Guinée: la communauté internationale accentue la pression après les troubles post-électoraux

Guinée: la communauté internationale accentue la pression après les troubles post-électoraux

La communauté internationale a accentué mardi la pression sur le pouvoir en Guinée, l’Union européenne mettant en doute la « crédibilité » de la réélection du président Alpha Condé tandis qu’une mission de médiation réclamait la levée du blocage du domicile du chef de l’opposition, Cellou Dalein Diallo.

« L’Union européenne prend note de l’annonce des résultats provisoires par la commission électorale nationale indépendante (Céni) de Guinée », a indiqué dans un communiqué le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell.

« Bien que le scrutin se soit déroulé dans le calme, des interrogations demeurent quant à la crédibilité du résultat, notamment en ce qui concerne la remontée des procès-verbaux et le décompte final des votes », estime le Haut représentant de l’UE pour la politique extérieure.

« Il conviendra d’y répondre dans le cadre d’un dialogue inclusif et de la poursuite du processus de validation prévue par la loi », ajoute M. Borrell.

Selon les résultats de la Céni publié samedi, le président sortant, Alpha Condé, qui se présentait pour un troisième mandat controversé, a remporté 59,5% des suffrages à la présidentielle du 18 octobre.

Son principal rival, l’ex-Premier ministre Cellou Dalein Diallo, a été crédité de 33,5% des voix.

« Je salue le soutien de l’UE aux Guinéens qui se battent pour leurs droits et libertés confisqués par Alpha Condé (…) Un exemple à méditer » par la Cédéao, la communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest, et l’Union africaine, a tweeté M. Diallo dans la soirée.

Le chef de l’opposition, battu par Alpha Condé en 2010 et 2015, s’était auto-proclamé victorieux dès le 19 octobre, sans attendre les résultats officiels qu’il jugeait faussés d’avance.

Une semaine de heurts

Son annonce a déclenché la joie de ses supporters et donné le coup d’envoi à une semaine de violences entre partisans des deux camps et de heurts entre les forces de l’ordre et des jeunes manifestants dans les quartiers réputés favorables à l’opposition.

Le gouvernement guinéen accuse M. Diallo d’être responsable de ces violences, qui ont fait officiellement 21 morts en huit jours, dont des membres des forces de sécurité. Le chef de l’opposition dénonce pour sa part une « répression sanglante » ayant fait au moins 27 morts.

Diallo est confiné chez lui depuis plusieurs jours par un important dispositif de sécurité, mis en place pour sa « propre sécurité » selon le pouvoir. Lui s’estime « prisonnier ».

S’il appelle ses partisans à continuer la lutte dans la rue jusqu’à la reconnaissance de sa victoire, il a également indiqué qu’il introduirait un recours devant la Cour constitutionnelle, bien qu’il la juge inféodée au pouvoir.

Mardi matin, les membres d’une mission de médiation de la Cédéao, de l’Union africaine et de l’ONU ont « exhorté » les autorités guinéennes « à lever ce dispositif » autour du domicile de M. Diallo et de son bureau « dans la perspective d’un dialogue inclusif ».

La médiation a en outre demandé « aux autorités guinéennes de faire en sorte que les forces de défense et de sécurité agissent avec retenue et professionnalisme dans la gestion des manifestations » et appelé à des « enquêtes pour faire la lumière sur les violences afin de traduire les auteurs en justice ».

Tensions dans les quartiers

Des témoins ont rapporté à l’AFP que les tensions étaient restées vives mardi dans des quartiers de la capitale réputés acquis à l’opposition.

Certains ont mis en cause des militaires, les accusant de terroriser des pères et mères de familles en leur reprochant de ne « pas avoir bien éduqués leurs enfants » qui « défient » les forces de l’ordre dans la rue.

Un jeune homme est mort par balle mardi dans le quartier de Koloma, en banlieue de Conakry, selon ses parents et le médecin qui l’a pris en charge.

Sollicité par l’AFP pour commenter ces événements, le colonel Aliou Diakité, porte-parole des forces armées, a dit ne pas être « au courant, car depuis deux jours en instance de voyage » pour aller observer la présidentielle de samedi en Côte d’Ivoire.

Le chef de la Direction de l’information et des Relations Publiques des Armées (Dirpa), Aladji Cellou Camara, n’a pas donné suite aux messages envoyés par l’AFP jusqu’à 20H00 (GMT et locales).

Après quatre jours de coupure, l’accès internet par Orange, principal opérateur mobile du pays, a été rétabli mardi, ont par ailleurs constaté des journalistes de l’AFP.

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