Mozambique: l’irrésistible avancée des djihadistes

Mozambique: l’irrésistible avancée des djihadistes

Par Marie-France Cros. 

Important succès pour les djihadistes et grave défaite pour l’armée mozambicaine : le port gazier de Mocimboa da Praia a été pris mercredi par les djihadistes, rapporte la presse mozambicaine, moins de trois ans après leur première attaque contre la ville, en octobre 2017.

Le Mozambique, ex-colonie portugaise, compte 18 % de musulmans, vivant surtout dans la province la plus au nord, frontalière avec la Tanzanie, Cabo Delgado, qui comprend Mocimboa da Praia. Très éloignée de Maputo et rurale, cette région a été laissée à l’abandon depuis l’indépendance (1975). La découverte d’importants gisements de gaz naturel au large de Mocimboa da Praia, dans l’océan Indien, en 2010 – dont l’exploitation n’est pas prévue avant 2022 – n’y a rien changé : peu d’emplois locaux ont été créés. À la frustration de la pauvreté s’est donc ajoutée la colère de voir que d’autres vont s’enrichir d’un produit de la région.

Contre l’État et l’islam traditionnel

En 2015, des groupes de jeunes musulmans ont donc commencé à exprimer leur révolte contre l’islam traditionnel, impuissant à les aider, et contre l’État, indifférent à leur sort.

Les “Shebabs” (jeunes) – comme on les a baptisés dans la région, faute d’autre nom – ont trouvé des armes et des appuis auprès de contrebandiers locaux (ivoire, rubis, êtres humains, drogue) et de groupes d’islamistes venus de Tanzanie. Ces derniers, composés de Tanzaniens mais aussi de Kenyans et de Somaliens, à la même époque, se sont installés dans la province de Cabo Delgado en raison de son relatif isolement.

À partir de 2017, les “Shebabs”, organisés en cellules de 10 à 30 personnes, pas forcément nombreuses mais actives, ont multiplié les attaques contre des villages de plus en plus importants. Alors que les militaires mozambicains sont souvent liés aux contrebandiers, dont ils partagent les bénéfices, une répression a succédé au déni d’abord adopté par Maputo. L’État a engagé des mercenaires russes, sud-africains et des États-Unis pour entraîner et former l’armée.

L’armée s’en prend à la population

Par facilité, celle-ci s’en est prise surtout à la population musulmane de Cabo Delgado – peu appréciée des autres Mozambicains, majoritairement catholiques – avec l’effet de la pousser dans les bras des jeunes insurgés. Selon certains chercheurs, c’est d’ailleurs l’effet recherché par les attaques mineures mais nombreuses des djihadistes, qui ont fait environ 1200 morts et, selon l’Onu, plus de 200 000 déplacés.

Les “Shebabs” ont fait allégeance en 2019 au groupe État Islamiste, devenant une de ses “franchises”. Dans une rare vidéo d’explications circulant cette année sur les réseaux sociaux mozambicains, un combattant islamiste a assuré être Mozambicain et a expliqué l’“occupation” de localités du nord par le combat des Shebabs au nom de l’islam et des pauvres, délaissés par un État “injuste” et corrompu.

En mars dernier, Mocimboa da Praia avait déjà été ciblée par des attaques meurtrières des djihadistes, vêtus d’uniformes de l’armée mozambicaine, selon l’évêque de Pemba, Mgr Luiz Fernando Lisboa.

Mercredi, les djihadistes ont utilisé un lance-roquettes pour prendre le port, selon une source militaire citée par l’AFP, qui parle de “terroristes”.

Force est de constater que depuis la percée des islamistes en Somalie – déchirée jusque-là uniquement par les rivalités de clans – en 2006, ces derniers poursuivent leur progression sur la côte est de l’Afrique, tout comme on l’observe au Sahel, depuis l’Algérie d’abord, puis à partir de l’élimination du colonel Kadhafi en Libye. À chaque fois, à la faveur de l’incapacité de gouvernements corrompus à assurer le bien-être de leurs concitoyens.

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