Crise politique en RDC: à l’Assemblée, les pro-Tshisekedi marquent des points contre la majorité de Kabila

Crise politique en RDC: à l’Assemblée, les pro-Tshisekedi marquent des points contre la majorité de Kabila

Les partisans du président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, ont marqué des points mardi dans leur lutte pour renverser la majorité fidèle à l’ancien président Joseph Kabila Kabange après le discours du chef de l’Etat dimanche. Commencée par une bataille rangée dans le hall du Parlement entre les deux camps, la journée s’est terminée par une victoire procédurale des pro-Tshisekedi, qui demandent la démission de la présidente de l’Assemblée Jeanine Mabunda et de son équipe.

Au moins trois personnes ont été blessées au cours de la matinée dans des affrontements entre les partisans des deux camps à l’intérieur du « palais du Peuple », où la police s’est déployée pour rétablir l’ordre, a constaté un journaliste de l’AFP.

Des projectiles ont fusé de part et d’autre dans le hall du Parlement, où des militants s’étaient mêlés aux députés. A l’extérieur, la police a tiré des gaz lacrymogènes pour disperser des taxis-motos, traditionnels soutiens de l’Union pour la Démocratie et le Progrès social (UDPS), le parti de M. Tshisekedi.

Lundi, des députés UDPS avaient détruit le mobilier dans la salle des plénières pour empêcher la tenue d’une séance.

Le bureau conjoint des droits de l’homme des Nations unies en RDC a « fermement » condamné mardi soir sur Twitter « les violences dans l’enceinte et aux alentours du palais du Peuple, incompatibles avec les exigences d’une société démocratique ».

Plus grand pays d’Afrique sub-saharienne, la RDC s’enfonce dans une crise au sommet de l’État depuis que le président Tshisekedi a annoncé dimanche la fin de la coalition au pouvoir qu’il formait avec la majorité parlementaire pro-Kabila du Front commun pour le Congo (FCC).

Le chef de l’État a affirmé qu’il allait désigner une personnalité – un « informateur » – pour identifier une nouvelle majorité. S’il ne la trouvait pas, il a prévenu qu’il se réservait le droit de dissoudre la chambre basse.

Mardi en fin d’après-midi, les députés pro-Tshisekedi ont sérieusement bousculé la majorité parlementaire pro-Kabila à l’Assemblée. Ils ont obtenu la convocation d’une séance plénière, qui s’est tenue dans une ambiance survoltée, retransmise en direct par la chaîne d’Etat RTNC.

La séance a été présidée par le doyen d’âge des députés, assisté par les deux benjamins de l’Assemblée, tous trois désignés pour former le nouveau bureau (haute autorité collégiale) de la chambre basse.

Cette séance a réuni « 279 députés » sur 500, a déclaré le doyen d’âge Mboso N’kodia Mpwanga, sous les cris de joie et les applaudissements des personnes présentes dans la salle.

Aucun appel nominatif n’a été fait et aucune liste des députés présents n’a pu être consultée.

A l’unanimité, les députés présents ont voté à main levée pour l’installation de ce bureau provisoire, puis pour que la démission de Mme Mabunda et son équipe soit examinée en séance plénière jeudi.

« Nous avons vécu un coup d’Etat parlementaire », a dénoncé un député pro-Kabila, François Nzekuye, interrogé par l’AFP.

Le FCC, rassemblement des partis pro-Kabila, revendique une majorité de plus de 300 députés sur 500.

Le FCC avait déjà dénoncé une « violation » de la Constitution après les annonces du chef de l’Etat. Le FCC demande à son « autorité morale » Joseph Kabila de livrer sa « part de vérité » sur cette nouvelle crise qui menace la stabilité du géant d’Afrique, déjà paralysé par d’interminables conflits armés à l’Est et sa corruption endémique.

La crise touche toutes les institutions. La veille, le président de la République a reçu pendant une heure le Premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba, un membre du FCC pro-Kabila.

Rien n’a filtré officiellement de leur rencontre. L’échange a porté sur « la démission du Premier ministre », a déclaré un conseiller du président à l’AFP.

Crise politique en RDC: la police à l’intérieur du Parlement après de nouvelles violences (vidéos)

Comme si de rien n’était, M. Ilunga a présidé mardi une « réunion hebdomadaire du Comité de Conjoncture économique », ont indiqué sur Twitter ses services, en se félicitant: « La production minière se porte bien, la tonne du cuivre passe la barre de 7.500 dollars USD ».

Avant ses annonces de dimanche, le président Tshisekedi avait reçu la semaine dernière les hauts-gradés de l’armée et de la police, la plupart nommés par son prédécesseur Kabila. L’armée avait promis de rester « a-politique ».

Soutien de M. Tshisekedi, l’ambassade des Etats-Unis à Kinshasa a indiqué qu’elle « prend note » du discours du chef de l’Etat dimanche.

« Nous appelons toutes les parties à travailler de bonne foi et à s’engager pacifiquement dans le processus politique, en évitant toute action qui pourrait générer violence ou insécurité dans l’ensemble du pays », écrit l’ambassade américaine dans un communiqué conjoint avec les ambassades du Canada, de la Grande-Bretagne, de la Suisse, de la Corée du Sud et du Japon à Kinshasa. La Belgique, ancienne puissance coloniale, ne s’est jointe à cette démarche.

Crise politique en RDC: incidents dans l’enceinte du Parlement à Kinshasa (vidéos)

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