RDC : Moïse Ekanga plaide pour une collaboration avec… la Belgique

RDC : Moïse Ekanga plaide pour une collaboration avec… la Belgique

Moïse Ekanga, un nom synonyme de… contrats chinois en République démocratique du Congo et dans le monde des affaires qui observe, ne fût-ce qu’un tantinet, ce qui se passe dans ce géant d’Afrique centrale. Proche de Kabila, l’homme, élu député national de Lomela sur la liste du PPRD puis sénateur du Sankuru en mars 2019, comme indépedant, demeure aussi et surtout le coordonnateur du Bureau de coordination et de suivi du programme sino-congolais, alias BCPSC, alias le “contrat chinois”.


Un contrat signé le 22 avril 2008 entre l’État congolais et un groupement d’entreprises chinoises (deux entreprises étatiques et une société privée de droit chinois). De ce contrat naîtra la Socomines SA, la joint-venture constituée par le gouvernement congolais (représenté ici par la Gécamines) et le Groupe des entreprises chinoises (GEC). Les Chinois détenant 68 % de cette joint-venture, pour 32 % à la Gécamines.

Le système mis en place est relativement simple et répond à la fois aux besoins de la Chine de se garantir l’accès aux matières premières dont elle a besoin pour faire tourner son secteur industriel, tout en se protégeant contre les risques que la dette contractée par la RDC ne soit jamais honorée. La RDC peut, via ce contrat, financer les infrastructures dont elle a besoin pour son développement. C’est donc un système de troc dans lequel ce sont les bénéfices futurs de la Socomines SA qui serviront à rembourser les travaux d’infrastructures. “Une fois la dette effacée, les installations et les concessions seront transférées à l’État congolais après concertation”, explique Moïse Ekanga.

Plus de 12 ans après la signature de ce “contrat du siècle”, on peut dire, M. Ekanga, que tout ne s’est pas déroulé comme prévu ?
Tout n’a pas été parfait mais je pense que nous progressons de manière satisfaisante. Si les travaux d’infrastructures ont pu commencer rapidement, dès 2009, la production minière, elle, a mis beaucoup plus de temps à se mettre en route. Ce n’est qu’en 2016 que la production a réellement pu commencer pour la Socomines. La production minière, c’est un processus lourd, sans oublier que la RDC connaît de gros soucis d’énergie. Or, les mines ont besoin de beaucoup d’énergie. Les travaux d’infrastructure, qui sont vitaux, car je dis toujours que la route du développement passe par le développement de la route, ont commencé essentiellement dans les zones les plus facilement accessibles comme le Katanga, le Bas-Congo ou Kinshasa. Le centre du pays n’est pas oublié mais il est difficilement accessible et nous avons dû freiner le rythme des travaux d’infrastructure tant que les investissements dans le secteur minier ne rapportaient pas car la RDC ne pouvait alors pas rembourser les investissements réalisés par les entreprises chinoises. Si nous ne pouvions rembourser, la charge de la dette s’accumulait. C’était un cycle dangereux.

Le contrat chinois prévoit que 6,6 milliards de dollars soient apportés par les partenaires chinois ?
Oui, 3 milliards pour les infrastructures et 3,6 milliards pour le projet minier.

Concrètement, qu’est-ce qui a été investi jusqu’à aujourd’hui ?
On a décaissé 900 millions de dollars pour les infrastructures, intérêts compris, et 1,8 milliard pour les investissements miniers.

Vous dites que la production minière a commencé fin 2015. Pouvez-vous nous donner une idée de ce qui a été produit.
Je peux vous dire que les bénéfices vont croissants malgré les fluctuations des cours des matières premières. En 2016, le bénéfice a flirté avec les 100 millions de dollars. On a triplé ce chiffre en 2017, et on a atteint les 400 millions de dollars de bénéfices en 2018 et 2019.

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Comment sont ventilés ces bénéfices ?
Tout est très transparent. 35 % de ces bénéfices vont au paiement de dividendes aux actionnaires et 65 % servent au remboursement des emprunts, capital et intérêt.

Où vont ces 35 % de bénéfices qui reviennent à l’État congolais ?
C’est argent va à la Gécamines.

Pas dans les caisses de l’État congolais ?
Le contractant, ce n’est pas l’État congolais mais la Gécamines.

Le souci de fourniture énergétique vous a obligé à revoir vos prétentions à la baisse.
En effet, vu ce souci d’approvisionnement en énergie électrique, l’objectif de production de 250 000 tonnes de cuivre par an a été revu à la baisse. Les partenaires chinois et congolais se sont entendus pour investir pour la première phase dans des installations industrielles d’une capacité de production de 125 000 tonnes par an en attendant l’accroissement de l’offre énergétique qui passe par la construction d’une centrale hydroélectrique à Busanga.

La population locale de Busanga, dans la province du Lualaba, doit quitter ses terres face à la construction de la retenue d’eau pour la centrale hydroélectrique. Elle se plaint du peu qu’elle reçoit pour cette expropriation…
Les soucis pour les habitants de Busanga ont été réglés. Aujourd’hui, la Gécamines et le ministère des Mines travaillent sur les questions relatives aux personnes qui y exploitaient des carrés miniers. Si ces exploitants sont dans leur bon droit, ils recevront un autre carré minier. Les autres ne recevront rien.

