Un homme accusé de torture pendant la guerre civile au Liberia menacé de procès en France

Un homme accusé de torture pendant la guerre civile au Liberia menacé de procès en France

La perspective d’un procès en France sur des crimes commis pendant la guerre civile au Liberia se rapproche: le parquet a demandé fin octobre qu’un ex-commandant rebelle libérien soit jugé pour des actes de torture dans les années 1990 lors de ce conflit.

Dans son réquisitoire définitif daté du 28 octobre, le parquet national antiterroriste (Pnat) a demandé que Kunti K., arrêté en France en 2018, soit jugé pour « actes de torture » et « complicité d’actes de torture constitutifs de crimes contre l’humanité », des faits commis en 1993 et 1994, a appris l’AFP de source judiciaire.

Si les juges d’instruction suivaient les réquisitions du ministère public, il s’agirait du premier procès instruit par le pôle crimes contre l’humanité du tribunal de Paris, créé en 2012, qui ne soit pas lié au génocide rwandais.

C’est en vertu de sa « compétence universelle » que la justice française peut poursuivre les auteurs des crimes les plus graves – crimes contre l’humanité, de guerre ou de génocide – s’ils passent ou résident sur le territoire français, quels que soient le lieu des crimes et la nationalité des auteurs ou victimes.

Une enquête préliminaire avait été ouverte contre Kunti K., ressortissant libérien naturalisé néerlandais, à la suite d’une plainte déposée le 23 juillet 2018 par l’ONG Civitas Maxima.

Visé par un mandat d’arrêt, il avait été interpellé en région parisienne en septembre 2018 et mis en examen.

A l’époque, le colonel Eric Emeraux, alors à la tête de l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité, les génocides et les crimes de guerre (OCLCHGCG), avait indiqué que Kunti K. avait rejoint la France en 2016 après avoir quitté les Pays-Bas et être passé par la Belgique.

Né le 1er décembre 1974, il a été commandant au sein de l’ULIMO (United Liberation Movement of Liberia for Democracy), faction de trois groupes armés hostiles au mouvement de l’ex-président libérien Charles Taylor (le Front national patriotique du Liberia, NPFL), au moment de la première guerre civile dans ce pays d’Afrique de l’Ouest.

– Collaboration avec les autorités libériennes –

L’AFP n’était pas en mesure de contacter sa défense. Pour sa part, l’avocat de Civitas Maxima n’a pas souhaité faire de commentaires.

Cette ONG basée à Genève, qui défend les victimes de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, a pour but de « faciliter la documentation des crimes internationaux », et de développer « une coopération à l’échelle globale entre victimes, enquêteurs, avocats indépendants, et autorités étatiques », selon son site.

Dans un communiqué publié en juin 2019, elle avait indiqué que les autorités françaises et libériennes avaient collaboré sur une mission d’enquête menée dans le comté du Lofa, au nord-ouest du Liberia, dans le cadre de l’enquête sur Kunti K.

Elle avait souligné que c’était « la toute première fois depuis la fin de la guerre civile au Liberia en 2003 » que les autorités libériennes, aux côtés d’autorités étrangères, procédaient « à des reconstitutions de scènes de crimes contre l’humanité et de torture sur les lieux mêmes de leur commission ».

Jusqu’à présent, personne n’a en effet été poursuivi ni condamné au Liberia pour les crimes commis pendant ce conflit, l’un des plus atroces du continent africain, qui a fait quelque 250.000 morts entre 1989 et 2003.

La guerre civile a été marquée par des massacres commis par des combattants souvent drogués, des mutilations, des viols utilisés comme arme de guerre, des actes de cannibalisme et le recrutement forcé d’enfants soldats.

Civitas Maxima a contribué à l’arrestation à l’étranger de plusieurs personnes liées à ces crimes. Parmi elles, Mohammed Jabateh, un ancien commandant de l’ULIMO, a été condamné en avril 2018 à 30 ans de prison aux Etats-Unis.

L’ex-président Charles Taylor (1997-2003) a pour sa part été condamné en 2012 par le Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL), mis en place par l’ONU, pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre commis dane pays voisin du Liberia. Sa condamnation à 50 ans de prison a été confirmée en 2013 et il purge sa peine en Grande-Bretagne.

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