Guinée-Conakry: inquiétantes violences avant la publication des résultats électoraux

Guinée-Conakry: inquiétantes violences avant la publication des résultats électoraux

Par Marie-France Cros. 

Des violences sont survenues lundi en Guinée-Conakry, au lendemain de la présidentielle. Cellou Dallein Diallo, 68 ans, le principal rival du Président sortant, Alpha Condé, 82 ans, s’est en effet proclamé vainqueur du scrutin alors que le décompte des votes est toujours en cours dans ce pays peu développé.

Ses partisans ont alors commencé à crier leur joie : c’est en effet la troisième fois que M. Diallo se présentait contre Alpha Condé à la présidentielle, en vain jusqu’ici.

Condamnations

Les autorités guinéennes ont condamné cette annonce “de nul effet”, appuyées par l’Onu, l’Union africaine et la Cedeao (Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest).

La police a dispersé les manifestants pro-Diallo dans plusieurs villes. On déplore au moins un mort à Conakry et plusieurs blessés. M. Diallo parle de trois de ses partisans tués par la police.

Dans certaines villes de province – comme Macenta et N’Zérékoré, en Guinée forestière – où les principales ethnies du pays se mélangent – des pillages et incendies de bâtiments ont eu lieu, indique la presse guinéenne. Les partisans du Président sortant ont incendié le siège local du parti de l’opposant.

Le vote en Guinée, comme dans beaucoup d’autres pays africains, est en effet largement dicté par des considérations ethniques. M. Diallo est Peul. Cette ethnie est la plus importante du pays, avec environ un tiers de la population, et domine le commerce.

Les Malinkés – ethnie du président sortant Alpha Condé et du “père de l’Indépendance”, le dictateur Sékou Touré – et les Soussous – ethnie du successeur de Sékou Touré, le dictateur et général Lansana Conté – forment chacun un quart de la population. Lors des élections de 2010 et 2015, ces deux derniers groupes ont voté pour le rival de M. Diallo, Alpha Condé, afin d’empêcher que les Peuls accèdent au pouvoir suprême alors qu’ils sont considérés comme dominant déjà l’économie. Cela a créé une forte frustration chez l’opposant et ses partisans et explique sa proclamation.

Accumulation de frustrations

Le gouvernement a menacé Cellou Dallein Diallo de poursuites judiciaires, l’accusant de vouloir provoquer dans le pays un “chaos généralisé aux conséquences dangereuses et imprévisibles”.

Lors des législatives de mars dernier – tenues dans des conditions peu régulières –, le parti du président Alpha Condé avait raflé deux tiers des sièges. Le chef de l’État en avait profité pour faire adopter par référendum une nouvelle Constitution “progressiste”, qui lui a surtout permis de se présenter à un troisième mandat, interdit jusque-là.

Cette frustration, couplée à un taux de chômage des jeunes qui atteint 80 %, alors que 55 % de la population vivent sous le seuil de pauvreté, favorise la possibilité d’explosions de violence dans ces jours de tension électorale.

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