Le Burundi boude la CEPGL: le nouveau Président s’isole, comme son prédécesseur

Le Burundi boude la CEPGL: le nouveau  Président s’isole, comme son prédécesseur

Par Marie-France Cros. 

Un mini-sommet par téléconférence sur la sécurité dans la sous-région des Grands Lacs a réuni mercredi les Présidents du Congo, Félix Tshisekedi, du Rwanda, Paul Kagamé, de l’Ouganda, Yoweri Museveni et de l’Angola, Joao Lourenço. Evariste Ndayishimiye, le nouveau président du Burundi – arrivé au pouvoir le 18 juin après des élections irrégulières – boudait la rencontre, déjà reportée pour le convaincre d’y participer. Gitega a pourtant officiellement de bonnes relations avec la puissance invitante, Kinshasa, qui laisse l’armée burundaise et la milice du parti au pouvoir, les Imbonerakure, pénétrer au Congo pour y poursuivre des rebelles burundais.

Une différence : la lutte anti-Covid

Le président Ndayishimiye poursuit ainsi la politique d’auto-isolement de son prédécesseur, Pierre Nkurunziza, décédé le 8 juin dernier, vraisemblablement du Covid, une maladie dont il s’obstinait à assurer le Burundi protégé “par Dieu” en raison de sa piété. C’est le seul point sur lequel, en près de quatre mois de pouvoir, le président Ndayishimiye a modifié la politique de son prédécesseur. Cette lutte se fait toutefois “dans l’opacité”, regrettait, fin septembre, un rapport conjoint de la société civile burundaise à l’issue des 100 premiers jours de pouvoir du nouveau Président.

Ce rapport indique que “le changement de visage” à la tête de l’État avait suscité quelques espoirs d’amélioration chez des Burundais ; “ils n’ont pas attendu longtemps pour déchanter”. Le nouveau Président a, en effet, exclu l’opposition de la gouvernance du pays. Il s’est éloigné des équilibres ethniques Hutus/Tutsis prévus par l’Accord d’Arusha – qui avait mis fin à la guerre civile (1993-2005 ; 300 000 morts) – en écartant les Tutsis du pouvoir. “Une tendance d’autant plus paradoxale que le régime du CNDD-FDD (le parti au pouvoir depuis 2005) exige (NDLR : maintenant) les équilibres ethniques même dans les sphères privées comme celles des ONG”, alors que seul le public est concerné dans l’Accord de paix.

Le nouveau Président a militarisé les institutions en nommant des officiers parfois objet de sanctions internationales à des postes clés, comme ceux de Premier ministre et ministre de l’Intérieur, et des personnes accusées de crimes comme gouverneurs de province.

S’agissant des droits de l’homme, leurs violations “ont atteint des proportions alarmantes” depuis l’arrivée au pouvoir du président Ndayishimiye, dit ce rapport : du 18 juin au 25 septembre, 278 personnes ont été “assassinées”, dont 26 femmes et autant de mineurs ; 22 “enlevées et portées disparues” ; 44 “torturées”, 41 “blessées” ; 302 ont été “victimes d’arrestation et détention arbitraires”.

Le discours de haine contre l’ethnie tutsie continue d’être toléré et entretenu par le régime, qui ne fait toujours rien pour contrôler les nombreuses exactions perpétrées par sa milice, les Imbonerakure.

Quant à la corruption, elle continue sur sa lancée : le 25 septembre, le président Ndayishimiye a dispensé lui-même et les membres du gouvernement de faire la déclaration de patrimoine exigée par la Constitution à laquelle le chef de l’État a juré fidélité : “la richesse de chacun doit demeurer son ultime secret”, a-t-il déclaré, souligne le rapport de la société civile.

Pas de vision, pas de projet

Enfin, alors que les Burundais s’attendaient à un rapprochement de M. Ndayishimiye de la communauté internationale en vue de la reprise des coopérations, il maintient le discours anti-occidental de son prédécesseur et n’y a pas eu la libération des détenus politiques et d’opinion espérée par les partenaires traditionnels du Burundi.

On note que le gouvernement ne se réunit qu’une fois par mois et est dépourvu de vision politique et de projets. Logiquement, ce vide aggrave la situation économique, déjà bloquée par le manque de devises.

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