La centrale hydroélectrique sera financée par les Chinois alors qu’initialement l’État congolais devait investir 50 % ?
En effet, le budget de ce projet estimé à 656 millions de dollars devait être financé à parts égales entre la RDC et la Chine. Mais en 2014, le président Kabila a promulgué la loi sur la libéralisation du secteur de l’électricité. Laquelle permettait notamment à l’État congolais de chercher des investisseurs privés plutôt que d’engager des millions de dollars destinés au financement des projets d’infrastructure. Les actionnaires chinois de Socomines SA ont pris la résolution de signer un contrat de concession avec le gouvernement congolais pour le développement du projet de Busanga. Ce projet est totalement financé par les Chinois, lesquels détiennent 75 % des parts et ont cédé 25 % aux entreprises d’État et privées congolaises via un système de portage. Busanga doit permettre la production de 240 mégawatts. Le projet minier a besoin de 170 mégawatts, il sera donc possible de réinjecter 70 mégawatts sur le réseau national qui viendront s’ajouter aux 50 mégawatts fournis jusqu’ici par la SNEL (société nationale d’électricité) au projet minier. C’est donc un projet très important pour l’avenir énergétique du pays.

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A vous entendre, ce contrat du siècle est très avantageux pour toutes les parties. Pourquoi ne pas avoir multiplié ce genre d’initiative avec d’autres partenaires  ?
Nous avons reçu des demandes mais nous sommes bloqués parce que nous ne disposons pas à ce jour de concessions minières ayant des réserves prouvées. Nous savons que nous disposons d’un potentiel important mais nous ne pouvons pas le chiffrer scientifiquement.

Pourquoi ne pas investir dans ce genre de recherches ?
Le ministère de Mines a signé un contrat avec la société espagnole Excalibur qui dresse des cadastres miniers mais, une fois de plus, s’est posé un problème de financement. Du coup, ce projet n’a toujours pas commencé.

On vous sent un peu désabusé face à ce constat ?
Si nous ne changeons pas de mentalité, nous n’évoluerons pas. Vous avez vu la place de la RDC dans le classement mondial du doing business ? Ce n’est pas encourageant. Comment voulez-vous attirer les investisseurs s’ils n’ont pas la garantie d’opérer avec sérénité et d’être à l’abri des tracasseries administratives et judiciaires. J’ai vu défiler des hommes d’affaires très intéressés. La journée, ils rencontrent les officiels qui leur présentent une certaine vision du potentiel du pays mais la nuit, ils voient les opérateurs économiques qui travaillent sur le terrain et qui leur expliquent les difficultés auxquelles ils sont confrontés. Dans ce contexte, c’est très compliqué de faire venir des investisseurs. La RDC est évidemment responsable de cette situation mais je pense que la Belgique a aussi un rôle à jouer. Je suis très sérieux. Vous connaissez le pays mieux que les autres et votre voix est écoutée dans toute l’Europe et même aux États-Unis. Il est important que nous puissions retravailler ensemble, chacun faisant sa part. Je ne demande pas aux Belges de faire tout le travail à notre place mais ce sera plus facile de commencer avec des gens que l’on connaît.

Voilà une invitation surprenante dans le chef d’un homme souvent considéré comme anti-occidental ?
Cette image est née avec le contrat chinois. Je suis un pragmatique. Je suis prêt à travailler avec tout le monde si c’est pour le bien de mon pays.

Le contrat chinois est basé sur la production et la vente de cuivre et de cobalt, pourtant, initialement, lors de vos premiers voyages en Chine vous cherchiez à commercialiser d’autres matières ?
C’est exact, en 2007, quand nous avons commencé les discussions avec la Chine, nous pensions leur vendre du chrome et du nickel. Les Chinois étaient intéressés. Ils sont allés dans le Kasaï, où se trouvent ces matières premières. Ils ont fait des prélèvements qui étaient très positifs. Mais il n’y avait pas d’électricité du tout au Kasaï, le projet n’est pas allé plus loin et nous nous sommes tournés vers le cuivre et le cobalt. Ce qui signifie que lorsque nous aurons de l’électricité, il y a là un vrai potentiel.

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Le 6 août dernier, l’ONG britannique Global Witness a critiqué un contrat passé entre la Gécamines et une société chinoise (CNMC) pour le projet minier de Deziwa. Un projet qui porte sur 4,6 millions de tonnes de cuivre et 420 000 tonnes de cobalt et qui prévoit un investissement de 880 millions de dollars de la société chinoise sous forme de prêt. Après quoi, les infrastructures doivent être transférées à la Gécamines (qui possède 49 % des parts de la nouvelle société Somidez, pour 51 % à son partenaire chinois). Mais il y a un souci pour l’ONG britannique : CNMC veut réaliser au préalable des “bénéfices raisonnables”. Or, faute de chiffres et de date, difficile de savoir si ce mégacontrat est équitable. Vous pouvez rassurer l’ONG ?
Selon les informations qui m’ont été transmises par la Gécamines, les choses sont très claires. Au bout de 9 ans, les Chinois auront récupéré leur mise avec bénéfices et l’ensemble des infrastructures sera alors transféré à la Gécamines. Ce sera peut-être même plus rapide, les calculs sont faits sur un prix de 5 000 dollars la tonne de cuivre. Aujourd’hui, le cours est à un peu plus de 6 000 dollars.

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