Opinion: RDC: vers une autre majorité pléthorique ?

Opinion: RDC: vers une autre majorité pléthorique ?

Par Dominique KABONGO, politologue, université de York.

Le résultat du vote des députés, le 10 décembre 2020, sur la pétition de motion de déchéance de Jeanine Mabunda, est perçue comme un cataclysme politique. En effet ce signal indique une reconfiguration en termes de majorité parlementaire et donc une bonne nouvelle pour le Président de la République, Felix Tshisekedi Tshilombo, en quête de moyens pour faire sa politique gouvernementale.

Après l’euphorie de cette victoire politique, il y a lieu de s’interroger sur les véritables raisons de ce revirement à l’Assemblée nationale: sont-elles véritablement politiques ou purement circonstancielles? Seul le temps nous le dira. Néanmoins, ne dit-on pas que les prémisses étant fausses, la suite sera désastreuse?

Le cas Mabunda. Juriste de formation et politiquement vertébrée, Jeanine Mabunda n’a pas pu consolider sa position de président de l’Assemblée nationale et la grogne contre sa personne et sa gestion, même au sein de son propre camp, remonte à longtemps. En cause: de nombreuses accusations d’abus de pouvoir, une gestion opaque et, surtout, le péché cardinal: la revue à la baisse des salaires parlementaires de 11.000 à 4.000 dollars et – cerise sur le gâteau – les arriérés de salaire encore dus.

La RDC reste un pays complètement miné par la corruption. Tout le monde vient en politique pour atteindre le statut de millionnaires. Partant de là, pouvons-nous sincèrement parler d’une prise de conscience des députés ou simplement d’un vote sanction contre Mme Mabunda pour des raisons bien précises? Après sa chute, les langues se délient. Certains députés reconnaissent avoir perçu en moyenne 7.000 dollars pour leur vote (deux fois leur salaire mensuel), 15.000 dollars pour les plus influents.

Cette corruption morale n’est-elle indicative d’un parlement nommé? Les allégations de nomination – et non élection – des députés persistent jusqu’à ce jour parce que la compilation des résultats du scrutin de 2018 n’a jamais été publiée, alors que la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) manque de légitimité et redevabilité auprès du peuple. On comprend parfaitement, dès lors, pourquoi la menace d’une dissolution de l’Assemblée fait peur aux députés, puisqu’une partie d’entre eux ne seront tout simplement pas élus dans un scrutin transparent.

La coalition FCC. Les quelque quatre-vingt députés qui ont fait la différence lors du vote de déchéance de Jeanine Mabunda ont néanmoins marqué un point qui mérite d’être salué. Ils ont mis fin à la caporalisation qui règne au sein de la coalition FCC pour recouvrer leur dignité. Le véritable contrat social se tisse auprès de la population et non auprès des individus.

L’Union sacrée. Cette initiative ne date pas d’aujourd’hui et, dans sur les expériences du passé, elle s’est soldée par un échec. Le paysage s’annonce assez sombre. Il est très difficile de croire en un changement en observant le comportement du politique congolais, connu pour sa versatilité. Comment croire en la sincérité d’un individu qui,  parti du néant, servit la kabilie pendant deux décennies et amassa une fortune illicite, avant de brusquement quitter le navire pour l’Union sacrée? N’est-ce pas seulement une course au poste « juteux »? Une assurance gagne-pain ?

Au regard du comportement de la classe politique actuelle, la refondation de la société congolaise ainsi que le bien être de sa population demeurent les dernières préoccupations des politiciens congolais. Dans le conflit FCC-CACH, la population reste le dindon de la farce car en finir avec sa précarité ne figure pas à l’ordre du jour. Le scénario idéal serait une élection anticipée libre et transparente (le cas Mabunda démontre que c’est possible) car la légitimité des institutions serait renouvelée ainsi que le contrat social avec la population. Les caisses de l’Etat étant vides, ce scénario n’est pas faisable. Il convient donc au FCC-CACH (Kabila et Tshisekedi) de renégocier leur fameux accord, probablement pour le transformer en cohabitation, afin de terminer ce quinquennat sans se rejeter la responsabilité de l’échec à chaque instant.

Le peuple congolais est préoccupé par son devenir, la République demeure menacée par la violation de ses frontières; elle est en cessation de paiement; la pauvreté bat son plein; la dégradation des mœurs s’accentue. Bref, le pays est en voie de disparition. Face à ces préoccupations, nous pouvons sincèrement nous passer de ces querelles intestines. Qu’ils s’assument de part et d’autre.

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