« His House »: un film entre parcours d’asile et démons intérieurs

« His House »: un film entre parcours d’asile et démons intérieurs

Remi Weekes signe un premier film qui explore avec acuité et pertinence les drames des migrants. Les événements qui ont précédé leur arrivée en Europe et d’autres qui accompagnent leur parcours de réfugiés. Un film horrifique ancré dans la réalite sociale, à voir sur Netflix

Comme en écho à une réalité souvent angoissante, voici un film d’horreur qui s’intéresse à un couple de réfugiés qui se pensaient enfin arrivés en lieu sûr. Rial et Bol ont fui la guerre au Soudan. Réfugiés en Grande-Bretagne, ils ont été choisis pour participer à un programme d’intégration qui leur permet de quitter momentanément leur centre pour demandeurs d’asile et de s’installer dans une petite maison. Il leur reste toutefois à satisfaire trois conditions: se présenter aux convocations du travailleur social (campé par Matt Smith) toutes les semaines, ne pas travailler (pour ne pas dépasser l’aide financière qui leur est allouée) et ne pas bouger de la maison qu’on leur a octroyée.

Bien que la maison soit en piteux état à leur arrivée, le couple est ravi de cette opportunité d’habiter seuls dans cette petite cité sociale. Pourtant ce qui s’apparente à une excellente nouvelle s’avère en fait être une sorte de « mise à l’épreuve ». Leur maison, censée constituer un abri et un refuge, semble bientôt se retourner contre eux. Bruits insolites et phénomènes inexpliqués mettent leurs nerfs à rude épreuve. Eux qui avaient tant rêvé quitter le centre de réfugiés pour enfin commencer à construire leur nouvelle vie, en viennent à regretter d’être là et semblent prêts à renoncer…
Du moins, est-ce le cas pour Rial (la Britanico-Nigériane Wunmi Mosaku vue dans Black Mirror et Lovecraft Country) qui éprouve beaucoup de difficultés à s’adapter au mode de vie britannique. Malgré la peur qui grandit en lui, Bol (Sope Dirisu vu dans The Halcyon et Gangs of London) refuse de s’avouer vaincu: il n’a pas fait tout ce chemin pour rien. D’autant que leur fillette a perdu la vie durant la traversée.

Solitude, isolement, difficultés d’intégration: les thématiques placées au premier plan de ce récit n’ont malheureusement rien d’inédit, elles sont même le lot commun de nombreux apatrides. Mais une question s’impose: est-ce la maison qui est porteuse d’ombres angoissantes et d’esprits maléfiques, ou est-ce le passé de Rial et Bol qui continue à les torturer ?

La triste réalité ou les souvenirs hantés ?

Empruntant au réalisme social britannique, Weekes se penche sur le sort des réfugiés arrivant en Angleterre au terme de parcours souvent aussi périlleux qu’invalidants. S’ils ont accepté de tout endurer c’est parce que l’insécurité et la misère qu’ils ont laissées derrière eux étaient bien plus angoissantes que le risque de mourir en mer.
La question que pose His House*** est celle des traumas endurés par les migrants et les réfugiés durant leur long chemin pour accéder à la « terre promise », avant même d’y entamer le parcours d’intégration nécessaire pour accéder à une nouvelle vie. Cette double lecture sociale et politique, d’une part, – avec la guerre civile au Soudan en toile de fond -, et horrifique d’autre part, donne toute sa force, sa pertinence et sa résonance au film.
Le couple est-il fou ou cherche-t-on à les mettre à l’épreuve avant de leur accorder «l’asile» ? Un terme qui résonne d’autant plus fort face aux phénomènes observés au sein de la maison.

S’appuyant sur le scénario de Felicity Evans et Toby Venables, exploitant à fond les codes des films de maisons hantées, le Britannique Remi Weekes signe un premier long métrage très réussi: le résultat se révèle réellement horrifique et l’inscrit dans la lignée de Jordan Peele (Get out, Us). Prouvant comme lui, que l’horreur peut se nicher n’importe où et que nos pires craintes concernent bien souvent des comportements ou des personnes croisées dans notre quotidien.

Projeté dans le cadre du Festival de film de Sundance en janvier dernier, le film est disponible depuis le 30 octobre sur Netflix à travers le monde.

Karin Tshidimba

His House, drame horrifique de Remi Weekes, avec Wunmi Mosaku, Sope Dirisu et Matt Smith. Durée: 1h33

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