La colonisation vue par le sénat burundais: les maux du régime sont attribués aux colonisateurs, qui devront « réparer »

La colonisation vue par le sénat burundais: les maux du régime sont attribués aux colonisateurs, qui devront « réparer »

Par Marie-France Cros.

Le régime CNDD-FDD (ex-guérilla hutue) au pouvoir depuis 2005 au Burundi a connu un durcissement depuis 2015 et la répression des nombreux opposants à un troisième mandat du président Pierre Nkurunziza, interdit par l’Accord de paix d’Arusha qui avait mis fin à la guerre civile (1993-2005 ; 300 000 morts).

Après les élections extraordinairement frauduleuses de mai dernier – tenues alors que la crédibilité du régime est tombée au plus bas auprès des Burundais, dont 75 % vivent sous le seuil de pauvreté contre 65 % en 2005 – le CNDD-FDD a mis sur pied un nouveau gouvernement, plaçant à l’avant-plan les militaires qui gouvernaient jusqu’ici derrière Nkurunziza, mort en juin.

C’est dans ce contexte que le sénat burundais a publié, le 31 juillet, un communiqué à l’issue d’une “retraite” de deux jours sur les conséquences de la loi-cadre belge du 21 août 1925, rattachant le Ruanda-Urundi – ex-colonie allemande sous mandat de la Société des Nations depuis 1918 – à la colonie belge du Congo.

Tous les maux du Burundi 

Pour le sénat burundais, c’est de cette loi que découlent “l’ethnicisation de la société burundaise”, la “haine intercommunautaire”, les crises socio-politiques qui ont “engendré des crimes, l’exil et le sous-développement”, l’exclusion des Hutus “dans tous les secteurs du pays”, la paupérisation de la population.

“L’administration belge, en collaboration avec les missionnaires catholiques, belge (sic) s’est arrogé le droit de déterminer la coutume applicable”, en écartant certaines comme “barbares”. “Des peines cruelles, inhumaines et dégradantes furent introduites comme peines disciplinaires telles le fouet et la prison”.

À la suite de ce constat, les participants à la retraite ont adopté des “recommandations” à l’égard de leur gouvernement, de l’Église, de l’Onu, des États-Unis, de l’Allemagne et de la Belgique.

Nous relevons, à l’adresse du gouvernement burundais, les recommandations de retrouver “les valeurs philosophico-culturelles” précoloniales ; “exiger des réparations à tous les responsables de la colonisation et de la réforme administrative belge” ; “organiser une retraite à l’intention des diplomates accrédités au Burundi, des diplomates burundais accrédités à l’étranger et des représentants des confessions religieuses pour avoir une même lecture de l’histoire coloniale du Burundi” ; “initier rapidement mais efficacement des projets de développement de grande envergure” pour lutter contre la pauvreté.

Enfin, alors que le régime a tenté, depuis 2015, de réveiller le conflit ethnique de la guerre civile, dans l’espoir de pouvoir compter sur l’appui inconditionnel de la population hutue, plus nombreuse, les participants à la retraite, très majoritairement CNDD-FDD, demandent au gouvernement d’”envisager un plan global d’harmonisation sociale pour résoudre à jamais la radicalisation ethnique”.

L’Allemagne et la Belgique doivent “envisager” de “demander pardon au peuple burundais” et de fournir une réparation “financière pour l’injustice, les morts, les confiscations et les destructions”. Ainsi qu’”enseigner depuis l’école primaire jusqu’à l’université l’histoire coloniale du Burundi”.

424 vaches : 43 milliards de dollars

Berlin doit “envisager la réparation, particulièrement pour le tribut de 424 vaches imposé arbitrairement au Roi” burundais en 1903 et que le sénat burundais évalue à “environ 43 milliards de dollars américains” (sic), soit 36 milliards d’euros.

Pas de demande chiffrée envers la Belgique mais elle est priée de “créer un cadre de discussion” en vue du “rapatriement des archives sur le Burundi” et une commission d’études pour déterminer comment “le Burundi pourra déconstruire la réalité sociale sur les “ethnies” telles que conçues par les missionnaires catholiques et mises (à) exécution par les Belges au Burundi”. Elle devra aussi faire étudier par une commission quels textes légaux hérités de la colonisation sont toujours en vigueur au Burundi “afin de voir si le Burundi en a toujours besoin”.

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