RDC : Pas de discours du 30 juin, le symbole d’une déliquescence

RDC : Pas de discours du 30 juin, le symbole d’une déliquescence

Commentaire

Par Marie-France Cros

Pour la première fois depuis son arrivée inopinée au pouvoir, en janvier 2001, après l’assassinat de son père Laurent Kabila, le président Joseph Kabila, ne prononcera pas à la télévision, ce soir, son traditionnel discours du 30 juin, jour anniversaire de l’indépendance du Congo. « Je regrette que, pour des raisons de santé, je ne puis, cette année, vous adresser mon message de manière traditionnelle », a-t-il indiqué dans un communiqué. Et d’inviter la population à célébrer ce 57ème anniversaire « dans le calme et la méditation ».

Et les Congolais aussitôt de se demander si, à 46 ans, celui que ses partisans jugent « trop jeune pour prendre sa retraite » malgré la fin, en décembre dernier, de son dernier mandat légal et 16 ans de pouvoir, est réellement malade ou s’il s’agit d’une maladie diplomatique.

« On a compris », commentent-ils, soulignant que l’indépendance n’a été fêtée nulle part dans le pays aujourd’hui, ni même marquée par une conférence. La société civile, qui en avait organisé une sur « Le retour à l’ordre constitutionnel », l’a vue interdire et des arrestations opérées parmi les présents. Le défilé national, prévu à Lubumbashi, a été annulé il y a quelques jours alors que le cortège du chef de l’Etat, de retour d’Afrique du Sud, était hué et que des coups de feu étaient tirés par les forces de l’ordre. A Bruxelles, pas de réception du 30 juin cette année: la maladie du Président a frappé l’ambassade.

Le pays est-il en deuil parce que le Président n’est pas en bonne santé?

Les Congolais en doutent et lient plutôt l’absence de célébration aux heures politiquement difficiles que vit Joseph Kabila. Malgré la multiplication de ses tentatives pour se maintenir à la présidence, ni l’opinion intérieure, ni la communauté internationale ne se laissent berner par les prétextes avancés et réclament le retour à l’ordre constitutionnel – déjà profondément bouleversé par le chef de l’Etat depuis son élection de 2006, en vue de renforcer sa position au détriment de l’équilibre des pouvoirs.

Si, après deux guerres qui avaient achevé de mettre le pays à terre, Joseph Kabila avait présidé à des progrès – qu’on a salués, même s’il faut les relativiser, le Congo partant alors de presque zéro et avançant avec l’appui de la communauté internationale et de ses donateurs habituels – ceux-ci ont singulièrement ralenti depuis sa réélection de 2011, jugée non crédible par les observateurs nationaux et internationaux. Rien d’étonnant à cela puisque toutes les forces du régime ont été concentrées sur le maintien au pouvoir de son chef, qui semble bien ne pouvoir passer que par l’absence d’élections libres et transparentes.

L’absence de progrès a déconsidéré le régime auprès des Congolais. Alors que les épreuves se multiplient (ici un conflit armé, là des fonctionnaires non payés et, partout, la difficulté des petites gens à survivre alors que la chute du franc congolais renchérit les prix dans un pays qui, faute de produire autre chose que des matières premières, importe presque tout) le pouvoir est de moins en moins à même de contrôler.

Symbole troublant de ce repli obsidional: c’est Ne Mwanda Nsemi, chef d’un parti-secte et détenu en fuite, qui a prononcé un discours du 30 juin, posté sur le net.

Que pensez-vous de cet article?