Rwanda : “La Belgique ne peut abandonner Paul Rusesabagina”

Rwanda : “La Belgique ne peut abandonner Paul Rusesabagina”

L’opposant au régime rwandais est coupé de sa famille depuis son arrestation surprenante à la fin du mois d’août.

Comment Paul Rusesabagina s’est-il retrouvé à Kigali à la fin du mois d’août ?
L’homme, devenu opposant au régime du président rwandais Paul Kagame, dispose d’une notoriété mondiale depuis qu’un long-métrage hollywoodien – Hotel Rwanda – a mis en lumière son action lors du génocide rwandais de 1994. Paul Rusesabagina a sauvé la vie de plus de 1200 personnes durant ces jours de génocide au pays des milles collines.
Le 31 août, Paul Rusesabagina est apparu menotté devant les caméras de la télévision rwandaise. Le procureur rwandais a alors lu son acte d’accusation. L’homme doit répondre de terrorisme, d’incendies, d’enlèvements et de meurtres.
Selon les propos du président rwandais, Paul Rusesabagina serait rentré de son plein gré au Rwanda. “Permettez-moi d’éliminer le mot kidnapping parce que ce n’était pas le cas. Rusesabagina en témoignera lui-même. Il n’y a pas eu d’enlèvement, il n’y a eu aucun acte répréhensible dans le processus de son arrivée au Rwanda”, a expliqué le président rwandais.
Kidnapping ?
Une version que rejettent Carine Kanimba, sa fille adoptive, et son avocat Me Vincent Lurquin. Les deux parlent, eux, ouvertement d’un rapt. “Avant ces événements, la dernière fois que nous avons discuté avec mon père, il était encore aux États-Unis et il s’apprêtait à décoller pour Dubaï, explique sa fille. On ne discute jamais ouvertement au téléphone parce que nous savons que nous pouvons être sur écoute, où qu’il se trouve. Mais il n’était pas question d’un voyage en Afrique”, poursuit-elle.
“Mon client savait pertinemment bien qu’il serait arrêté s’il posait un pied sur le sol rwandais. Il a été kidnappé, cela ne fait aucun doute”, explique son avocat belge qui entend tout faire pour se rendre “rapidement” au Rwanda. “J’espère que les autorités belges nous aideront”, lâche-t-il, avant d’évoquer “un viol absolument inacceptable du droit international. Notre pays doit pouvoir dire qu’on ne peut accepter un tel viol du droit international. Son arrestation n’est évidemment absolument pas conforme au droit international. Je pense que les conditions de son arrestation font que tout procès qui aurait lieu au Rwanda serait inacceptable”“Jusqu’où peut se permettre d’aller Paul Kagame ?” interroge-t-il, enfin en rappelant que la Belgique ne peut faire “comme si ce dossier n’existait pas” en rappelant que Paul Rusesabagina avait fui le Rwanda, demandé et obtenu en 1996 le statut de réfugié politique chez nous (“Cela signifie que la Belgique doit le protéger”) avant d’obtenir la nationalité belge.
Un statut et un lien avec notre pays que ne nient pas les autorités rwandaises qui ont autorisé une visite consulaire des services diplomatiques belges. “Si le Rwanda estimait qu’il s’agit d’un problème rwandais concernant un ressortissant rwandais au Rwanda, il n’y aurait pas de raison d’autoriser cette visite”, poursuit l’avocat. Du côté des Affaires étrangères belges, on se contentait ce lundi de confirmer la visite consulaire “de mardi dernier” avant de poursuivre : “On suit la situation de près.” Mais pas question d’évoquer une quelconque intervention de Bruxelles à Kigali. “Il faut voir avec les avocats de Paul Rusesabagina”, se contentait-on d’expliquer.
Président de parti d’opposition
Pourquoi le régime rwandais, régulièrement accusé de chercher à exécuter ses opposants même à l’étranger, aurait-il fait rentrer Paul Rusesabagina au pays. Loin de l’image du manager qui sauve des vies dans un hôtel en plein génocide, l’opposant, depuis son exil, qu’il passe essentiellement entre la Belgique et les États-Unis, a fondé un parti politique très critique vis-à-vis du président rwandais. Il serait même lié à une branche armée qui aurait perpétré des attaques militaires au Rwanda.
Une version que nie sa fille qui veut voir dans son père adoptif “un Hutu qui a épousé une Tutsie et qui a notamment adopté une fille tutsie. Il a toujours œuvré au rapprochement entre les deux communautés”. Pour Vincent Lurquin, son client est devenu un homme gênant pour le pouvoir de Kigali par sa notoriété. “C’est un symbole qu’on veut abattre. On veut notamment le faire passer pour un négationniste, c’est surréaliste.”
“On craint pour sa vie, pour sa santé”
Paul Rusesabagina a été inculpé hier pour terrorisme, meurtre et financement de rébellion par un tribunal de Kigali. Visiblement éprouvé, il a demandé au tribunal une remise en liberté sous caution, affirmant avoir besoin de soins médicaux “constants”, mais l’accusation a estimé qu’il présentait un risque de fuite à l’étranger. Le tribunal se prononcera sur sa requête ce jeudi. Sa fille avait évoqué ses soucis de santé. “Dans une communication téléphonique depuis son arrestation, il nous a dit qu’il avait ce qu’il fallait comme traitement, mais on sentait qu’il ne pouvait pas parler librement. Je suis très inquiète pour sa santé et pour sa vie.”

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