Mali: la Cedeao lève ses sanctions contre le pouvoir militaire de Bamako

Mali: la Cedeao lève ses sanctions contre le pouvoir militaire de Bamako

Par Marie-France Cros.

Sept semaines après le “coup d’Etat des colonels” au Mali, Bamako avait annoncé lundi soir la composition de son gouvernement “de transition”.

Aux militaires et ex-militaires déjà en poste – le chef de l’Etat, le colonel-major en retraite Bah N’Daw; le vice-Président, le colonel Assimi Goita, chef de la junte putschiste; et le Premier ministre, le colonel en retraite Moctar Ouane – viennent s’ajouter quatre nouveaux colonels (dont trois membres de la junte) à la Défense, la Sécurité, la Réconciliation nationale et l’Administration territoriale.

Moins que ce que les civils exigeaient

Les efforts de diversification consentis par la junte pour tenter de satisfaire la communaité internationale, opposée au putsch, se traduisent par l’attribution de quatre portefeuilles à des femmes; deux à l’ex-rébellion touarègue (Agriculture et Pêche, Jeunesse et Sports); deux aux ex-milices pro-Bamako opposées aux Touaregs (Travail, Maliens de l’extérieur) ainsi que le poste de porte-parole du gouvernement; trois maroquins vont à la coalition civile qui avait organisé les manifestations contre le président déposé Ibrahim Boubacar Keïta, dit “IBK”, soit moins que ceux des militaires, contrairement à ce qu’elle exigeait.

Ce à quoi les militaires ont renoncé

La junte a renoncé aux “trois ans” de transition qu’elle avait d’abord annoncés, pour accepter, lors de négociations avec la Cedeao, “18 mois maximum” à compter du 15 septembre.

Elle a supprimé sa première décision qui faisait du vice-Président – chef de la junte – le remplaçant du chef de l’Etat si celui-ci était empêché. Elle a aussi renoncé à confier la Défense, la Sécurité et la Refondation de l’Etat à ce même chef de la junte, pour les attribuer à d’autres membres de celle-ci.

La Cedeao qui avait, elle, renoncé à demander le rétablissement de l’impopulaire Président déposé, a cependant levé ses sanctions pour « soutenir » la transition vers un régime civile. Elle continue cependant à réclamer la dissolution de la junte et la libération des militaires et civils arrêtés lors du putsch.

Dures sanctions économiques

Celles-ci, décrétées au lendemain du putsch étaient sévères, alors que le Mali, pays pauvre, était secoué depuis des mois par des protestations populaires contre, précisément, la pauvreté ainsi que la corruption qui l’aggrave.

Les transferts financiers du Mali étaient bloqués ainsi que ses frontières avec les voisins – une catastrophe pour ce pays enclavé. Bamako n’avait plus voix au chapitre dans les décisions de la Cedeao. Certains économistes maliens craignaient que le gouvernement malien soit, sous peu, incapable de payer les salaires des fonctionnaires, ce qui aurait frappé durement les commerçants qui vivent largement de cette classe moyenne. Nombre d’entre eux étaient déjà entravés par le blocage aux frontières de leurs marchandises ainsi que du matériel nécessaire pour faire tourner la production manufacturière locale;  des mises au chômage étaient redoutées. Sans compter que l’importante population d’éleveurs ne pouvait plus vendre son bétail dans les pays voisins.

Lundi, le Mali – qui y est éligible – n’avait pas été retenu parmi les 28 pays les plus pauvres qui bénéficieront d’une aide d’urgence du FMI (allègements de dette et fonds pour lutter contre le Covid) en raison du “manque de clarté pour savoir si la communaité internationale reconnaît” le gouvernement proposé par la junte.

Ce dernier est officiellement chargé d’organiser des élections générales, de redresser l’Etat et de rétablir la sécurité sur tout le territoire, dont Bamako ne contrôle plus que le tiers sud.

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