« On ne peut pas se passer de l’avenir de l’Afrique », estime Hervé Bourges

« On ne peut pas se passer de l’avenir de l’Afrique », estime Hervé Bourges

Par son poids démographique et ses perspectives économiques, l’Afrique est devenue incontournable sur la scène internationale, estime Hervé Bourges, homme de média et fin connaisseur du continent, auteur à 84 ans du « Dictionnaire amoureux de l’Afrique ».

« L’Afrique n’est pas un continent de seconde zone mais celui de l’avenir », écrivez-vous. Pourquoi ?

L’Afrique aujourd’hui est un monde au coeur du monde. On ne peut pas se passer de l’avenir de l’Afrique. Par sa population – un milliard aujourd’hui, 2,5 milliards en 2050 -, par le fait que ce continent recèle des matières premières que n’ont plus beaucoup de pays et que les grandes puissances s’y précipitent.

Il y a des tas de problèmes qui se posent – y compris dans le domaine des phénomènes migratoires et climatiques – mais l’Afrique va jouer un rôle important au sein du monde, de manière positive ou négative.

Il y a des exclus – 400 millions d’Africains vivent sous le seuil de pauvreté – mais 700 millions vivent au dessus de ce seuil. Il y a 5% de croissance moyenne et une classe moyenne en ascension.

L’Afrique a aussi fait un bond considérable grâce aux évolutions technologiques: 600 millions d’Africains ont un téléphone mobile. Aujourd’hui, les agriculteurs du Sahel reçoivent leurs informations météo sur leur téléphone et le boutiquier nigérian y archive ses données comptables. C’est énorme.

Où en sont les relations entre la France et l’Afrique ?

L’essentiel aujourd’hui c’est de se rendre compte qu’avec la mondialisation l’Afrique n’est plus attachée aux relations franco-africaines. Les grands pays qui se précipitent vers l’Afrique, ce sont la Chine, le Japon, la Turquie, l’Inde et certains pays européens, dont l’Allemagne. La France reste en retrait or elle a des atouts.

La déclaration d’Emmanuel Macron en février qualifiant la colonisation de +crime contre l’humanité+, a été très mal perçue dans certains milieux en France mais elle a fait mouche en Afrique. Deux chefs d’Etat et des dizaines de responsables ou d’artistes africains m’ont appelé pour me dire que c’était extraordinaire, qu’on n’avait jamais encore entendu un haut responsable français dire ça.

Il y a une espérance que des relations nouvelles vont pouvoir s’établir et qu’on mettra fin définitivement à la Françafrique.

Tout Français devrait dire la France est ma patrie, l’Europe est mon avenir et l’Afrique est mon devenir. « Sans l’Afrique il n’y aura plus d’histoire de France au XXIe siècle », disait François Mitterrand.

Quelle forme devrait prendre cette relation nouvelle ?

D’abord on ne peut pas faire la leçon aux pays africains. Bien sûr qu’il faut davantage de démocratie, bien sûr qu’il y a encore en Afrique de nombreux autocrates, mais il ne peut pas y avoir de progrès démocratique sans développement. Qu’est-ce que la liberté de la presse dans un pays où les gens savent à peine lire et n’ont pas les moyens d’acheter un journal ?

La seule réponse qu’on puisse faire est d’aider au développement et plutôt au niveau européen qu’au niveau national. Je crois que la chancelière allemande Angela Merkel et (le président français) M. Macron l’ont compris.

A la demande de Mme Merkel, l’Afrique figure pour la première fois parmi les priorités du sommet du G20 qui se tiendra à Hambourg les 7 et 8 juillet. L’Afrique peut devenir un vrai partenaire de l’Europe au XXIe siècle.

Là où la France pourrait jouer un rôle particulier mais ne le joue pas c’est dans le domaine de la francophonie. Aujourd’hui, malheureusement, la France est en train d’abandonner sa langue. C’est ce que pensent beaucoup de francophones et beaucoup d’Africains. Je souhaite que le président Emmanuel Macron et le gouvernement réagissent.

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