait à créer une autre majorité au sein de l’Assemblée nationale – ou dissoudrait celle-ci. C’était un coup de maître d’un directeur musical qui a compris et savait quand lancer le crescendo. Le timing de ses actions était parfait. La question reste de savoir s’il a saisi le temps ou est-ce lui qui l’a planifié de cette manière (chronos ou Kairos).

Certaines

Tshisekedi a gagné, il a le contrôle du levier du pouvoir. Kabila est en retrait, bien que beaucoup pensent qu’il conserve une influence substantielle grâce à ses alliés au parlement et à ses nominations dans l’armée. Tshisekedi a précisé que leur loyauté devra aller au nouveau ‘shérif de la ville’ ou bien ils devront en accepter les conséquences, qui seront simplement le remplacement.

Les partisans de Kabila au sein du Front commun pour le Congo (FCC) l’ont exhorté à intervenir, mais, selon les termes d’un membre de la société civile, « Joseph Kabila n’est pas suicidaire ». Kabila est conscient que l’heure est à présent à la paix. Kabila savait bien que le peuple congolais n’aurait pas accepté un troisième mandat, nous n’accepterons plus jamais aucune forme de dictature.

L’ancien président a fait une rare apparition publique vendredi dans le centre minier de Kolwezi – mais il a refusé de parler publiquement, comme il l’a fait depuis son départ du pouvoir.

Sur le plan diplomatique, l’effort de réforme de Tshisekedi est fortement soutenu par les principaux acteurs occidentaux de la RDC – l’ancienne puissance coloniale, la Belgique, ainsi que la France et les États-Unis. Mais ils ont également mis en garde contre le potentiel de violence dans le pays. Ce dernier fut le champ de bataille de deux guerres régionales dans les années 1990, dont l’héritage sanglant se répercute aujourd’hui dans les provinces de l’Est de la république. Tshisekedi est bien conscient des défis et les affronte de front. Comme un directeur musical, il sait qu’il doit réunir tous les éléments nécessaires pour une équipe gagnante, et il le fait. Tshisekedi sait que cela se fera uniquement sur la base de valeurs partagées. Tshisekedi promeut un système politique basé sur des valeurs.

 » Malheureusement … malgré tous mes efforts, les sacrifices que j’ai consentis et les humiliations que j’ai tolérées, cela n’a pas été suffisant pour que cette coalition fonctionne correctement », a déclaré le président.

Il a la volonté de changer la situation du pays. Il a démontré à tous qu’il est une personnalité politique digne. Il a su défaire tous ses adversaires politiques en admettant que cela avait un coût. Un prix qu’il a payé pour sa nation, sa patrie, son peuple. Le pays a besoin d’une nouvelle direction, d’une nouvelle voie et d’un souffle nouveau.

Le Président Félix Tshisekedi a déclaré lundi 14 décembre 2020, qu’il croyait avoir le soutien multipartite nécessaire pour faire avancer ses plans pour un nouveau gouvernement. Les législateurs ont voté jeudi pour évincer la présidente de l’Assemblée, une fidèle de Kabila, signalant un réalignement potentiel du soutien qui pourrait permettre à Tshisekedi de nommer un cabinet digne de confiance.

Dans un discours sur l’état de la nation, Tshisekedi s’est dit convaincu que la plupart des législateurs soutenaient ses plans, faisant référence à «une forte convergence entre la grande majorité des partis consultés et moi-même».

La lutte pour le pouvoir qui a suivi les élections de 2018 a rendu difficile pour Tshisekedi de poursuivre le programme qui comprend la lutte contre la violence armée dans l’est riche en minéraux, la réforme du système judiciaire et l’obtention d’un soutien financier du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. Le retour du Congo dans le concert des nations a été annoncé, pour permettre au Congo de revenir et devenir l’un des principales nations d’Afrique et du monde.

La richesse du Congo appartient à tout son peuple. En tant que parti social-démocrate, l’UDPS est consciente de sa responsabilité comme le leader de la société. Tshisekedi, qui est un produit de cette organisation fière et glorieuse, sait que le travail de construction de la nation devrait commencer. C’est pourquoi le mot-d’ordre « Kisalu me banda, mudimu wa bangi, kazi itawaza, musala ebandji » (« que le travail commence» dans les quatre langues officielles – kikongo, tshiluba, swahili et lingala) est au cœur de la nouvelle direction. Cette bataille que Felix Tshisekedi mène, est de reconquérir l’âme de la nation. Seuls les Congolais comprennent ce que cela signifie.

Tout chef d’orchestre sait que pour une musique harmonieuse, toutes les partitions musicales doivent être jouées pour ne former qu’une seule mélodie.

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