Opinion: Hauts plateaux du Sud-Kivu: amplifier les appels à la paix des voix locales

Opinion: Hauts plateaux du Sud-Kivu: amplifier  les appels à la paix des voix locales

Dr.Felix Mukwiza Ndahinda, chercheur aux Pays-Bas

L’insécurité et les violences dans les hauts plateaux de Fizi, Mwenga et Uvira sont, avant, tout, symptomatiques de l’absence de l’autorité de l’Etat dans cette partie du pays historiquement isolée par l’absence d’infrastructures de base. L’actuelle recrudescence de la violence et les violations quotidiennes des droits de l’homme, malgré plusieurs initiatives par divers acteurs visant à ramener la paix, suggèrent aussi que, soit les différents intervenants n’ont pas encore réussi à prendre la juste mesure des problèmes à résoudre, soit, l’ayant fait, ils proposent des remèdes inadéquats.

Il va de soi que la première responsabilité pour mettre fin aux exactions et ramener la paix dans les hauts plateaux et le reste de la RDC incombe à l’Etat congolais. Le rôle principal de toute autorité administrative, de la police et de l’armée est, faut-il le rappeler, de sécuriser la population et pourvoir à ses besoins primordiaux, sans discrimination. Cependant, nombre de responsables politiques aux niveaux local, territorial, provincial et national se sont souvent illustrés par des discours partisans voire inflammatoires ou par leur ambiguïté vis-à-vis des revendications identitaires et du discours de la haine porté par certains groupes armés et leur suppôts. Ils condamnent sélectivement des violences commises contre certaines victimes et restent éloquemment muets lorsque les victimes du « mauvais côté » sont ciblées. Quant aux organes de sécurité, des éléments de l’armée et de la police déployés dans les hauts plateaux ont souvent été accusés de partialité et connivence avec des groupes armés ; motivés par des considérations ethnistes, idéologiques ou l’appât du gain, qui les rend complices des razzias sur les troupeaux de vaches ou d’autres pillages et pratiques prédatrices contre la population civile.

Ces manquements des institutions et autorités congolaises à tous les niveaux aux impératifs de la sécurisation de la population justifient l’action complémentaire des intervenants internationaux, entre autres la MONUSCO. Souvent prise pour cible par des acteurs radicaux, notamment les groupes armés et leurs sponsors, qui considèrent sa présence comme un obstacle à la réalisation de leurs desseins macabres, l’œuvre de la MONUSCO et d’autres acteurs internationaux reste indispensable dans la recherche de la stabilité et d’une paix durable. Cependant l’efficacité de leur action ainsi que celle des acteurs nationaux primordialement responsables de résoudre la crise déprendra de leur capacité à naviguer, de manière impartiale, en terrain miné par l’action des tireurs de ficelles qui visent à exploiter les clivages ethniques pour justifier des politiques d’exclusion, voire même d’épuration ethnique.

Pendant des années, différents acteurs nationaux, régionaux et internationaux se sont impliqués dans des initiatives dont l’objectif avoué était la promotion de la paix à travers des plateformes telles que des dialogues intra- ou intercommunautaires, des rencontres entre groupes armés ou entre acteurs régionaux. L’importance de ces initiatives et toute autre forme de dialogue ne peut être sous-estimée. Plutôt que d’être des initiatives discrètes, la formalisation et multiplication de ces rencontres sont à encourager à tous les niveaux.

Mais, de manière cruciale, l’amplification d’appels à la paix émis par des individus appartenant aux diverses communautés vivant dans les hauts plateaux revêt des potentialités indiscutables n’ayant pas encore reçu l’attention qu’elle mérite. Alors que les médias sociaux se font fréquemment l’écho de message de la haine, en particulier ceux ciblant la communauté des Banyamulenge, leurs usagers kivutiens sont aussi familiers des noms tels que Karoti Mpatanishi, Amirado Amisi Anwema, Maman Christine, qui enregistrent des messages réguliers sur les méfaits de la violence, de la guerre et de la radicalisation ; appelant les auditeurs à la paix et à la coexistence pacifique entre toutes les communautés. Ils personnifient un courage exceptionnel étant donné les répercussions qu’ils subissent de la part des acteurs radicalisés, y compris dans leurs propres communautés. Face aux généralisations sur la nature du conflit tendant à cimenter les frontières ethniques, soutenir et amplifier l’action de ces «prédicateurs de la paix » servirait à encourager d’autres voix encore hésitantes, à mobiliser une coalition trans-ethnique pour la paix et, progressivement, à isoler les acteurs qui ne jurent que par les armes et la violence.

Plus que certaines organisations extraverties qui s’illustrent par leur habilité à parler le langage de la paix à des fins étroites – notamment plaire aux donateurs – sans vraiment y croire, la spontanéité du message de ces individus revêt une authenticité désarmante. La promotion et la consolidation d’une paix durable et inclusive entre les communautés des Babembe, Bafuliru, Banyamulenge, Banyindu, Bavira, d’autres communautés du Sud-Kivu et du reste de la RDC devrait passer par une identification prudente et un soutien sans réserve à de tels acteurs.

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