Opinion: contraint par la realpolitik, Félix Tshisekedi opte pour une solution médiane.

Opinion: contraint par la realpolitik, Félix Tshisekedi opte pour une solution médiane.

Par Milambu Kiyoyo, à Londres, pour Engagement pour un Congo Nouveau.

Le président de la République Démocratique du Congo, Félix Tshisekedi a annoncé le 23 octobre, sur un ton autoritaire et sévère, des consultations en vue de la mise sur pied d’une nouvelle coalition gouvernementale, l’Union Sacrée de la Nation. Malgré le ton, sa conclusion a laissé transparaître le réel état d’esprit du chef de l’Etat. Félix Tshisekedi a, non sans raison, évité la confrontation.

Contraindre le Premier ministre à démissionner ou dissoudre l’Assemblée nationale sans fondement légal et dans un climat politique très tendu ne pouvait rester sans conséquence. M. Tshisekedi sait qu’il évolue sur le fil du rasoir. Aller trop loin d’un côté comme de l’autre serait très risqué pour son pouvoir. Devant cette réalité, il n’a pas d’autre choix que d’opter pour une solution médiane, afin de ne pas mettre son pouvoir en péril.

Contrairement aux apparences, Félix Tshisekedi seul connaît les réalités auxquelles il fait face depuis qu’il est à la tête du pays. Sa quête d’une nouvelle coalition gouvernementale ne devrait pas être un motif de triomphalisme. Qui sait ce que seront les lendemains de l’inconstant paysage politique congolais?

En tout état de cause, la matérialisation de l’Union Sacrée de la Nation dépendra d’un côté du démantèlement hypothétique du Front Commun pour le Congo (FCC) et du ralliement partiel ou total de l’opposition Lamuka. Dans le cas contraire, il sera mathématiquement impossible à l’Union Sacrée de la Nation d’atteindre le seuil de la majorité absolue (250+1).

L’annonce d’une nouvelle coalition gouvernementale devant réunir les acteurs politiques et sociaux de tous bords autour de Félix Tshisekedi pour la défense des intérêts de la nation, bien que louable, risque de connaître un demi-succès étant donné les obstacles à surmonter. Parmi ces obstacles, il y a par exemple l’acte d’engagement au FCC signé par ses membres. Que feront les chefs de différents regroupements membres du FCC de la signature solennelle – fidélité et loyauté à l’autorité morale Joseph Kabila, ancien président de la République? Les alliances se font et se défont en fonction des enjeux contextuels.

Le pari n’est pas non plus gagné concernant le ralliement de l’opposition congolaise, qui semble défendre des intérêts disparates. C’est un secret de polichinelle que les violons ne s’accordent plus entre les leaders de Lamuka. Cet état de choses pourrait être un avantage pour Félix Tshisekedi. Il est fort probable que Lamuka dans son ensemble rejette cette main tendue, en dépit de ses divergences internes. Ce rapprochement pourrait être perçu comme un piège pour les rendre tous comptables en 2023 pour un quinquennat qui bat de l’aile depuis bientôt près de deux ans. Les cadeaux n’existent pas en politique. Il ne faut pas chercher loin dans les annales de la République pour savoir que le premier bénéficiaire de la politique de rapprochement a toujours été celui qui l’initie. Il ne serait pas surprenant de voir certains de Lamuka choisir de soigner leur stature.

A chaque tournant de son histoire, le Congo a connu plus ou moins quinze grands forums aux appellations différentes dont la plupart étaient subséquents à une politique de survie. Il y a eu les Colloques, les Conclaves, la Table Ronde, les Consultations nationales, les Négociations politiques, le Compromis politique et global de Gbadolite, la CNS, les Accords de Lusaka, les Négociations de Sun City et Pretoria, les Dialogues de l’UA et de la Cenco, etc. Félix Tshisekedi en se lançant sur la même voie que ses prédécesseurs, offre à la nation du déjà-vu.

Il agit pour sa survie politique et non pour les intérêts de la nation. Il ne sert à rien de répéter les vieilles recettes qui n’ont pas apporté de solutions idoines. En attendant la matérialisation ou non de l’Union Sacrée de la nation, l’heure est au débauchage pour un camp et à l’intimidation pour l’autre, qui pense détenir les moyens contraignants.

Tout pousse à croire que l’initiative de la mise sur pied d’une nouvelle coalition gouvernementale risque d’être un demi-succès. Bien que Tshisekedi soit contraint par la realpolitik de changer d’orientation, les intérêts partisans de part et d’autre pourraient entraver une démarche à même de donner un nouvel élan à un quinquennat qui peine à trouver sa raison d’être. Le problème est celui de la crise de légitimité; cet éléphant dans la pièce dont personne ne parle.

Cette crise, qui émane des élections frauduleuses de décembre 2018, ne peut en aucun cas se régler par des conciliabules, des dialogues et encore moins par des consultations. Le taureau, il faut le prendre par les cornes. Tant que la volonté du souverain primaire ne sera pas respectée, le pays ira continuellement d’une crise à une autre et l’avènement d’un Congo nouveau tant souhaité sera à jamais remis aux calendes grecques.

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