Ethiopie: retour progressif de l’électricité et des télécoms au Tigré « traumatisé »

Ethiopie: retour progressif de l’électricité et des télécoms au Tigré « traumatisé »

La fourniture d’électricité et les réseaux de télécommunications sont en train d’être progressivement rétablis dans la région du Tigré, quasiment coupée du monde depuis le début du conflit armé le 4 novembre et « traumatisée » selon ses habitants.

Le cabinet du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a accusé lundi les forces des dirigeants dissidents du Tigré d’être à l’origine des « lourds dégâts subis » par les réseaux électriques et de télécoms qui ont privé cette région du Nord de l’Ethiopie de courant et de communications depuis le 4 novembre.

Abiy a lancé ce jour-là une opération militaire contre le Front de libération du Peuple du Tigré (TPLF), à la tête de la région après avoir longtemps détenu le pouvoir réel en Ethiopieet qui défiait le gouvernement fédéral depuis plusieurs mois.

Depuis la fin proclamée des combats le 28 novembre avec la prise de Mekele par l’armée fédérale, la région était restée privée d’approvisionnement, de télécommunications et d’énergie et la situation militaire et humanitaire y est largement inconnue.

Sous pression internationale pour permettre un accès humanitaire, M. Abiy, Prix Nobel de la Paix en 2019 pour ses efforts de paix avec l’Erythrée voisine, a effectué dimanche son premier déplacement au Tigré depuis le début du conflit en se rendant à Mekele.

Son cabinet a annoncé lundi que la téléphonie vocale mobile et l’électricité avaient été rétablies à Mekele et dans plusieurs autres villes de la région.

Les monopoles éthiopiens de distribution d’électricité et de télécommunications, Ethiopian Electric Power et Ethio Telecom, « continuent les travaux de réparations » ailleurs dans la région, ajoute-t-il.

A Mekele, « l’électricité est revenue dimanche, tandis que les réseaux de télécoms fonctionnent par intermittence depuis dimanche », confirme à l’AFP une commerçante de la capitale régionale ayant requis l’anonymat.

Mais « les banques sont toujours fermées et il y a peu, voire aucune activité commerciale », ajoute-t-elle.

« Les magasins ne sont pas ouverts, les supermarchés ne sont pas ouverts. Les gens transportent des denrées à dos d’ânes ou par d’autres moyens », mais vu que « l’ordre public s’est effondré, il est dangereux de se déplacer avec de l’argent », explique de son côté Mulubirhan Hailemariam, un cycliste professionnel joint à Mekele.

Selon Girmay, autre habitant de Mekele contacté par l’AFP et qui n’a souhaité donner que son prénom, « les gens attendent avec impatience la réouverture des banques et le retour de l’internet ». Jusqu’ici, les « gens s’entraident. J’ai survécu notamment en empruntant du liquide à mon père », explique-t-il.

– Soldats érythréens –

Selon les médias d’Etat éthiopiens, la nouvelle administration provisoire du Tigré, mise en place par le gouvernement fédéral, a appelé les fonctionnaires à retourner au travail à partir de lundi.

Samedi, un premier convoi d’aide internationale, comprenant des médicaments et du matériel médical est arrivé à Mekele.

Mais le retour à la normale est encore loin et les habitants de la ville interrogés par l’AFP semblent pessimistes.

Le rétablissement du réseau mobile à Mekele a permis de rassurer certains proches, sans nouvelles depuis début novembre, mais les télécommunications restent coupées dans de nombreuses localités du Tigré.

« Ma famille et mes amis à l’étranger ou ici n’étaient pas sûrs si j’étais vivant ou mort », dit M. Mulubirhan, « mais je suis très inquiet pour ma famille à Adigrat », localité du Tigré où le réseau n’est pas rétabli.

Si sa « famille proche est saine et sauve », la commerçante de Mekele est elle sans nouvelles d’autres parents au Tigré.

Au Tigré, « la société est traumatisée », estime par ailleurs M. Mulubirhan qui accuse des soldats éthiopiens d’avoir exécuté sommairement à Mekele plusieurs personnes surprises dehors après le couvre-feu.

Interrogé par l’AFP, le ministre éthiopien de la Démocratisation, Zadig Abraha, a qualifié de « fausse » toute information sur des exécutions extrajudiciaires.

Mulubirhan assure aussi avoir vu des soldats érythréens à Mekele et des gens ayant fui d’autres villes, notamment Axum, Shire ou Adigrat, ont fait état de pillages commis par des soldats érythréens.

Addis Abeba nie toute implication, au côté de l’armée fédérale éthiopienne au Tigré, de l’Erythrée – qui borde toute la frontière Nord de la région.

Mais vendredi, Washington a jugé « crédibles » et « graves » les informations sur la présence de troupes érythréennes au Tigré. Le régime d’Asmara est l’ennemi juré du TPLF depuis une guerre meurtrière ayant opposé l’Erythrée et l’Ethiopie entre 1998 et 2000, au temps de la toute-puissance du parti tigréen à Addis Abeba.

« L’opinion à Mekele est que la guerre ne fait que commencer et que les choses ne vont aller qu’en empirant », explique Girmay, « d’après ce que j’entends, les combattants du TPLF sont lancés dans une campagne d’usure, de type guérilla ».

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