RDC : Tshisekedi passe en force. Cap sur la CENI ?

RDC : Tshisekedi passe en force. Cap sur la CENI ?

La prestation de serment de trois juges de la Cour constitutionnelle a eu lieu malgré l’opposition des kabilistes.

« Remplacer les juges aux ordres d’un Kabila par des juges aux ordres d’un Tshisekedi, ce n’est pas faire progresser l’État de droit”, ont tweeté les membres de la Lucha, ce mercredi après la prestation de serment des trois nouveaux juges de la Cour constitutionnelle nommés par ordonnance présidentielle.
Ce mercredi, dès les premières lueurs de l’aube, le peuple de l’UDPS, le parti de Félix Tshisekedi, était présent en nombre devant les grilles du Palais du Peuple de Kinshasa, il avait ainsi répondu aux appels à la mobilisation lancés la veille par les zélotes du parti.
Les députés du FCC (la plate-forme politique de Joseph Kabila largement majoritaire), comme les présidents de la Chambre (Jeanine Mabunda) et du Sénat (Alexis Thambwe) ou encore le Premier ministre Ilunga ont préféré opter pour la politique de la chaise vide sans chercher la confrontation éventuelle avec les “combattants” de l’UDPS qui ne se sont pas fait prier pour investir le Parlement, comme s’il s’agissait d’une vulgaire arène sportive, pour soutenir au son du chant de leur parti (brandi comme un nouvel hymne) leur président Félix Tshisekedi. Un président qui a visiblement goûté pleinement cette victoire face à… son partenaire de coalition.

Les trois juges désignés par le Président – contrairement à ce que prévoit la constitution congolaise – vont donc rejoindre les six autres juges de la Cour constitutionnelle dont le rôle est notamment essentiel lors de la présidentielle ou en cas de conflit entre la présidence et le pouvoir législatif.
En passant en force, Félix Tshisekedi a démontré qu’il pouvait aller au bras de fer avec son “allié” qui détient – détenait – pourtant pratiquement tous les leviers du pouvoir. Il s’est aussi accordé un peu de répit en s’octroyant une majorité à la Cour constitutionnelle qui devrait lui éviter toute menace de destitution par les chambres.

Tshisekedi mène aux points

Tshisekedi a aussi semé un peu plus le doute dans les esprits des kabilistes qui ont vu leur part de gâteau se restreindre au fil des mois et qui ont de plus en plus le sentiment que leur autorité morale,  l’ancien président Joseph Kabila, n’a ni les moyens ni peut-être l’envie de se battre pour eux.
“La défaite de ce mercredi est un revers de taille pour les Kabilistes qui, s’ils devaient être plus vénaux qu’idéologistes, pourraient être tentés de changer de crémerie”, analyse tout en euphémisme un politicien congolais à la retraite.
Dans un combat de boxe, le commentateur accorderait ce round à Félix Tshisekedi. Mais les deux combattants doivent remonter sur le ring très rapidement avec cette fois, en ligne de mire, la désignation du futur patron de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni). Le candidat de Kabila, Ronsard Malonda, tient la corde, mais fort de sa victoire du jour et du peu de cas qu’il semble faire de la loi, Tshisekedi peut espérer remettre en selle son poulain, Denis Kadima, que certaines églises – comme les Kibanguistes – semblent désormais soutenir.

« Tshisekedi apprend vite et il commence à avoir les moyens pour concurrencer Kabila lorsqu’il s’agit de se faire de nouveaux amis », explique un observateur attentif de la vie politique congolaise et des « kinoiseries », selon l’expression qu’il aime utiliser.

Joseph Kabila a régulièrement répété à ses troupes que le dossier Ronsard Malonda ne pouvait être revenir sur le tapis. Des mises en garde à ses troupes qui prennent encore plus de poids au vu des dernières évolutions de la situation. Après avoir perdu le contrôle de la Cour constitutionnelle, Kabila ne peut se permettre de perdre celui de la Ceni, sous peine d’abandonner « l’autoroute de la confiscation du pouvoir » à celui qu’il a fait président.

RDC : Pour Kabila, plus de discussion, ce sera Ronsard Malonda

Restera ensuite ou en parallèle le débat autour du futur gouvernement. L’actuel Premier ministre Sylvestre Ilunga “ne fait pas le poids”, comme le martèlent plusieurs membres du FCC. Mais Kabila peut-il prendre le risque d’organiser un grand remaniement dans le contexte actuel ? Pas certain. Les déçus de la Kabilie pourraient être encore bien plus nombreux et ce serait aussi prendre le risque de permettre à Tshisekedi de court-circuiter le mouvement en nommant un informateur qui pourrait brouiller les cartes. Un jeu de politique politicienne qui se fait évidemment sur le dos des Congolais et de toutes les institutions d’un pays qui ne cesse d’aller de Charybde en Scylla.

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