Guinée : Les forces de l’ordre tuent en toute impunité

Guinée : Les forces de l’ordre tuent en toute impunité

C’est un rapport très documenté de l’ONG Amnesty International, intitulé « Marcher et Mourir. Urgence de justice pour les victimes de la répression des manifestations en Guinée », qui tire ce  constat à un peu plus de deux semaines de l’élection présidentielle  du 18 octobre.

Un scrutin présidentiel dont le grand favori n’est autre que l’actuel président Alpha Condé, 82 ans, ex-opposant devenu président en 2010 et réélu en 2015 pour un second et dernier mandat de 5 ans selon la Constitution guinéenne qu’il est parvenu à triturer pour s’offrir le droit de se représenter une nouvelle fois… au moins.

Un passage en force qui a mobilisé des milliers de Guinéens qui n’ont pas hésité à descendre dans la rue pour crier  leur opposition à ce troisième mandat et face à ce qu’ils considèrent comme une manipulation de la Constitution.

Des manifestations souvent violemment réprimées par les forces de l’ordre qui n’ont pas hésité à tirer à balles réelles sur la foule. Entre octobre 2019 et juillet 2020, au moins 50 personnes ont été tuées lors de ces manifestations et lors de marches de protestation contre le
manque d’électricité ou la gestion des barrages sanitaires mis en place pour lutter contre le Covid-19. Toujours selon ce rapport, qui a recensé une centaine de témoignages à Conakry mais également un peu partout dans le pays, près de deux cents personnes ont été blessées, certaines vivant aujourd’hui avec des séquelles graves, comme en témoignent certain es personnes interrogées par AMnesty international dans le cadre de cette enquête.

« Sur toute l’étendue du territoire, au moins 70 arrestations, détentions arbitraires ou détentions au secret ont ciblé les voix dissidentes, coupables d’avoir exercé leur droit à la liberté d’expression ou au rassemblement pacifique pour dénoncer les dérives autoritaires du pouvoir », fustige le rapport qui explique aussi que certaines actions ont visé précisément des figures du Front national de défense de la constitution (FNDC) en ont été victimes.

Systématiquement, selon l’enquête d’Amnesty International rendue publique ce jeudi 1 octobre 2020, les méfaits sont à mettre à l’actif des membres de forces de police ou de l’armée l’ordre ou des services de sécurité officiels. Le texte pointe aussi du doigt le fait que « des militaires ont  participé au maintien de l’ordre lors de manifestations en violations des textes nationaux, et les forces de défense et de sécurité étaient munis d’armes létales contrairement aux engagements répétés des plus hautes autorités ». Et de poursuivre en épinglant le fait qu’au moins 10 manifestations ont été interdites par les autorités, en violation  du droit à la liberté de réunion pacifique. Une quarantaine de personnes ont été victimes de détention au secret, au camp militaire de Soronkoni, dans la région de Kankan ».

Face à ces violations des droits des opposants et aux meurtres en série de manifestants par des hommes des forces officielles de l’Etat, Amnesty international « en appelle aux autorités guinéennes pour qu’elles conduisent des enquêtes indépendantes et impartiales sur tous les homicides illégaux et autres violations des droits humains commis lors de manifestations entre octobre 2019 et juillet 2020, et de traduire en justice leurs auteurs ». Amnesty International appelle aussi les autorités à créer un fonds pour subvenir aux frais médicaux des personnes gravement blessées lors des manifestations. Pour montrer leur détermination à mettre fin à ce cycle de violence, les autorités  pourraient accepter la présence lors des manifestations d’observateurs clairement identifiables, autorisés à observer et à filmer, y compris les opérations des forces de défense et de sécurité »
Le rapport insiste aussi sur le rôle des grands acteurs internationaux pour éviter que la situation empire encore. « Les partenaires internationaux, Union européenne et États-Unis en tête », peut-on lire dans le document d’Amnesty International, « doivent continuer de dénoncer les violations des droits humains et rappeler les obligations internationales de la Guinée en la matière. Les éventuels appuis multiformes aux forces de défense et de sécurité doivent être revus à la lumière de l’implication de certaines de ces forces dans la violation répétée de droits humains. Leur appui à la justice doit continuer de prioriser la lutte contre l’impunité des crimes et autres violations des droits humains »,

Que pensez-vous de cet article?

Derniers Articles

Journalistes

Dernières Vidéos