Maroc: inquiétude et critiques face à la hausse des infections au coronavirus

Maroc: inquiétude et critiques face à la hausse des infections au coronavirus

Avec plus d’un millier de cas quotidiens depuis début août, la hausse des contaminations au nouveau coronavirus au Maroc alimente l’inquiétude et les critiques des médias locaux sur la gestion de la crise sanitaire.

« Le Maroc à rude épreuve », « spirale infernale », « peur sur les villes », « le gouvernement marche sur des cadavres »… Sous des titres chocs, la presse pointe un relâchement dans le respect des mesures de prévention, les multiples défaillances de la prise en charge des patients, le déficit de communication des autorités ou les contradictions d’une stratégie globale largement déléguée aux responsables sécuritaires.

La semaine dernière, le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a mis en garde contre la « tendance à la hausse » des contaminations, des cas graves et des décès, appelant le royaume « à faire plus pour renverser la tendance ».

Le Maroc a enregistré mercredi plus de 1.500 nouveaux cas et 29 décès, portant le bilan à 46.313 infections, dont 743 décès et 31.576 guérisons.

Pour lutter contre la propagation du virus, plusieurs quartiers ont été bouclés à Tanger, Casablanca, Marrakech ou Rabat, avec déploiement de blindés, de barrages routiers et de patrouilles de contrôle. De nouvelles mesures de restrictions sont attendues jeudi, selon une source au ministère de l’Intérieur.

– « Pénurie de ressources humaines » –

La capitale économique « Casablanca bat tous les records » de contaminations « et la situation empire de jour en jour », a constaté mercredi le site semi-officiel 360 en soulignant « le nombre affolant de cas détectés post-mortem ».

A Marrakech, des activistes et des professionnels de la santé ont lancé deux hashtags (#Sauvez_Marrakech et #Marrakech_étouffe) pour alerter sur la situation sanitaire déplorable de la ville et sur l’effondrement économique lié au déficit touristique depuis la fermeture des frontières.

Sous le feu des critiques, le ministre de la Santé, Khalid Ait Taleb, s’est rendu sur place en urgence mercredi soir et a promis de « rationaliser les structures hospitalières » et de « restructurer » la prise en charge des patients infectés, selon l’agence officielle MAP.

« Nous payons le prix d’un déconfinement sans respect des mesures barrières, mais aussi celui de tous les problèmes dont souffre notre système de santé qui ne détecte les nouveaux cas que très tardivement », a estimé le médecin chercheur en politiques sanitaires, Tayeb Hamdi, dans un récent entretien avec le site « Goud.ma ».

Si les autorités ont augmenté à 3.000 le nombre de lits en réanimation et acquis des lots de respirateurs artificiels, le site Médias24 pointe lui la « pénurie de ressources humaines », avec seulement 200 anesthésistes réanimateurs dans le secteur public.

« Le système sanitaire souffre actuellement d’un manque » de personnel, a reconnu fin juillet lui-même le ministre de la Santé, Khalid Ait Taleb, tout en pointant une situation épidémiologique « inquiétante ».

Aux louanges quotidiennes de mise dans les médias locaux au début de la pandémie ont succédé des rafales de critiques.

Ainsi, un cafouillage sur les congés du personnel médical, autorisé à s’absenter puis rappelé en urgence, a fait couler beaucoup d’encre.

– « Scénario catastrophe »-

La défiance est telle que des internautes doutent de la réalité des chiffres officiels de contaminations. Certains ne se font pas tester de peur d’être hospitalisés ou de perdre leur emploi mais d’autres ne parviennent pas à se faire dépister, selon des témoignages.

« Je suis diabétique et je suis venu me faire dépister, mais on m’a dit de rentrer chez moi car il n’y a pas de tests », s’indigne un homme dans une vidéo tournée par le site Rue20 à l’entrée d’un hôpital de Marrakech.

Les chiffres et les critiques sur la stratégie sécuritaire se sont emballés début août après la célébration de l’Aïd al-Adha, la grande fête musulmane du sacrifice traditionnellement marquée par des réunions familiales.

L’annonce surprise de l’interdiction d’entrer et de sortir de huit villes, à la veille de la fête, a provoqué un mouvement de panique sur les routes du pays sans pour autant dissuader les Marocains de renoncer aux retrouvailles traditionnelles.

Si depuis, certains médias appellent à des mesures sécuritaires « vigoureuses » pour éviter « un scénario catastrophe », d’autres évoquent la colère des personnes reconfinées, après trois mois de confinement sévère au printemps dernier.

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