Nigeria : Une attaque djihadiste fait plus de 110 morts

Nigeria : Une attaque djihadiste fait plus de 110 morts

Au moins 110 personnes sont mortes samedi au Nigeria dans une attaque djihadiste, la plus meurtrière menée contre de civils cette année dans le nord-est du pays, en proie à une insurrection djihadiste depuis plus de dix ans.

Le petit village de Koshobe, au Nord-Est du Nigeria, dans l’Etat du Borno, a été la cible d’une violente attaque meurtrière samedi. Au moins 110 civils ont été tués, selon le bilan de l’ONU rendu public ce dimanche. « En début d’après-midi, des hommes armés sont arrivés à moto et ont mené une attaque brutale sur des hommes et des femmes qui travaillaient dans des champs », a précisé dans une déclaration Edward Kallon, coordinateur humanitaire des Nations unies au Nigeria. Il s’agit selon lui de la « plus violente attaque contre des civils innocents cette année ». Elle s’est produite dans une rizière située à moins de dix kilomètres de Maiduguri, la capitale de l’Etat du Borno, épicentre de l’insurrection islamiste. Le mois dernier, 22 agriculteurs avaient déjà été tués dans leurs champs, non loin de cette ville.

Figurent notamment parmi les victimes des dizaines d’ouvriers agricoles originaires de l’État de Sokoto, à environ 1 000 km à l’ouest, qui s’étaient rendus dans l’Etat de Borno pour trouver du travail dans les rizières.

Qui est derrière cette attaque ?

Le communiqué de l’ONU ne mentionne pas le groupe djihadiste Boko Haram, qui multiplie les attaques dans cette région depuis plus de dix ans et contrôle une partie du territoire. Mais pour Babakura Kolo, responsable d’un groupe d’autodéfense pro-gouvernemental, cela ne fait aucun doute : « C’est sans aucun doute l’œuvre de Boko Haram qui opère dans la région et attaque fréquemment les agriculteurs », a-t-il déclaré samedi, après la découverte de 43 premiers corps.

Les habitants du Nigeria désignent indistinctement les djihadistes de cette région comme des éléments de Boko Haram, qu’ils appartiennent à ce groupe ou à l’Iswap, le groupe Etat islamique en Afrique de l’Ouest. Mais ce dernier est le plus actif dans la zone où se situe le village attaqué, affirme sur Twitter, Bulama Bukarti, analyste pour l’Afrique subsaharienne à l’Institut Tony Blair: « Donc Iswap est probablement le coupable », assure-t-il.

Les attaques des deux groupes terroristes ciblent de plus en plus fréquemment des bûcherons, agriculteurs et pêcheurs. Ils les accusent d’espionner et de transmettre des informations aux militaires et milices qui combattent les djihadistes dans la région.

Dans quel contexte l’attaque s’est-elle déroulée ?

L’attaque est survenue le jour d’un scrutin local important pour l’Etat du Borno, repoussé depuis le débaut de l’insurrection de Boko Haram, en 2009, pour des raisons de sécurité. Depuis cette date, on dénombre plus de 36 000 tués et plus de deux millions de personnes ont dû fuir leur foyer. Un nombre important de déplacés ont ainsi regagné leurs villages, pourtant ravagés par les violences, pour pouvoir élire leurs représentants et conseillers régionaux.

Le président du Nigeria, Muhammadu Buhari a « condamné » samedi soir « le meurtre de ces agriculteurs dévoués à leur travail par des terroristes », dans une déclaration publiée sur Twitter par son porte-parole, Garba Shehu. « Le pays entier est blessé par ces assassinats insensés », a-t-il ajouté en promettant « de prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger la population ». L’analyste Bulama Bukarti a réagi à cette condamnation en affirmant que le président ne « fera rien de différent » par rapport aux précedents drames et que l’armée se contentera « dans les prochains jours », de « publier des photos témoignants de la manière dont elle a neutralisé des « dizaines de terroristes ». Cela doit cesser », a-t-il conclu.

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