RDC: il y a 60 ans, le colonel Mobutu « neutralisait » le président Kasa-Vubu et Lumumba

RDC: il y a 60 ans, le colonel Mobutu « neutralisait » le président Kasa-Vubu et Lumumba

Il y a 60 ans, le colonel Joseph-Désiré Mobutu menait son premier coup d’Etat militaire dans le jeune Etat du Congo, deux mois et demi après l’indépendance de l’ex-colonie belge, un putsch qui a mené à l’ »élimination politique » de l’éphémère Premier ministre Patrice Emery Lumumba et a conduit à son assassinat en janvier suivant. Ce coup d’Etat du 14 septembre 1960 trouve notamment son origine dans le partage du pouvoir instauré par la loi fondamentale (Constitution) élaborée par le parlement belge pour servir de cadre juridique provisoire, avant l’adoption d’une Constitution rédigée par les Congolais eux-mêmes.

Le chef de l’Etat est Joseph Kasa-Vubu, de l’ABAKO, largement élu le 22 juin premier président de la République du Congo, alors que M. Lumumba, chef de fille du Mouvement national congolais (MNC), devient Premier ministre, fort de la victoire relative obtenue avec l’aide de ses alliés lors des élections législatives du 22 mai 1960.

Mais les deux dirigeants entrent en conflit début septembre, dans un contexte tendu par la mutinerie survenue au sein de l’ex-Force publique (l' »armée du Congo belge »), dont les officiers sont blancs et les soldats noirs, l’intervention militaire belge après le début de l’exode des Européens et le soutien apporté par Bruxelles à la sécession des provinces du Katanga (sud-est) et du Sud-Kasaï. Ils rompent ainsi la solidarité affichée durant plusieurs semaines, sur fond de déploiement des premiers Casques bleus de l’opération de l’ONU au Congo (ONUC).

Le 5 septembre, à 20h00, la radio interrompt ses programmes: le président Kasa-Vubu annonce à la radio la révocation du Premier ministre Lumumba et la nomination d’un nouveau Premier ministre.

La décision est contresignée par deux ministres, comme le veut la loi fondamentale, mais a postériori seulement.

Patrice Lumumba prend à son tour la parole à 21h15, accusant M. Kasa-Vubu de « trahison » et annonçant que le président n’est plus le chef de l’Etat. Le lendemain, le gouvernement Lumumba accuse le président de haute trahison.

Après une semaine de guérilla parlementaire ponctuée d’une arrestation de M. Lumumba le 12 septembre – il est ensuite libéré par des soldats qui lui sont restés fidèles – le président Kasa-Vubu ajourne les Chambres le 14 septembre et nomme le colonel Mobutu chef de l’armée nationale congolaise (ANC).

Le Congo possède alors deux gouvernements rivaux, deux légalités opposées et deux délégations à l’ONU, comme le rappelle lundi la RTBF.

Quelques heures plus tard, à 20h30, Mobutu, un ancien enrôlé dans la Force publique ayant touché au journalisme, exécute son premier coup d’Etat. Il déclare la « neutralisation » des politiciens et affirme: « pour sortir le pays de l’impasse, l’armée congolaise a décidé de neutraliser le chef de l’Etat, les deux gouvernements rivaux en présence, ainsi que les deux Chambres jusqu’à la date du 31 décembre 1960. Il ne s’agit pas d’un coup d’Etat militaire, mais plutôt d’une simple révolution pacifique pour sauver le pays du chaos ». Mais le président Kasa-Vubu est rappelé à la tête de l’Etat congolais.

Le 19 septembre, le colonel Mobutu instaure un collège des commissaires généraux remplaçant les organes du pouvoir.

Il accuse ensuite Lumumba de sympathie pro-communiste. Le Premier ministre déchu tente de s’enfuir à Stanleyville (actuellement Kisangani), mais est rattrapé en chemin par les soldats. Mobutu le fait mettre en prison, où il est maltraité et torturé. Il est ensuite envoyé au Katanga sécessionniste de Moïse Tshombe, où il est assassiné le 17 janvier 1961.

Mobutu conserve le commandement de l’ANC qui fait face à plusieurs rébellions qu’il finit par vaincre avec l’aide des États-Unis.

Après les élections de mars 1965, une lutte pour le pouvoir a vu le jour entre MM. Tshombe et Kasa-Vubu, causant la paralysie du gouvernement. Devenu général, Mobutu organise alors un second coup d’État le 24 novembre 1965, qui lui permet d’établir un contrôle personnel sur le Congo.

Il a dirigé le pays – ensuite rebaptisé Zaïre – d’une main de fer durant près de 32 ans, jusqu’en mai 1997, avant de fuir l’offensive d’une rébellion soutenue par le Rwanda , le père de l’ancien président, et décéder le 7 septembre suivant en exil au Maroc.

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