Burundi: le recensement des fonctionnaires soulève des soupçons

Burundi: le recensement des fonctionnaires soulève des soupçons

Par Marie-France Cros.

Depuis ce lundi 26 octobre, l’Etat burundais a commencé à recenser quelque 100.000 fonctionnaires et assimilés. Cela se fait de manière électronique et par questionnaire. L’un et l’autre posent problème.

Normalement, ce recensement devait durer jusqu’à mardi soir. De gros problèmes électroniques – notamment à Bujumbura et Gitega, l’ancienne et la nouvelle capitales – ont cependant entravé l’enregistrement des données, poussant les autorités à repousser la fin de l’opération.

Des réponses ou pas de salaire

Par ailleurs, le questionnaire auquel les fonctionnaires sont sommés de répondre – faute de quoi le salaire d’octobre ne sera pas versé, indiquent des médias burundais – inquiète nombre d’entre eux. Mardi, les confédérations syndicales Cosybu et CSB, ainsi que la fédération Cosesona, ont souligné que ce questionnaire avait été envoyé aux fonctionnaires du pays « sans être validé par tous les partenaires » sociaux, alors qu’il risque « de remettre en cause la vie privée, la liberté syndicale », tout en étant contraire à la Constitution (articles 19 et 37) et aux conventions de l’Organisation internationale du Travail (OIT).

Inquiète particulièrement l’exigence de fournir la « confession religieuse », l' »ethnie », si l’on a ou non « accès au crédit bancaire » et « pourquoi », si l’on a déjà eu « des problèmes » sur le lieu de travail et « lesquels », si l’on est affilié à un syndicat et si l’on en est « satisfait »…

Les raisons de ce recensement n’ont pas été rendues publiques par la ministre chargée de la Fonction publique, Domine Banyankinbona, quand elle l’a annoncé, le 20 octobre. D’aucuns se demandent s’il s’agit de vérifier l’application des quotas ethniques (40% de Tutsis, 60% de Hutus) fixés par l’Accord de paix d’Arusha, mais ces quotas ne sont imposés que pour l’armée et la police, pas pour les autres fonctionnaires. En outre, il y a eu un tel recensement en 2016, qui avait déjà suscité un tollé, précisément parce qu’il n’était pas limité aux secteurs où des quotas sont d’application. L’opération a donc soulevé une grande inquiétude dans le pays.

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